1. Études de santé : les étudiants débriefent le service sanitaire
Décryptage

Études de santé : les étudiants débriefent le service sanitaire

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Le service sanitaire, lancé à la rentrée 2018, doit permettre d'initier les étudiants en santé à la prévention auprès de différents publics. // © plainpicture/Hero Images
Le service sanitaire, lancé à la rentrée 2018, doit permettre d'initier les étudiants en santé à la prévention auprès de différents publics. // © plainpicture/Hero Images

Alors que le gouvernement doit dresser un premier bilan du service sanitaire lancé à la rentrée 2018, nous avons sollicité l’avis d’étudiants en santé qui ont commencé ou achevé cette action de prévention. Verdict : bien dans l’ensemble, mais peut mieux faire.

"Êtes-vous globalement satisfait du service sanitaire ?" À cette question, les quatre étudiants en santé que nous avons sollicités ont répondu "oui" sans hésiter. Parmi les points positifs, citons la possibilité de mener un projet concret de A à Z, ainsi que la qualité d’écoute et des échanges avec le public ciblé.

Les bons points

Les stagiaires ont aussi été agréablement surpris par la qualité de l’accueil et de l’encadrement de leur "référent de proximité" (par exemple, un médecin coordinateur d’un EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). "Je me sens réellement attendu et écouté par le personnel soignant, que je conseille pendant quatre demi-journées sur l’hygiène bucco-dentaire", s’enthousiasme Ewen, étudiant brestois en chirurgie dentaire de 23 ans.

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En cette première année de service sanitaire, deux des étudiants interrogés ont pu réaliser leur action de prévention aux côtés de stagiaires issus de cursus différents. Une interprofessionnalité jugée "très enrichissante" par les principaux concernés, qui devrait être généralisée dans les années à venir.

Mission imposée

En revanche, trois des quatre étudiants contactés n’ont pas eu la possibilité de choisir leur action de prévention. C’est notamment le cas de Lisa, 21 ans, étudiante en deuxième année à l’IFSI (institut de formation en soins infirmiers) de Sarreguemines (Moselle). Pour elle, ce fut une intervention sur la nutrition et le sport auprès de collégiens de cinquième. Une décision prise par le collège et l’institut de formation, que la jeune femme ne regrette pourtant pas. "Je n’ai pas eu à faire de choix. Et celui-ci était pertinent puisque le collège en question était concerné par cette problématique", confie Lisa.

Marie, étudiante en cinquième année de pharmacie à Lille, a uniquement pu choisir, sur la plate-forme mise en place par sa fac, la localisation de son stage (proche de Calais, où elle se rend tous les week-ends). La thématique lui a été imposée, sans qu’elle ne se sente frustrée. "Celle sur laquelle je suis tombée [la santé mentale] était même mon dernier choix parmi les cinq possibilités", s’amuse Marie. Accompagnée par trois futurs médecins, l'étudiante de 23 ans est intervenue 12 fois auprès d’élèves de quatrième.

L’action préférée à la leçon

Le service sanitaire comprend trois étapes : une formation théorique et pratique, une intervention auprès d’un public défini et l’évaluation de l’action de prévention. "La formation ne m’a été d’aucune utilité pour la mise en pratique. Elle s’est résumée à des cours théoriques et généraux de gestion de projet, répartis sur trois demi-journées", regrette Ewen.

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Une déception vite oubliée. Ewen réalise en ce moment l’intervention avec deux de ses camarades de promotion. Très enthousiaste, il qualifie l’étape intermédiaire "d’expérience enrichissante à titre personnel et professionnel".

Indemnité de transport, ça déraille

Les étudiants s’accordent à dire que "l’indemnité forfaitaire des frais de déplacement" versée par les établissements de formation est l’un des principaux bémols. Cette prise en charge s’élève à 130 € brut par étudiant, au-delà de 15 kilomètres entre le lieu de formation et le lieu de stage. Un montant que Marie, qui intervient à une heure de route de sa faculté, juge insuffisant. "Affectée tous les vendredis non loin d’où habitent mes parents, je n’ai toutefois pas à faire deux heures de route le même jour. L’un de mes camarades n’a pas d’autre choix", rapporte l’étudiante en cinquième année de pharmacie.

Lisa, qui s’apprête à devenir infirmière, a quant à elle reçu une indemnisation d’un montant de seulement 66 € brut. Une somme inférieure au forfait fixé par l’État, sans explication, mais qui lui semble toutefois "honnête" au regard de la faible distance (15 minutes en voiture) qui séparait l’institut de formation du collège dans lequel elle intervenait avec trois de ses camarades de promotion.

Du travail en plus ?

Pas de travail en plus, avait assuré le gouvernement au moment de la présentation du dispositif. Qu’en est-il dans les faits ? Pour la majorité des étudiants interrogés, le dispositif national remplace bien une période de stage.

Ewen regrette que l’action de prévention se substitue à plusieurs semaines de stage clinique, alors même que les étudiants en odontologie aimeraient passer plus de temps à l’hôpital. "À l’échelle nationale, nous constatons que le dispositif s’accompagne d’une surcharge de travail, d’où le fait que certains étudiants perçoivent le dispositif comme une contrainte", tient à préciser Ewen, qui est également vice-président de l’UNECD (Union nationale des étudiants en chirurgie dentaire). Des ajustements sont donc à prévoir pour la suite.