L'année d'internat supplémentaire en médecine générale annoncée par le gouvernement ne passe pas

Par Pauline Bluteau, publié le 26 Septembre 2022
6 min

Quatre années d'internat et non plus trois pourront désormais être nécessaires pour devenir médecin généraliste. Le gouvernement souhaite mettre en place la réforme dès la rentrée 2023 dans le but de favoriser l'autonomie des jeunes médecins et de pallier le manque de praticiens dans les zones sous-denses. Une annonce qui ne passe pas...

Ce week-end, le ministère de l'Enseignement supérieur et celui de la Santé ont donné un coup d'accélérateur à la réforme du troisième cycle de médecine : Sylvie Retailleau et François Braun ont confirmé leur volonté d'ajouter une quatrième année d'études pour les internes en médecine générale. Cette dernière année d'internat doit "consolider" leurs compétences en les incitant, notamment, à exercer dans les déserts médicaux.

Consolider la formation des futurs médecins généralistes

La promesse était pourtant restée sous le tapis pendant cinq ans et la voilà qui réapparait en cette rentrée 2022. "On en discute depuis des années avec les ministères mais il est clair qu'il y a eu une accélération unilatérale ce week-end", concède Raphaël Presneau, président de l'ISNAR-IMG (intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale). Un calendrier qui coïncide avec la présentation des projets de loi de finances de chaque ministère pour 2023.

Sylvie Retailleau, ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche, et son homologue à la Santé, François Braun, devaient en effet présenter ce lundi matin 26 septembre 2022 au conseil des ministres leur réforme. Leur souhait : qu'à compter de la rentrée universitaire 2023, l'internat en médecine générale soit prolongé d'une année, le diplôme d'études spécialisées (DES) passant de trois à quatre ans.

Une nécessité pour le gouvernement d'Emmanuel Macron qui considère que les futurs médecins généralistes sont les seuls internes à ne pas bénéficier d'une "phase de consolidation […] au cours de laquelle les futurs praticiens peuvent exercer en autonomie supervisée".

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"Une année d'exploitation supplémentaire" des internes en médecine

Un argument qui ne semble pas entendable par les associations étudiantes comme l'ANEMF (association nationale des étudiants en médecine de France), qui juge cette décision "préoccupante, déroutante, inquiétante et aberrante". Pendant cette quatrième année d'internat, les étudiants, considérés comme "docteurs juniors", seront encouragés à exercer "dans les territoires les moins pourvus en médecins généralistes". Le stage se déroulera "en ambulatoire sous la supervision de maîtres de stages universitaires", précisent les deux ministères de tutelle.

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"Il s'agit ni plus ni moins qu'un déguisement pour une année d'exploitation supplémentaire des internes", résume l'ISNAR-IMG. Comme le souligne Raphaël Presneau, les internes en médecine généraliste effectuent déjà un an de stage en ambulatoire souvent, même si cela n'est pas obligatoire, dans des zones sous-denses.

"Nous n'avons déjà pas assez de maîtres de stage pour nous encadrer, en rajoutant une année, les conditions seront encore plus précaires au niveau pédagogique mais aussi financièrement", estime le président de l'intersyndicale. Car une fois diplômés, les jeunes médecins généralistes effectuent principalement des remplacements où ils sont rémunérés comme des professionnels de santé et non plus comme des internes dont le salaire est fixé à 27.000 euros bruts par an. Le ministre de la Santé a tout de même indiqué qu'une rémunération différenciée pourrait être envisagée, une bonne nouvelle selon l'ISNAR-IMG.

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Une concertation nécessaire avant l'officialisation de la réforme

L'ANEMF semble de son côté plus alarmiste sur la mise en place "précipitée" de cette réforme. "Les freins, depuis longtemps décriés, ne seront pas résolus en un an." Les représentants étudiants se disent prêts pour une mobilisation nationale et attendent surtout que des concertations soient entamées avant l'entrée en vigueur de la réforme. "Il faut des étudiants pour en définir les contours mais l'ISNAR-IMG n'a pas été contactée", a précisé Raphaël Presneau.

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Une mission doit d'abord être confiée, entre autres, à l'ancienne présidente de l'ISNAR-IMG, Mathilde Renker, avant d'aborder au mieux la concertation qui doit mener à la mise en place de la réforme dans un an donc. Au total, dix années d'études seront désormais nécessaires pour devenir médecin généraliste, une spécialité qui attire chaque année plus de 3.500 étudiants.

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