À Bobigny, une prépa publique accompagne les bacheliers pour intégrer les études de santé

Par Alexandra Luthereau, publié le 07 Octobre 2021
6 min

Depuis dix ans, l’université Sorbonne Paris Nord propose une année préparatoire aux études de santé (APES) aux jeunes de Seine-Saint-Denis. Objectifs : renforcer leurs connaissances scientifiques et leur faire acquérir une méthodologie de travail avant d’entrer en PASS ou en L.AS.

Fenda, Oussama, Salimata et Djenebou, originaires de Seine-Saint-Denis, viennent d’obtenir leur bac et aspirent à devenir médecin. Plutôt que d’intégrer directement le parcours spécifique accès santé (PASS, ex-PACES) ou la licence "accès santé" (L.AS), ils ont choisi de suivre l’année préparatoire aux études de santé (APES), de l’université Sorbonne Paris Nord, dispensée sur le campus de Bobigny.

Alors que de nombreuses prépas privées fleurissent chaque année, cette "prépa publique en médecine" est un dispositif unique en France, démarré il y a dix ans. Sa particularité ? Elle s’adresse aux seuls bacheliers de Seine-Saint-Denis avec un niveau moyen, "c’est-à-dire avec des notes comprises entre 9 et 12 dans les matières scientifiques, mais néanmoins dotés d’un solide bagage", explique Nicolas Dard, responsable de la formation.

L’idée est de leur donner toutes les chances dans la réussite de leur projet. "Il ne s’agit pas d’une formation de remise à niveau, prévient d’emblée le responsable. Mais d’un programme de renforcement des connaissances scientifiques et d’acquisition d’une méthodologie de travail. En plus, nous abordons une partie du programme de la PACES pour prendre un peu d’avance sur le PASS (le programme de PASS et L.AS se basant toujours en partie sur celui de PACES, NDLR)". Le tout dans un environnement à taille humaine (50 étudiants par promo avec des TD en demi-groupe pour un suivi individualisé), sans compétition et où l’entraide entre étudiants est de mise.

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Se préparer en douceur à l’entrée à l’université

"L’APES est un bon sas entre le lycée et la fac, confirme Fenda, qui a intégré la promo 2021–2022 en septembre. Je ne me serais pas vue à la fac cette année, encore moins en PASS. J’ai un an pour me préparer". Comme elle, Djenebou, ne s’estimait pas non plus prête à "sauter directement dans le bain du PASS". Elle souhaitait d’abord "se familiariser avec les amphis, les nouvelles matières autour de la médecine…"

La jeune femme, pour qui l'APES était son premier choix dans Parcoursup, voulait aussi se donner toutes les chances de réussir. "Sans prépa, c’est quasiment impossible. Surtout que maintenant, on n’a qu’une seule chance pour réussir le concours à la fin du PASS (une deuxième chance est possible en passant en deuxième année de L.AS, NDLR). Et les prépas médecine sont chères."

Oussama, qui a connu cette prépa publique grâce à son lycée à Noisy-le-Sec, a fait ce même choix, pour "s’avancer sur les cours de médecine, voir s’il n’est pas dépassé par le rythme de la fac et s’habituer aux cours magistraux". Comme tous les autres étudiants, il évoque le besoin d’acquérir une méthodologie de travail. "Au lycée, je révisais mes cours la veille des contrôles", souligne-t-il. L’APES vise justement à combler ces lacunes.

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Mettre le pied à l'étrier pour la médecine

"L’objectif est d’aider les jeunes du 93 à transformer leur rêve en réalité", résume Nicolas Dard. En évitant notamment l’échec universitaire. Ce programme permet en effet à certains de se rendre compte de leurs limites et de mûrir leur projet professionnel. Ceux qui le souhaitent, à condition d’avoir au minimum 11 de moyenne, entreront directement en PASS ou en L.AS à l’université Sorbonne Paris Nord, sans passer par Parcoursup. "Nous leur mettons le pied à l’étrier pour la médecine. Et pour ceux qui n’ont pas les capacités suffisantes, nous les aidons à trouver leur voie."

Djenebou parle d’ailleurs de l’APES comme d’une "année test pour (s’) assurer d'être sur la bonne voie". Le programme comprend un module 'métiers de la santé', avec des visites de centres de santé pour découvrir la diversité des professions existantes. Et ouvrir d’autres possibilités.

"Deux fois plus de chances de réussir" en APES

Depuis 2011, l’APES, soutenue par le département, a formé environ 300 étudiants. Ilyas fait partie de la promo 2018–2019. Le jeune homme de 21 ans, qui veut devenir médecin depuis son plus jeune âge, l’affirme : la prépa l’a transformé. "J'ai appris à développer ma maturité, mon autonomie mais aussi ma confiance en moi. Si on compare mon moi du lycée avec mon moi post-APES, ce sont deux personnes complètement différentes."

Ilyas a d’ailleurs réussi son concours de fin de PACES [qui n’avait pas encore été réformée, NDLR], du premier coup. ll est aujourd’hui en troisième année de médecine. "Les jeunes en APES ont statistiquement au moins deux fois plus de chances de réussir le PASS que la moyenne nationale", précise Nicolas Dard.

La prépa voit même encore plus loin. Le pari de cette formation est qu’une fois devenus médecins, les diplômés viennent installer leur consultation sur le territoire, véritable désert médical à proximité de Paris. Même si ce n’est pas une obligation, certains y pensent déjà, comme Salimata, qui aimerait y exercer en tant que gynécologue-obstétricienne. "Il n’y a pas assez de médecins ici, soutient-elle. C’est quelque chose qui me touche". Les ambitions sont donc bien loin de s’arrêter aux portes de la prépa.

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