1. Issa, le radar comme seconde nature
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Issa, le radar comme seconde nature

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 // © Marine nationale
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À 23 ans, Issa est détecteur guerre électronique à bord de la frégate Bretagne. Devant son radar, elle identifie navires et avions, et détermine s’ils constituent une menace pour la mission. Pourtant, après son bac, Issa ne se voyait pas devenir « marinette ». Elle a vite changé d’avis.

« Je ne peux pas vous en dire plus. » Ça commence bien. Le métier d’Issa, 23 ans, est soumis au secret-défense, comme beaucoup de métiers dans la Marine nationale. Essayons quand même d’en savoir plus, pour comprendre en quoi consiste sa fonction de DGE (détecteur guerre électronique). « De façon générale, un détecteur tient à jour la situation tactique lors d’une mission, explique-t-elle. Avec ses radars, il sait où sont les autres navires, sous-marins et avions. La DGE que je suis peut précisément les identifier en fonction du signal qu’émettent leurs radars, grâce à un intercepteur spécial ; je peux ainsi déterminer s’ils représentent une menace pour notre navire ou pour la mission.  » C’est à Brest que vit Issa. La jeune femme sert sur la Bretagne, une frégate multimission (FREMM) pouvant embarquer 140 marins et dédiée à la lutte anti-sous-marine mais aussi aux missions de présence sur plusieurs mers du monde. «  Les missions de présence, c’est pour montrer que l’armée française est là, qu’elle veille  », explique-t-elle simplement.

« J’ai toujours eu la bougeotte »

En 2018, Issa a passé plus de 7 mois en mer. Une vocation, la Marine ? Pas vraiment. «  Je n’étais pas partie pour être marinette  », s’amuse-t-elle. Pourtant, elle grandit à Saint-Mandrier, près de Toulon, dans la ville même du centre d’instruction naval, et sa mère est infirmière militaire. «  Je connaissais cet univers, mais je n’y pensais pas, c’était en toile de fond.  » En 2013, elle passe son bac littéraire à Toulon et s’inscrit en licence de cinéma à Paris. Elle n’y fera que quelques mois. L’année suivante, elle s’inscrit en licence de sociologie à Rennes. Elle n’y fera que quelques mois. «  J’ai toujours eu la bougeotte, je voulais découvrir d’autres villes, loin de chez moi. Mais rien ne me plaisait dans les études. Et puis, à 20 ans, je suis allée dans un Cirfa (Centre d’information et de recrutement des forces armées) parce que j’avais laissé cette idée dans un coin de ma tête. Et ça m’a accrochée tout de suite ! La moitié des métiers proposés par la Marine n’ont pas leur équivalent dans le civil, cela rend l’armée plus attractive. Jamais je n’aurais entendu parler du métier de détecteur.  »

Janvier 2017 : sa première mission

Une fois son métier choisi – détecteur – et son dossier de candidature déposé, Issa attend six mois. La réponse est positive. Elle part à l’École de maistrance (formation des officiers mariniers, équivalent des sous-officiers dans les autres armées), à Brest. Après 4 mois de formation, elle intègre l’école de spécialité à Saint-Mandrier, où elle décroche son brevet d’aptitudes techniques de détecteur. Elle sort major de sa promotion et choisit comme lieu d’affectation le GTR (Groupe de transformation et de renfort), une unité de renfort pour les FREMM (frégates multimissions), à Brest. « Là, je me suis formée à terre au matériel que je ne connaissais pas, puis j’ai embarqué sur l’Aquitaine et la Provence pour me former en mer. » En janvier 2017, Issa participe à sa première vraie mission, la mission Chammal de lutte contre le terrorisme au Levant.

4 à 6 heures devant sa console

À son retour, à l’été 2017, elle est affectée sur la FREMM Provence. À l’été 2018, changement de pont : elle rejoint la Bretagne, où elle sert aujourd’hui. Son quotidien dépend des périodes de vie du navire : en mer, en arrêt technique, à quai. « Lorsque nous partons en mer, nous fonctionnons en quart, détaille-t-elle : des plages horaires de 4 ou 6 heures où nous travaillons devant notre console. Le reste du temps, je participe aux exercices de sécurité, aux réunions et aux conférences et je fais un peu de sport. » Lors des périodes d’arrêt technique, changement de rythme : « Nous réparons les défauts constatés lors des périodes en mer. La journée dépend donc des avaries que j’ai sur mon matériel. J’en profite pour retravailler les procédures, la composition des matériels, et m’entraîner sur simulateur. » Même rythme lors des périodes à quai « mais en plus calme ».

« Dans le civil, qui peut dire qu’il a autant voyagé ? »

Pour Issa, il était important de connaître le métier de marin avant de s’engager. « Je vois encore trop de jeunes qui s’engagent sans avoir conscience des contraintes, regrette-t-elle. La contrainte la plus forte, c’est l’éloignement qu’imposent des missions de 5 mois en mer : bien sûr, ils savent qu’il faut partir en mission, mais c’est comme s’ils ne le réalisaient pas vraiment ou ne s’en sentaient pas capables au dernier moment.  » Des contraintes, mais pas que. Les voyages qu’elle a faits, les pays qu’elle a découverts, la jeune Varoise n’est pas près de les oublier. Ils l’ont marquée, malgré le mal de mer, que ressentent d’ailleurs la plupart des marins, lors des premiers jours en mer, le temps de « s’amariner ». « New York, la Martinique, l’Islande, la Norvège : dans le civil, qui peut dire qu’il a autant voyagé ? » Ce qui aide à surmonter le sentiment d’éloignement – de son conjoint, de sa famille – lors de ces longues missions, c’est l’esprit qui règne à bord. « Être marin, c’est vivre dans un esprit de cohésion avec l’équipage. C’est être un groupe. » Et dans ce groupe, pas de gars, pas de filles : « Nous sommes d’abord marins, et les filles font le même job que les gars. D’ailleurs, je constate chaque année qu’il y a de plus en plus de femmes dans la Marine. » Et là-dessus, pas de secret-défense.

Le parcours d’Issa

2013 : bac littéraire (Toulon)
2013–2015 : tente deux licences, en cinéma (Paris) et en sociologie (Rennes)
Fin 2015 : intègre l’École de maistrance (Brest)
Début 2016 : intègre l’école de spécialité, au Pôle Écoles Méditerranée (PEM, Saint-Mandrier)
Fin 2016 : débute sa formation au sein du Groupe de transformation et de renfort (GTR, Brest)
Janvier 2017 : première mission

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Chaque année, la Marine recrute et forme 3 500 jeunes hommes et femmes, du niveau 3e à bac + 5, âgés de 16 à 30 ans, dans 50 métiers répartis en 4 domaines d’emploi (les opérations navales, la mécanique des forces de surface et sous-marines, l’aéronautique navale, les métiers du soutien). Une présentation détaillée de chaque métier est à découvrir sur www.etremarin.fr.