Des parcours de formation en mutation

publié le 12 Février 2007
6 min

Augmentation des numerus clausus, application de la réforme LMD, création d'une première année commune de santé... Les études médicales et paramédicales connaissent actuellement de fortes turbulences. Voici ce qu’il faut savoir.

La revalorisation du diplôme d'infirmier anesthésiste est annoncée pour la fin de l’année 2010. La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a assuré le 20 mai 2010 qu’un travail sur le contenu du master était en cours pour en faire un vrai diplôme universitaire de niveau master (Bac+5). Une revendication portée notamment par le Syndicat national des infirmiers anesthésistes (SNIA) qui précise que « si la formation actuelle d'infirmier anesthésiste diplômé d'Etat (IADE) ne comprend que 700 heures de cours théoriques, les connaissances et compétences acquises en stages permettent une acquisition de savoirs professionnels susceptibles d'être intégrés dans les modules de formation du master ».

Après des années de négociations, les infirmiers ont, quant à eux, déjà obtenu la reconnaissance de leur diplôme au grade de licence
(contre bac + 2 auparavant, malgré les trois ans d'études) en juin 2009. Une revalorisation dont seuls les étudiants entrés en formation à la rentrée 2009, donc diplômés en 2012, bénéficieront. Cette reconnaissance implique des changements importants dans la formation, notamment un nouveau programme et la délivrance de crédits ECTS (180 sont nécessaires pour obtenir le diplôme).
 
... et pour les sages-femmes. Le diplôme d'Etat de sage-femme devrait être reconnu au niveau master (contre bac + 3 actuellement malgré cinq ans d'études) à la rentrée 2010. Seuls les étudiants diplômés en 2015 en bénéficieront.

Des changements aussi du côté des études de médecine

La France a un besoin croissant de médecins… mais il est de plus en plus difficile de le devenir. Voilà comment pourrait se résumer la situation au sein des facultés de médecine. Certes, le nombre de places ouvertes en deuxième année (le célèbre
numerus clausus ), est passé de 4.100 en 2001 à 7.400 en 2010… mais les candidats le savent et sont de plus en plus nombreux à tenter leur chance. Les chiffres sont parlants : de 14.575 étudiants de première année en 2001, on est passé à 46.077 en 2008. Si l’on fait le calcul, le taux de réussite au concours de la fin de première année est donc passé en sept ans de 28 % à 16 %.

Des amphithéâtres engorgés

En plus de faire courber les chances de réussite individuelles, cette évolution se fait souvent au détriment des conditions des études. Multiplication des amphithéâtres, diffusion vidéo dans les amphis sans prof, CD-Rom de cours distribués aux étudiants pour compenser le manque de place, concours organisé dans des halles de foire d’exposition… Les facs doivent recourir au système D pour former leurs élèves.
Pour remédier à ce problème, certaines d’entre elles, comme celle de Strasbourg, ont décidé de limiter leurs effectifs. Et inscrivent les bacheliers de l’académie et de l’année en priorité.

Des écoles qui recrutent après PCEM 1

Si la première année de médecine est engorgée, ce n’est pas uniquement le fait d’un engouement pour la profession de médecin. De plus en plus de filières recrutent leurs étudiants après PCEM 1, quelles soient médicales (sages-femme et dentaire) ou paramédicales. Ainsi, les écoles de masseurs-kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychomotriciens et manipulateurs d’électroradiologie médicale peuvent intégrer leurs étudiants après la première année de médecine. Et ce n’est pas fini… Selon un arrêté daté du 8 août 2008, les écoles préparant aux diplômes de laborantin d’analyses médicales et de pédicure-podologue sont à présent également autorisées à recruter leurs élèves après le concours organisé en fin d’année.

Une année commune "santé"

Le 23 juin 2009, le Parlement a voté une loi instaurant une première année d’études commune pour les étudiants en médecine, pharmacie, dentaire et sage-femme dès 2010. Cette L1 santé est destinée à remplacer le PCEM1 (première année du premier cycle des études de médecine) et le PCEP1 (première année du premier cycle des études de pharmacie).
L’objectif affiché est de réduire le pourcentage de collés qui s’élève à environ 85 % en PCEM1. Un "gâchis de temps et d'énergie" pour Valérie Pécresse, la ministre de l’Enseignement supérieur. Cette première année de licence débouchera sur quatre concours distincts, avec des modules communs et d’autres spécialisés. Le texte prévoit également un système de réorientation plus souple des étudiants, repoussé à la rentrée 2012-2013.

Des filières dans la tourmente du LMD

Autre dossier épineux du moment, qui concerne aussi bien les formations médicales que paramédicales : celui de la mise en place du système LMD (licence, master, doctorat). Dans les facultés de médecine, l’organisation actuelle des études, semble structurellement incompatible avec le système européen. La formation est certes divisée en trois cycles, mais le premier, le PCEM, dure deux ans et le deuxième quatre ans (DCEM 1, DCEM 2, DCEM 3 et DCEM 4). Quand à l’internat, auquel accèdent les étudiants après un examen national, il peut durer trois, quatre ou cinq ans. On est donc très loin du 3-5-8 ! Mais par le passé, plusieurs documents ont été consacrés à la refonte des études médicales. A suivre...


Virginie Bertereau et Isabelle Maradan

10.05.2010


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