1. Faire médecine en Roumanie : que deviennent les étudiants à leur retour ?
Enquête

Faire médecine en Roumanie : que deviennent les étudiants à leur retour ?

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L'université de médecine et de pharmacie de Cluj-Napoca, en Roumanie. // © Charlie Dupiot
L'université de médecine et de pharmacie de Cluj-Napoca, en Roumanie. // © Charlie Dupiot

Les étudiants en médecine formés en Roumanie peuvent venir en France pour passer l’ECN (examen classant national). Objectif : effectuer leur internat dans l’Hexagone, puis s’y installer. Mais la majorité ne brillent pas aux épreuves et ont donc un choix réduit de spécialités.

Faire six ans d'études médicales en Roumanie et revenir en France finir sa formation de médecin, au moment de l'internat, c'est possible.

"L'ECN (examen classant national) est ouvert aux étudiants et diplômés de l'Union européenne (plus quelques exceptions comme la Suisse ou Andorre). Pour s'inscrire aux épreuves, en mars, il suffit d'être titulaire d'un diplôme de l'année universitaire en cours ou fournir une attestation de deuxième cycle", indique la gestionnaire de l'ECN au CNG (Centre national de gestion), dépendant du ministère de la Santé.

En 2013, 200 étudiants européens étaient inscrits à l'examen permettant d'accéder à l'internat de médecine en France. 179 ont passé les épreuves. 139 ont été classés et ont pris un poste (spécialité et lieu de formation).

Répartition par pays d'études des candidats européens inscrits à l'ECN 2013
Pays Inscrits
Affectés
Belgique 2 1
Grèce 20 15
Roumanie 86 78
Pologne 5 3
Bulgarie 1 1
Croatie 3 3
Italie 44 24
Allemagne 5 4
Espagne 5 4
Hongrie 2 1
Luxembourg 1 0
Portugal 4 4
République tchèque 1 1
Total 179 139

Source : Centre national de gestion, 2014

Des résultats en demi-teinte

Parmi ces 200 Européens, 22 étaient Français. Souvent recalés en PACES (première année commune aux études de santé), ces étudiants se sont offert une seconde chance à l'étranger avant de revenir faire leur internat, passer leur thèse et s'installer en France.

Le hic : leurs résultats à l'ECN. Difficile de se préparer aux épreuves de loin… Le meilleur candidat français, formé au Portugal, s'est classé dans les 1.800es places sur 8.001. Il a obtenu la spécialité de son choix : la gynécologie-obstétrique. Le deuxième, futur chirurgien formé en Belgique, est arrivé dans les 3.400es. Le troisième, étudiant en Bulgarie, s'est classé dans les 6.500es.

Les 19 autres figurent dans le bas du classement, entre le 7.300e et le 8.001e rang. Quinze d'entre eux ont opté pour la médecine générale, un seul a choisi la spécialité psychiatrie et trois n'ont pas pris de poste. "Certains passent l'examen de deuxième cycle en France et dans leur pays de formation et préfèrent finalement prendre un poste dans ce dernier", relève le CNG.

Résultats à l'ECN 2013 des candidats français formés en Europe
Candidats* Pays de formation avant l'ECN
Spécialité choisie
Lieu de formation choisi
Étudiant A Portugal Gynécologie-obstétrique Île-de-France
Étudiant B Belgique Chirurgie générale Besançon
Étudiant C Bulgarie Médecine générale Île-de-France
Étudiant D Roumanie Médecine générale Dijon
Étudiant E Roumanie Médecine générale Dijon
Étudiant F Pologne Médecine générale Nancy
Étudiant G Croatie Médecine générale Île-de-France
Étudiant H Roumanie Médecine générale Nancy
Étudiant I Roumanie Non affecté -
Étudiant J Roumanie Médecine générale Nancy
Étudiant K Roumanie Médecine générale Île-de-France
Étudiant L Croatie Médecine générale Clermont-Ferrand
Étudiant M Roumanie Médecine générale Dijon
Étudiant N Hongrie Médecine générale Île-de-France
Étudiant O Roumanie Médecine générale Caen
Étudiant P Roumanie Médecine générale Dijon
Étudiant Q Roumanie Médecine générale Île-de-France
Étudiant R Roumanie Médecine générale Île-de-France
Étudiant S Roumanie Médecine générale Île-de-France
Étudiant T Roumanie Non affecté -
Étudiant U Roumanie Non affecté -
Étudiant V Roumanie Psychiatrie Reims

