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Décryptage

En quête de reconnaissance, les professions paramédicales se rebiffent

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Les infirmiers manifestent à Paris, mardi 8 novembre 2016. // © Claire et Sélyne
Les infirmiers manifestent à Paris, mardi 8 novembre 2016. // © Claire et Sélyne

Après les étudiants en orthophonie mobilisés pour dénoncer leur rémunération à l'hôpital, c'était au tour des infirmiers de faire grève, mardi 8 novembre 2016. En cause, la dégradation de leurs conditions de travail et la difficulté à trouver un emploi.

Une semaine après que la fermeture d'un IFSI (institut de formation en soins infirmiers) a été envisagée en Normandie, les infirmiers étaient dans la rue, mardi 8 novembre 2016, partout en France, à l'appel d'une intersyndicale comprenant 17 organisations. Ils dénoncent "la pénibilité non reconnue, la discrimination salariale, le manque de personnel, le défaut d'encadrement des étudiants". "Les infirmiers sont peu entendus, voire ignorés dans la gestion et l'évolution du système de santé, alors qu'ils demeurent les professionnels de santé les plus nombreux", poursuivent les organisations.

Les étudiants veulent "une vraie licence"

Côté étudiants, la FNESI (Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers) dénonce en particulier les inégalités avec les autres formations. Aujourd'hui, les bourses en IFSI sont "laissées à la bonne volonté des régions". La fédération demande donc que les bourses des filières sanitaires et sociales soient alignées sur celles des CROUS, gérées par eux et réévaluées annuellement. Autre revendication, la réévaluation des indemnités de stage, au motif que les responsabilités sont importantes : "Combien de fois avons-nous eu l'impression d'être l'infirmier ou l'aide-soignant de remplacement ?", interrogent les étudiants.

En creux, ce sont les espoirs non tenus de "l'universitarisation" des professions de santé qui sont dénoncés. En effet, derrière ce terme barbare, l'objectif était de réformer ces formations de manière à ce qu'elles s'inscrivent dans le système LMD. Cela s'est concrétisé par le fait de donner le grade de licence au diplôme d'infirmier. Mais cela ne suffit pas, assure la FNESI qui demande "une vraie licence".

Les étudiants constatent également un assombrissement des perspectives professionnelles. Selon une étude menée par Infirmiers.com en 2015, 12 % des infirmiers ayant répondu au questionnaire n'avaient pas d'emploi et 25 % étaient en CDD (contrat à durée déterminée). "J'ai l'impression qu'il y a beaucoup moins de postes à pourvoir dans la profession et que les jeunes diplômés ne peuvent pas être exigeants en matière de service étant donné la conjoncture actuelle", témoignait alors un répondant. La situation s'était déjà dégradée dès 2012.

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Les orthophonistes mal rémunérés 

Mais dans le paramédical, les infirmiers ne sont pas les seuls à dénoncer leurs conditions d'entrée dans la vie professionnelle. Le 3 novembre 2016, c'était au tour des étudiants en orthophonie de se mobiliser à Paris et en régions. Une manifestation qui s'inscrivait dans un mouvement plus large : depuis début octobre, les futurs orthophonistes se mobilisent à tour de rôle pour dénoncer leurs conditions d'insertion professionnelle. "La plupart des orthophonistes ont un exercice mixte, c'est-à-dire qu'ils travaillent à la fois à l'hôpital et en libéral", explique Maéva Asser, vice-présidente générale de la FNEO (Fédération nationale des étudiants en orthophonie). Beaucoup d'orthophonistes travaillent donc à temps partiel dans la fonction publique hospitalière.

Or, la FNEO dénonce les conditions de rémunération à l'hôpital. Malgré la réforme de 2013 – la formation est alors passée de quatre à cinq ans et le grade de master a été obtenu – les orthophonistes sont rémunérés comme des bac+2. "En début de carrière, un orthophoniste travaillant à temps plein à l'hôpital est payé environ 1.200 € nets", s'insurge Maéva Asser.

Tous concernés

Finalement reçues par le ministère de la Santé le 3 novembre 2016, la FNO (Fédération nationale des orthophonistes) et la FNEO ont à nouveau rejeté la proposition qui leur était faite, selon Héloise Hervy, la présidente de la FNEO. À savoir : être reconnu dans la grille salariale à un niveau bac+3 à partir du 1er janvier 2017 puis à un niveau bac+4 à partir du 1er janvier 2019. Sachant que la promotion diplômée en juin 2018 sera la première à obtenir le grade de master.

Si pour l'instant, les orthophonistes sont en première ligne du combat pour l'alignement des grilles salariales sur le niveau d'études, cette problématique concerne également les ergothérapeutes, orthoptistes, kinésithérapeutes ou encore les psychomotriciens... Autant dire que la mobilisation des professions paramédicales pour obtenir la reconnaissance auquelle leur donnent droit leurs diplômes et grades est loin d'être terminée.

Pour aller plus loin : Quelles études pour travailler dans le secteur paramédical, avec ou sans le bac ? / Paramédical : un secteur qui résiste à la crise / Infirmier, kiné, psychomotricien : les numerus clausus 2016-2017 / Jeunes diplômés infirmiers : la fin du plein emploi