Écoles et universités d’avenir : comment elles vous encouragent à devenir des pros responsables

Par Iona Doklean, Morgane Taquet, publié le 16 Avril 2013
6 min

Comment les universités et les grandes écoles font-elles de vous les professionnels responsables de demain ? En s'inscrivant dans une démarche de développement durable. Par quelles implications concrètes cela passe-t-il ? Analyse des résultats de notre enquête 2013.

Au loin, de chatoyantes toitures végétalisées sur des bâtiments à énergie positive. Moutons et vaches paissent entre des étudiants discutant. Comme la majorité de ses camarades, Camille arrive à vélo sur son campus labellisé Responsable depuis 20 ans maintenant. Après avoir rempli à la cafétéria son thermos de thé équitable, l'élève file à son cours de microfinance. Elle rêve à son semestre d'échange au ­Brésil et à ses recherches sur la déforestation de la forêt amazonienne.
 

Pas que le tri des déchets, le bien-être et la cohésion sociale aussi

Nous sommes en 2034, Camille n'existe pas et il s'agit ici d'une vision idyllique d'un établissement de l'enseignement supérieur français écologiquement et socialement responsable. Mais le développement durable (voir définition dans notre lexique) recouvre d'autres réalités que le tri des déchets et les économies d'énergie. Il inclut aussi le bien-être humain, la cohésion sociale...

La version 2013 de notre enquête reprend donc les champs étudiés l'année dernière : gouvernance, formation et recherche. Auxquels s'ajoutent deux catégories nouvelles : égalité des chances et vie étudiante. Parité, ouverture sociale, handicap, mobilité, prévention, vie associative, tous les aspects qui concourent à la responsabilité sociale d'un établissement sont pris en compte.


Un volet social plus timide

Mais si un certain nombre de grandes écoles et d'universités sont inscrites dans une démarche DD (développement durable) – 133 établissements d'enseignement supérieur, selon le ministère de l'Écologie, disposent d'un Plan Vert –, seules les plus avancés en appréhendent de façon cohérente la dimension sociale.

C'est le cas de l'UVSQ (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines), pionnière en la matière depuis les années 2000. Sous l'impulsion de Sylvie Faucheux, qui en est alors la présidente, l'université décide de s'engager d'abord dans le DD via l'offre de formation, le patrimoine et les écogestes. Avec l'arrivée de Jean-Luc Vayssière à la présidence, en avril 2012, la politique DD a pris un virage plus social. Une attention particulière est portée à la politique de gestion du handicap et à la santé. L'université propose déjà aux étudiants malvoyants ou malentendants une aide à la prise de notes pendant les cours et les examens, ainsi qu'un référent pédagogique

“Il existe une richesse d'actions dans ces domaines, expose Clara Doly, directrice du DD à l'UVSQ. Nous souhaitons les structurer pour en faire une vraie politique d'établissement.” Les sujets environnementaux sont ceux sur lesquels l'adhésion de la communauté universitaire a été “la plus facile”, poursuit-elle. Transformer l'offre de formation, expliquer le tri des déchets ou adapter son patrimoine immobilier selon les normes HQE (haute qualité environnementale), c'est “le cœur de métier de nos universités et de nos équipes. Mais pour le volet humain, c'est plus complexe”.

 

Côté formations : vous aider à devenir des pros conscients des enjeux DD

Pour l'enseignement supérieur, la préoccupation majeure reste l'offre de formation, qui doit permettre aux étudiants de devenir des professionnels conscients des enjeux DD. Certains établissements mettent l'accent sur une sensibilisation générale à ces questions, à l'instar des Mines de Nantes. D'autres se distinguent par leurs filières spécialisées (l'UVSQ et ses 37 “parcours verts”, Nice Sophia-Antipolis, Euromed). Quelques-uns tentent d'intégrer le DD partout, tel Audencia, qui s'est engagé à y consacrer au moins 10 % des heures de cours.

Les Mines de Douai se situent à mi-chemin de ces deux dernières options : des diplômes spécialisés et l'intégration transversale de développement durable aux cours de génie civil. Un “succès auprès des étudiants”, se félicite Kader Amara, secrétaire général et référent DD des Mines de Douai. Il est donc envisagé d'étendre cette initiative aux autres spécialités.

Reims Management School a choisi de ne créer aucune formation spécialisée, comme l'explique Isabelle Robert, enseignante-chercheuse et référente DD de l'école. Dès 2009, “nous nous sommes dit qu'il était préférable d'enseigner le développement durable de façon transversale et non de créer des mastères qui touchent quelques étudiants”. Ce que les employeurs demandent aux jeunes diplômés, “c'est d'avoir des connaissances en marketing, en communication... ET une sensibilisation au développement durable”. Il faudrait donc se doter de compétences propres et s'imprégner de la philosophie DD.

Mais introduire le DD de façon transversale est sans doute plus simple dans une école de commerce ou d'ingénieurs que dans une fac, car cela requiert un fort investissement, humain et financier de la part des établissements. Investissement qui ne sera pas vain si les étudiants se saisissent des enjeux sociaux et environnementaux pour ensuite essaimer dans le monde du travail et dans la société.

 

Développement durable : les mots clés

Agenda 21 : programme d’actions établi en 1992 à Rio lors du Sommet de la Terre de l’ONU et signé par 173 pays. Il définit des objectifs en matière de développement durable que chaque organisme (Région, ville, université, etc.) peut décliner à son niveau.
 Bilan carbone : méthode de comptabilisation des émissions de gaz à effet de serre permettant d’analyser toutes les activités humaines et d’évaluer les émissions polluantes qu’elles engendrent.
DD (développement durable) : ce concept, né en 1987 grâce aux travaux de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement, “répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs”. Il couvre trois volets : social, économique et environnemental.
Greenwashing : le “verdissement d'image” est une campagne publicitaire menée par une organisation (entreprise, association, etc.) qui vise à se donner une image écologiquement et socialement responsable.
Grenelle de l’environnement : consultations lancées par le gouvernement en 2007 pour définir des actions de développement durable en France. En sont nées deux lois : Grenelle 1, en août 2009, et Grenelle 2, en juillet 2010.
Plan Vert : Issu de la loi Grenelle 1, le Plan Vert permet aux établissements français d'enseignement supérieur de définir leur politique de développement durable, et de s'autoévaluer sur leur démarche.
RSE (responsabilité sociale des entreprises) : application du concept de développement durable au monde de l’entreprise.

Pour aller plus loin

fleche-rouge Le site du ministère de l'Écologie et du Développement durable et de l'Énergie. Vous y trouverez une carte des établissements ayant un Plan Vert, ainsi que les actions des écoles et des facs.

fleche-rouge Le site des Campus responsables. Ce réseau de grandes écoles et d'universités françaises propose un guide online pour recenser les bonnes pratiques en matière de DD de 48 campus en France.

fleche-rouge Le site du REFED (Réseau français des étudiants pour le développement durable). Pour s'engager, se former ou connaître mieux les associations DD.

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