*Pour respecter l'anonymat des étudiants, nous les avons nommés par des lettres.
Source : Centre national de gestion, 2014

Des médecins comme les autres (ou presque)

Pour les reçus à l'ECN, le résultat est là : après trois à cinq ans d'internat, ils pourront être médecins en France. Et si leur spécialité et/ou leur lieu de formation ne leur conviennent pas, ils ont le droit de retenter une fois l'ECN, en tant qu'interne, l'année suivant leur premier passage. Ou encore, après trois ans d'exercice, de passer un concours ouvert aux médecins diplômés qui veulent changer de spécialité.

À terme, ces internes seront des praticiens "comme les autres". Mais aucun de ceux que nous avons contactés (la majorité) a répondu à notre appel à témoins. La crainte, peut-être, d'être regardés de travers pour ne pas avoir réussi le concours originel de PACES ou d'être estampillés "made in Roumanie" malgré un discours contraire sur place.

Un nombre de candidatures qui ne fléchit pas

D'ailleurs, ces Français exilés "ont eu chaud" en 2011. En août de cette année-là, un décret était passé au "Journal officiel". Selon ce texte, aucun étudiant européen ne pouvait présenter l'ECN s'il avait épuisé ses chances d'être admis en deuxième année de médecine en France. Une façon d'éviter le contournement de la PACES et de dissuader les candidats au départ.

Mais rapidement, les étudiants français de Cluj se sont mobilisés pour contrer cette décision "discriminatoire". Ils ont déposé une requête au Conseil d'État. En janvier 2013, au regard du Code de l'éducation, les restrictions étaient annulées.

Aujourd'hui, les inscriptions des Européens à l'ECN continuent donc d'affluer. Parmi les pays de l'Est (Bulgarie, Pologne, Hongrie…) qui attirent les déçus de PACES, la Croatie a le vent en poupe. Mais contrairement à la Roumanie qui dispose d'une section francophone, le cursus est proposé en croate ou en anglais. Une autre paire de manches…

La Sarthe accueille à bras ouverts les étudiants de Roumanie
La France a besoin de médecins, spécialement dans certaines zones désertées. Et peu importe s'ils ont été formés uniquement en France ou en partie à l'étranger. Partant de ce principe, le conseil général de la Sarthe propose des contrats d'engagement public à des étudiants en médecine depuis 2007.
"Nous leur versons une bourse de 25.200 € au total divisée en fonction du nombre de mois de formation restants. En contrepartie, ils s'engagent à s'installer comme généralistes pendant cinq ans minimum en Sarthe, en zone déficitaire en médecins. Leur exercice doit être majoritairement libéral. Ils bénéficient également d'autres avantages comme un accompagnement administratif pour l'installation, un accompagnement du conjoint dans sa recherche emploi, une aide à la recherche d'un logement…", décrit la chargée de mission démographie médicale du conseil général du département.
Depuis 2007, 36 contrats de ce genre ont été signés, dont la moitié avec des jeunes formés en Roumanie, le dispositif ayant été ouvert aux étudiants d'autres pays en 2011. "Ce sont des médecins qui exerceront de toute façon en France. Autant les accompagner dans leur fin d'études et les faire venir à Angers pour leur internat. Il n'y a pas de craintes particulières sur la qualité de la formation, ni du côté des habitants, ni du côté des médecins angevins", assure la chargée de mission démographie médicale.
Pour postuler, rendez-vous sur le site medecinensarthe.cg72.fr. Une condition pour être retenu : ne pas être uniquement intéressé par l'argent et montrer un minimum d'intérêt pour le département.

POUR ALLER PLUS LOIN
À découvrir aux éditions l'Etudiant :
"Réussir ses études de santé", par Ludivine Coste.

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