Volodymyr Zelensky s'adresse aux étudiants français : "Nous voulons faire revenir la paix et la liberté en Ukraine"

Par Pauline Bluteau, publié le 11 Mai 2022
6 min

Ce mercredi 11 mai, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'est adressé aux étudiants français en visioconférence. L'échange, organisé en présentiel à Sciences po Paris, a réuni plus de 900 étudiants venant de différentes universités et écoles pendant 1h15. L'occasion de rappeler l'importance du rôle de l'Union européenne dans cette guerre contre la Russie.

"La jeunesse est notre avenir, elle est notre plus grande source d'espoir", a introduit le directeur de Sciences po Paris, Mathias Vicherat. C'est dans le célèbre Institut d'études politiques que 900 étudiants se sont donné rendez-vous pour échanger par écrans interposés avec le président de l'Ukraine, Volodymyr Zelensky.

Une première pour le leader ukrainien et pour les futurs "ingénieurs, entrepreneurs, professeurs, acteurs publics ou encore avocats" français qui, pendant plus d'une heure, ont eu la "fierté", l'honneur" et "l'humilité" de poser leurs questions sur la situation de l'Ukraine.

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Un échange avec des étudiants pour mieux comprendre la guerre en Ukraine

"On m'a dit que notre ordre du jour prévoyait la possibilité pour cinq étudiants – je crois – de poser des questions : je pense que ce n'est pas juste, cinq questions ce n'est pas suffisant pour comprendre une personne et une situation, cela aurait l'air d'un privilège. En outre, je voudrais vous poser des questions pour savoir ce que vous pensez pour que cela soit réellement un dialogue", présente, en toute décontraction, Volodymyr Zelensky.

Tout en rappelant la réalité des 77 jours de cette guerre "terrible et totale" où plus de "10.000 crimes de guerre ont été enregistrés", le président a donc ponctué son discours par une succession de questions : "Pourquoi aucune institution européenne n'a pu arrêter cette guerre ?", "Pourquoi il n'y a aucun moyen de traduire les criminels devant la justice ?", "Pourquoi une personne a commencé la guerre ? Etes-vous protégé de ça en France et en Europe ?", "Que ressentiriez-vous si vous étiez fils ou filles de dirigeants ?".

Un à un, neuf étudiants se sont succédé au pupitre, présentant leur soutien et tentant habilement de répondre à toutes ces questions… parfois sans réponses possibles. "Nous avons du mal à y répondre car ce ne sont plus des êtres humains, ce sont des criminels qui agissent de manière cruelle", rétorque le président ukrainien en pointant les agissements de l'armée russe.

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Une paix avec la Russie loin d'être actée

D'autres points ont été soulevés par les étudiants eux-mêmes sur l'avenir de l'Ukraine et leurs liens avec la Russie. "Comment envisagez-vous la fin de guerre ?", a posé sans détour, Victor, étudiant à Polytechnique. "La guerre se terminera lorsque l'on aura récupéré ce qui nous appartient, ni plus ni moins. Nous voulons faire revenir la paix et la liberté dans notre pays. Tant que la Russie ne nous rendra pas notre droit de vivre, il faudra se battre", a rétorqué le président, espérant que le dialogue à mener avec les Russes ne soit pas vain.

Selon lui, la paix sera rendue possible dès lors que des accords solides seront signés et qu'une armée puissante ukrainienne sera établie, deux conditions indispensables pour Volodymyr Zelensky.

En attendant, les étudiants ont aussi pointé la situation actuelle notamment les menaces de la Russie d'utiliser l'arme nucléaire. "Dès qu'il y a des menaces, il faut des sanctions préventives. Si nous ne contrôlons pas les violations du droit international, cela signifie que nous ne contrôlons pas notre avenir. Nous devons donc soulever la question de la présence de ces armes car la Russie n'est pas la seule menace."

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Le rôle de l'Europe et de l'OTAN dans la guerre en Ukraine pointé du doigt

Le président ukrainien a également rappelé l'importance de diffuser la vérité dans les médias occidentaux en tentant de se mettre à la place de la jeune génération qui, selon lui, peut difficilement comprendre cette situation tant qu'elle ne l'a pas vécue. "C'est essentiel de faire porter les souffrances du peuple ukrainien pour que les leaders politiques soient à l'unisson avec la société. C'est ce qui nous aidera, que l'on sache que la Russie est l'agresseur et que l'Ukraine résiste et riposte."

Caroline, étudiante à l'INSP a quant à elle soulevé la question de l'afflux de réfugiés en Europe, vite rectifiée par le président, précisant qu'il ne s'agit pas de réfugiés mais "de personnes temporairement déplacées". "Sur les cinq millions de personnes qui se sont déplacées, 95% veulent revenir, d'ailleurs, nos villes se remplissent déjà. L'Europe n'a pas à craindre une grande vague d'immigration."

La responsabilité de la France et de l'Europe dans cette guerre a aussi été débattue. Volodymyr Zelensky a insisté pour dire que "l'Ukraine mérite de venir en Europe" tout en nuançant et en affirmant qu'il doit s'agir d'un désir réciproque. "Il ne peut pas y avoir que des promesses car cela provoque des incertitudes, peut-on compter sur l'Europe dans des situations critiques ?", soulève le président.

Quant à l'intervention de l'OTAN, le président se dit persuadé qu'il n'y aurait pas eu de guerre si l'Ukraine avait fait partie de cette organisation mondiale. "Notre indépendance peut être un exemple de développement d'un Etat et c'est ce qui peut déstabiliser la Russie, c'est la principale raison de cette guerre."

La discussion s'est terminée par de longs applaudissements de la part des étudiants et certainement encore beaucoup de questionnements concernant les relations internationales, des questionnements qui ne feront qu'agiter les esprits de la future génération.

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