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Enquête

Coronavirus : le baptême du feu des étudiants en médecine mobilisés dans les hôpitaux

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La crise sanitaire que traverse la France marquera les futurs médecins actuellement sur le front avec leurs aînés. // © Sebastien ORTOLA/REA
La crise sanitaire que traverse la France marquera les futurs médecins actuellement sur le front avec leurs aînés. // © Sebastien ORTOLA/REA

Face à une crise du coronavirus qui s’aggrave, les étudiants en médecine se mobilisent dans les hôpitaux. Ils sont aux urgences, dans les services de réanimation ou ils font des vacations de brancardiers, aides-soignants, infirmiers. Un baptême du feu qui va marquer leur formation.

Muni d’un masque, éloigné de ses collègues de plus d’un mètre, il scrute de près des données. Ce sont celles de symptômes de patients atteints du coronavirus que ceux-ci renseignent au quotidien sur une application. À lui de décider s’il faut les envoyer aux urgences ou pas. En cas de doute, un médecin senior d’astreinte volera à la rescousse de cet étudiant en médecine de 27 ans.

Jean-Vincent Lacqua, inscrit en sixième année à l’université de Paris Saclay, vit la crise épidémique aux avant-postes, au sein de l’hôpital de Melun, dans la banlieue parisienne. Il fait partie des 250.000 étudiants en santé qui luttent actuellement sur le front du coronavirus, partout en France. La mobilisation ne concerne pas les seuls internes en médecine.

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Ils sont aux urgences et dans les services de réanimation

Sur la base de volontariat, 25.000 étudiants hospitaliers (deuxième cycle, entre la quatrième et la sixième année d'études) se sont vus réaffectés dans les services en forte tension. Les étudiants de premier cycle, dont les stages ont été annulés, prêtent main forte aussi. Certains, comme Jean-Vincent, enchaînent des semaines de 60 heures, à la régulation du SAMU. D’autres accueillent des malades dans les urgences ou aident dans les services de réanimation.

Par exemple, "ils participent à la mobilisation de patients atteints d’insuffisance respiratoire grave dont la position doit être changée régulièrement", détaille Patrice Diot, président de la Conférence des doyens des facultés de médecine. Parfois, des étudiants se font brancardiers, aides-soignants, infirmiers. Les moins avancés dans la formation gardent les enfants des soignants ou leur font des courses.

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"La question n’est pas de savoir si on va attraper le coronavirus, mais quand"

Aux médecins de demain d'encaisser le choc de la crise sanitaire au sein d’établissements que l’épidémie fait vaciller. " Des centaines et des centaines de malades arrivent tous les jours. Dans les hôpitaux des zones en crise, c’est une organisation militaire qui s’est mise en place. Les étudiants s’y sont spontanément insérés", explique Jean Sibilia, le doyen de la faculté de médecine de Strasbourg. Au sein de la région Grand Est, la première touchée par l’épidémie, "nous comptons tous des gens entubés, ventilés, morts dans notre entourage. Plutôt que de se laisser submerger par la peur, les étudiants se sont mobilisés. Je suis bluffé par leur générosité et la qualité de leur engagement".

Les étudiants mobilisés peuvent être eux-mêmes vecteurs de maladie, infecter des patients ou leurs proches. C'est ce qui les inquiète le plus. "La question n’est pas de savoir si on va attraper le coronavirus, mais quand. L’avantage, c’est qu’on on est jeunes. Le risque est moins important", explique Jean-Vincent, l’étudiant à pied d'œuvre à l'hôpital de Melun.

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"Si ils y vont, ils sont protégés, ont des masques et du gel hydroalcoolique"

Six fédérations représentatives des étudiants en santé, dont l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF), ont demandé hier dans un communiqué commun que "la sécurité de tout étudiant mobilisé soit garantie au même titre que celle des professionnels". Si ce n’est pas le cas, ils "doivent être mis en dehors du terrain de stage. Il n’est pas question qu’un étudiant soit exposé à un sur-risque d’infection", tranche Patrice Diot, président de la Conférence des doyens des facultés de médecine.

Pas d’actions sur le terrain pour les étudiants qui n’ont pas été formés aux gestes barrières, assure Jean Sibilia. "Si ils y vont, ils sont protégés, ont des masques et du gel hydroalcoolique". Il faut avoir un moral en acier pour affronter ce baptême du feu moralement éprouvant. Les étudiants se retrouvent confrontés à l’angoisse, à des détresses respiratoires, à la mort de patients isolés de leurs familles. Certains "voient des médecins arrêter des réanimations, remplacer un patient par un autre. Si le service est plein, où vont les patients ?", s'exclame Sébastien Villard, vice-président chargé des études médicales à l'ANEMF.

"Dans ce contexte où les situations lourdes sont omniprésentes, nous alertons les pouvoirs publics sur les risques que la situation peut engendrer sur la santé mentale des étudiants et des professionnels de santé. Il est nécessaire d’assurer le développement des dispositifs d’accompagnement et de soutien existants ainsi que d’en assurer une information la plus large possible auprès des étudiants", appellent les organisations étudiantes en santé, dans leur communiqué. En Alsace, dès le début de la crise, une cellule de soutien et d’accompagnement psychologique a été mise en en place.

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Une crise qui conforte les vocations

Cette situation hors norme marquera la formation des étudiants. "Ils vont apprendre le travail en équipe, le respect des personnels paramédicaux, la gestion de crise, le contrôle des émotions", estime le président de la conférence des doyens.

Jean-Vincent, lui, sent déjà que cette crise conforte sa vocation. Il souhaite se spécialiser dans la médecine d’urgence. En juillet, il passera ses ECNi (épreuves nationales classantes informatisées) qui lui permettront de choisir sa spécialité en fonction de son classement. Cette année, il va falloir jongler entre lutte contre l’épidémie et révisions.

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