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Reportage

Médecine : l’amphi de garnison, mode d’emploi

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La première année n’est pas forcément l’étape la plus difficile lorsque l’on s’engage dans des études de médecine. 6 ans après, les étudiants passent l’ECN (examen classant national). Un examen crucial car, selon leur classement, ils vont pouvoir ou non obtenir la spécialité et la ville de formation dont ils rêvent. Tout se joue lors de « l’amphi de garnison ». Deux semaines durant lesquelles les candidats énoncent leur choix. Jusqu'à 2011, la procédure se déroulait "physiquement" à Lognes, dans une salle gigantesque (reportage et séquence émotions en vidéo). Depuis septembre 2011, elle est informatisée.

Lognes, jeune ville de Seine-et-Marne. Ses étangs, sa gare RER, son Centrex (ou centre de congrès). Ici, en septembre, se déroule l’amphi de garnison. Le rendez-vous de tous les étudiants en médecine de France qui ont passé, avant l’été, l’ECN (examen classant national). En sortant d’ici, les quelque 6.200 externes deviendront internes dans une spécialité. Le métier qu’ils exerceront toute leur vie. Ils seront également affectés dans une ville, pour une durée de 3 à 5 ans, le temps de poursuivre leur formation. Pour tous les futurs médecins, l’enjeu est donc crucial.


Convoqué selon son rang à l’ECN


L’amphi de garnison porte bien son nom. La cérémonie des choix se déroule dans une immense salle du Centrex. Des cohortes de 700 étudiants s’y pressent chaque jour pendant près de 2 semaines. 400 passent le matin, 300 l’après-midi, avec une pause d’une heure à midi. Ils ne sont pas venus au hasard. Le CNG (Centre national de gestion, placé sous tutelle du ministère de la Santé), qui organise "les festivités", leur a donné rendez-vous selon leur rang de classement à l’ECN. Les premiers classés – ceux qui ont obtenu les meilleurs résultats – sont convoqués le premier jour. Et ainsi de suite, jusqu’à la fin.

Les spécialités médicales prises d’assaut


Ce mardi-là, à 8 h, nous attendons l’ouverture des portes. 4 jours se sont déjà écoulés depuis le début de l’amphi de garnison. Les étudiants convoqués sont classés autour du 2.500e rang. Ce qui signifie que 2500 postes ont déjà été attribués. Ceux qui "partent" le plus vite sont les postes d’internes dans les spécialités médicales (dermatologie, cardiologie, hématologie, médecine interne, etc.), puis les spécialités chirurgicales (chirurgie générale, neurochirurgie, stomatologie…). En deuxième semaine, les places se raréfient (notamment dans certaines villes comme Paris), mais il en reste encore.

Les postes, en direct sur l’écran

amphi garnison medecineLes 400 étudiants de la matinée entrent dans le Centrex. Ils ne savent pas à quelle heure ils seront appelés. Approximativement, ils jugent leur heure de passage en fonction de leur classement et du nombre de personnes devant eux. Une partie d’entre eux sont assis et fixent un écran géant placé en bout de salle. C’est ici que s’affiche le choix du candidat appelé par les organisateurs. Les autres se groupent debout au fond, devant trois autres écrans où s’inscrivent en temps réel le nombre de places offertes et le nombre de places encore disponibles dans les spécialités médicales (écran 1), les spécialités chirurgicales (écran 2) et les autres spécialités (pédiatrie, psychiatrie, gynécologie obstétrique, médecine générale, santé publique, etc. ; écran 3). Le tout par ville. Feuille à la main, ils cochent les postes « tombés », guettent ceux qui restent disponibles et établissent leur stratégie.

Un instant de réflexion


ecran selection medecinePlusieurs situations sont alors possibles. Première situation : il reste beaucoup de places dans la spécialité et la ville que vous visez. Il n’y a qu’une dizaine de candidats avant vous. Pas d’angoisse. Deuxième situation : il reste peu de postes dans la spécialité et/ou la ville que vous visez. Vous ne passez pas tout de suite. Le stress monte. Tout peut basculer en une dizaine de minutes. Lorsque leur tour approche, certains candidats n’hésitent pas à aller demander aux étudiants mieux classés qu’eux le choix qu’ils comptent faire. De quoi se rassurer. Mieux vaut prévoir un plan B… Troisième situation : vous hésitez sur la spécialité ou la ville. Pour affiner leur choix, des candidats n’hésitent pas à téléphoner à des services hospitaliers, des associations d’étudiants. Ils se renseignent sur les possibilités de stages, les sites de formation, l’équipement, voire la vie quotidienne dans les villes, etc.

L’heure du choix

selection internat cngC’est à ce moment-là que vous entendez résonner votre nom dans la salle. Vous vous dirigez vers le bureau du CNG à gauche de l’écran. Une personne vérifie votre identité et vous demande votre choix. Vous avez tout le temps qu’il vous faut pour vous décider. Vous pouvez demander à voir le nombre de postes restant dans une ville donnée, quelle que soit la spécialité. Vous pouvez demander à voir le nombre de postes restant dans une spécialité donnée, sur l’ensemble du territoire. Ou cumuler les deux requêtes. Vous pouvez également appeler un proche au téléphone et vous faire accompagner physiquement devant le bureau. Ce mardi-là, une étudiante a bien demandé une demi-heure de réflexion... Toutefois, passer une heure devant le bureau ne serait pas très fair-play vis-à-vis des autres.

Des simulations bien utiles

Du reste, les candidats qui défilent hésitent peu. Le pré-choix des candidats saisi en ligne sur le site Celine du ministère ou sur le site non officiel de l’ANEMF (Association nationale des étudiants en médecine de France), COPIsim, leur a permis de suivre des simulations avant le jour J. Les énormes surprises ne sont donc pas très fréquentes. Mais il faut savoir qu’environ 20 % des étudiants changent d’avis lors de l’amphi de garnison…

Signer pour valider

inscription inetrnat medecineQuand vous vous êtes décidé, la personne du CNG annonce solennellement votre choix au micro. Certains de vos camarades peuvent applaudir ou pousser des "ouf !" de soulagement : vous n’avez pas choisi la place qu’ils convoitaient. D’autres sont peut-être plus mécontents…
De votre côté, vous devez signer un document officiel au bureau situé à droite de l’écran principal. Tant que vous n’avez pas apposé votre paraphe, libre à vous de changer d’avis. Après, les dés sont jetés. Immense joie, déception, soulagement, gros chagrin… Les émotions varient d’un étudiant à l’autre. Ou se mêlent, parfois.




L'ANEMF mène l'enquête

Dernière étape avant de se lancer dans leur nouvelle vie d'interne : les étudiants répondent aux questions de l'ANEMF sur leur choix et rendent le questionnaire qui leur a été distribué à l'entrée de la salle. Ce n'est pas obligatoire mais cela permet à l'association de récolter de précieux renseignements pour les étudiants en médecine et les candidats à l'ECN en particulier. Qui sait ? Ceux qui auront vécu l'amphi de garnison ce jour-là vous auront peut-être rendu service...
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