Covid-19 : vers des études de santé en mutation ?

Par Stéphanie Desmond, publié le 25 Septembre 2020
7 min

Si la tenue des cours à distance pendant le confinement ne constitue pas une référence, la période a eu le mérite de donner un coup de boost à la réflexion pour l’ensemble des formations. Dans les facultés de médecine, les IFSI, les formations du social, l’évolution des pratiques semble engagée. L’important ? Que les étudiants s’y retrouvent.

À quoi va ressembler votre formation en 2021 ? Sans le Covid-19, probable que personne ne vous aurait posé la question ! Dans le supérieur, comme au lycée, il a fallu parer à l’urgence. Rien d’étonnant que l’expérience ne soit pas forcément très positive pour tous. Pourtant, les établissements engagés sur ce terrain avant le confinement assurent vouloir amplifier le mouvement. À quelles conditions la généralisation de formations qui mixeront cours en présentiel et à distance sera gagnante pour les étudiants en santé ?

30 heures en classe, ça vous dit ?

"Repenser nos parcours c’est une façon de s’adapter aux apprenants de 2021. Le profil de nos étudiants a évolué, ils ont à la fois besoin d’être responsabilisés et d’avoir plus de liberté pour s’organiser." Eric Trouvé en est ainsi persuadé : la digitalisation d’une partie de la formation sera un jour la norme. Ce directeur régional des instituts de la Croix-Rouge du Centre-Val de Loire, qui expérimente depuis trois ans une formule mixte dans les formations d’aide-soignant, invite les lycéens à poser des questions aux établissements sur leurs pratiques.

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Médecine : chantier en cours

Une démarche plus ou moins aboutie selon les filières. En faculté de médecine, où les enseignements de première année sont surtout théoriques avec un ratio de 80% de cours magistraux (en majorité filmé pour voir ou revoir le cours) pour 20% de cours en TD, il s’agit jusque-là de faire face à un nombre d’étudiants plus important que la capacité d’accueil. Sébastien Villard et Maxime Tournier, vice-présidents de l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) en 2019–2020, soulignent les disparités entre les facultés et le manque de visibilité sur ce qui sera mis en œuvre en PASS comme en L.AS, alors qu’il faut déjà digérer l’ampleur de la réforme. "Dans ce contexte, le conseil donné aux candidats est avant tout de choisir leur formation au plus près de leur domicile" martèlent ces étudiants.

Gratter mais pas que ?

"Les difficultés logistiques vont perdurer", estime Patrice Diot, président des doyens de faculté de médecine. Pour autant, ce pneumologue à la tête de l’université de médecine de Tours insiste sur l’intérêt "d’un enseignement numérique bien fait, consacré par exemple à l’arrêt cardiaque, à condition de le compléter par du massage cardiaque en centre de simulation". Dans son université, les 25% du temps de mineure, en PASS comme en L.AS, seront ainsi pensés en distanciel. Son espoir est de voir la plateforme numérique utilisée dans les facultés de médecine s’enrichir grâce à un appel à projet financé dans le contexte Covid : "Nous ne devons pas considérer que le numérique est une facilité, c’est un véritable effort pédagogique" martèle le professeur.

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Rencontre de deux mondes

Du côté des formations d’infirmiers, où les effectifs sont importants, la collaboration université-instituts a conduit à dématérialiser deux enseignements. Là encore, avec des mises en œuvre disparates à l’échelle des 323 IFSI du territoire. La région Normandie fait office de bonne élève. "À partir de 2013, nous avons travaillé sur des maquettes communes aux différents instituts, complétées par un encadrement de nos formateurs et une latitude locale d’évaluation. On a maintenant un projet de production vidéo accompagné par le centre multimédia de l’université", détaille Claire Giguet, directrice de l’institut de Cherbourg.

Jeu de ping-pong

Les étudiants infirmiers, eux, apprécient diversement en fonction des conditions. "Il y a à prendre et à laisser, alerte Martine Somelette présidente du Comité d’entente des formations infirmières et cadres (CEFIEC). Les grandes messes descendantes, on en est vite revenu. L’université n’avait pas forcément pris la mesure de nos publics, qu’il faut davantage accompagner". Ludovic Bontemps, directeur de l’Institut du travail social (ITS) de Pau, connaît toute l’importance d’articuler enseignement à distance et présentiel dans une notion de parcours : "Ouvert sur 30 jours, notre cours sur les politiques sociales inclut des documents, des vidéos spécialement créées, une barre de progression dans la consultation des supports et pour finir un quiz de vérification puis la possibilité de rebondir sur tous ces éléments en présentiel".

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Principe de classe inversée

Persuadés que l’on ne peut apprendre en écoutant un monologue en ligne, certains expérimentent pour mettre les étudiants en actions. "Il est nécessaire de jouer sur plusieurs modalités pour créer de l’interaction et capter l’attention", insiste encore Eric Trouvé. Et cela paie ! "Le retour des étudiants aides-soignants est que la formule, bien plus fatigante, les engage davantage". Autre point de satisfaction des étudiants : l’expérience développée dans l’ensemble des instituts de la Croix-Rouge garantit une même qualité de prestation partout.

Expérimenter pour réajuster

"Au-delà du Covid, nos groupes de travail pour préparer des séquences communes perdurent. Nous ne reviendrons pas en arrière, poursuit Eric Trouvé, même si nous ne dépasserons pas un certain plafond de temps dévolu au distanciel (15% actuellement) car nous sommes à la fois sur des métiers de gestes techniques et de fort relationnel." "10 à 15% du temps, c’est assez, estime pour sa part Ludovic Bontemps à l’ITS de Pau. Au-delà, on dénature la formation. Et on ne peut faire l’économie d’expérimenter, d’analyser les retours de nos étudiants et d’adapter." Les formations en santé/social, aussi techniques soient-elles, placent l’humain et le contact au centre, Covid ou pas.

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