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Témoignage

Lycéens et étudiants inégaux face à leur orientation

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Selon l'enquête de l'IFOP, les jeunes originaires de communes rurales n’imaginent pas leur orientation de la même manière que ceux issus de grandes agglomérations // © Adobe Stock/Rawpixel.com
Selon l'enquête de l'IFOP, les jeunes originaires de communes rurales n’imaginent pas leur orientation de la même manière que ceux issus de grandes agglomérations // © Adobe Stock/Rawpixel.com

INFOGRAPHIES. Au-delà des résultats scolaires, selon leurs origines sociales et géographiques, les jeunes ne s’orientent pas de la même manière. C’est en tout cas ce qui ressort d'un sondage de l’IFOP. Cinq lycéens et étudiants nous ont fait part de leur expérience.

Un manque d’informations mais aussi un manque d’ambition et une autocensure. D’après l’enquête de l’IFOP, publiée le 19 novembre dernier, les jeunes originaires de communes rurales n’imaginent pas leur orientation de la même manière que ceux issus de grandes agglomérations. Seulement la moitié d’entre eux estiment faire des études ambitieuses, contre 67% des jeunes de l’agglomération parisienne. Et pour cause, ils s’estiment moins bien informés et ont donc plus de difficultés à s’orienter. Une réalité ? Cinq jeunes de 16 à 24 ans nous expliquent.

La famille : un soutien important pour les étudiants

Quand on leur demande comment ils s’orientent, lycéens et étudiants sont unanimes : leurs familles ont joué un rôle primordial pour la suite de leurs études. "Les parents sont un vrai soutien, ce sont eux qui nous connaissent le mieux donc ils peuvent nous aider à prendre une décision", estime Maëlys, 18 ans, originaire de l’Herbergement en Vendée. Comme cette étudiante en BTS tourisme, un tiers des jeunes indique que leur première source d’information pour préparer leur orientation est leur famille.

"Pour ma part, mes parents n’ont pas pu m’aider, affirme Adel, 18 ans. Ma mère est au chômage et mon père est concepteur-développeur, rien à voir avec mes études." Originaire de Montigny-le-Bretonneux dans les Yvelines, Adel est actuellement en classe préparatoire aux grandes écoles (CPGE) économie-gestion à Paris. "Je me suis appuyé sur Internet et sur mes profs pour trouver ma voie. Même si ce n’était pas facile, mes parents m’ont toujours encouragé et soutenu, ils sont un moteur pour moi."

Les différentes sources d'informations des jeunes pour leur orientation. // © Pauline Bluteau
Les différentes sources d'informations des jeunes pour leur orientation. // © Pauline Bluteau

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L’étudiant regrette tout de même le manque d’informations sur la filière qu’il a choisi. Ce qui est également le cas d’Amir, 24 ans. L’étudiant en master 2 ressources humaines, qui a grandi à Pantin, en Seine-Saint-Denis, a commencé son cursus par une licence de droit, pour faire plaisir à ses parents. "Ils ne savaient pas ce que je pouvais faire à part aller à la fac. Quant aux profs, ils ne connaissent que ce qu’ils ont fait : l’université. Ils ont tendance à dénigrer les formations professionnalisantes et l’alternance. C’est d’ailleurs pour ça que je n’ai ni écouté mes parents ni les profs, je me suis formé moi-même, grâce aux rencontres que j’ai faites."

Quitter le cocon familial, pas toujours facile

Si la famille occupe souvent une place importante dans le choix des formations, c’est aussi le cas pour ce qui est du lieu d’études. La plupart des étudiants ont choisi de rester près de leurs proches. "Sur Parcoursup, j’avais demandé plusieurs universités : Limoges, Clermont-Ferrand et Brive-la-Gaillarde. J’ai finalement été prise en fac de droit à Limoges, c’était mon premier choix parce que ce n’était qu’à une heure de chez moi", explique Anaïs, 18 ans, originaire de Guéret dans la Creuse (23).

L’étudiante est bien consciente que ses études ne se seraient peut-être pas passées de la même manière si elle avait dû s’éloigner davantage. Même constat pour Églantine, 16 ans, lycéenne en première générale à Vouzailles dans la Vienne. "J’habite à 30 minutes de Poitiers, j’espère poursuivre mes études dans cette ville et peut-être m’y installer après mes études."

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Pour Amir et Adel, tous deux étudiants à Paris, leur logique est un peu différente. Ils ont choisi de poursuivre leurs études dans la capitale, non pas pour rester proches de leurs parents, mais plutôt pour des raisons financières ou professionnelles. "La prépa que j’ai choisie est très réputée, c’était un critère important. En contrepartie, j’ai trois heures de trajet aller-retour tous les jours pour me rendre à Paris. C’est très contraignant mais les loyers sont trop élevés pour que je fasse autrement", assure Adel. "Je pense rester à Paris après mes études parce qu’il y a de nombreuses opportunités professionnelles", poursuit Amir.

Des jeunes peu sûrs d’eux mais ambitieux

Autre volet analysé par l’IFOP : l’ambition des jeunes. Même lorsqu’ils font des études qui leur plaisent, ils sont plus mitigés face à leur avenir. Selon l’IFOP, la confiance en soi peut dépendre de l’origine géographique : 61% des jeunes ruraux sont optimistes contre 72% des jeunes Parisiens.

Mais pour Anaïs, la confiance en l’avenir dépend plutôt de la formation choisie. "Le droit demande beaucoup de travail. Le taux de réussite est assez faible donc je suis assez peu confiante dans mes chances d’obtenir ma licence", juge-t-elle. Ce qui n’est pas le cas de Maëlys : "Après mon BTS tourisme, je compte faire une licence professionnelle, ce qui devrait me permettre de trouver plus facilement un emploi. Enfin je l'espère !" Même Églantine, encore lycéenne, estime qu’elle a toutes les chances de son côté.

L'ambition des jeunes selon leur origine géographique. // © Pauline Bluteau
L'ambition des jeunes selon leur origine géographique. // © Pauline Bluteau

Tous pensent faire des études ambitieuses, notamment par rapport aux métiers exercés par leurs parents. "Je crois que faire une prépa est assez ambitieux, je sais que je dois travailler mais ce n’est pas pour rien que je fais ça", estime Adel. "Quand j’étais au lycée, je pensais m’arrêter au bac +2, aujourd’hui, je suis en master 2, c’est plus que ce que j’espérais", conclut Amir.