Léa, étudiante en maïeutique (sage-femme) : "Les patientes ont besoin de nous"

Par Pauline Bluteau, publié le 26 Juillet 2022
4 min

En troisième année de maïeutique, Léa a fait du métier de sage-femme sa vocation. Mais au-delà de la passion, l'étudiante confie aussi toutes les responsabilités et la pression psychologique auxquelles elle se retrouve souvent confrontée. Des difficultés qui sont loin de l'arrêter.

"Depuis mes six ans, je sais que je veux devenir sage-femme. Je savais que je voulais travailler dans la santé, être proche des patients et avoir des compétences techniques. J'ai donc fait un stage en troisième puis en seconde dans une clinique. Mais c'est vraiment, après mes deux années de PACES, quand je suis arrivée à l'école de sage-femme, que j'ai compris ce qu'allait être mon métier. Je n'arrêtais pas de dire : 'C'est génial, je suis trop contente !'

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Un métier de sage-femme mal connu

Ce qui me plait le plus dans ce métier, c'est cette indépendance : on peut gérer toute seule un accouchement qui se passe bien, sans le médecin – il n'est pas notre supérieur, c'est important de le comprendre – et à l'inverse, je sais aussi que je peux compter sur toute une équipe. C'est essentiel car ce sont des moments très forts en émotion mais qui peuvent très vite mal tourner.

En obstétrique, rien n'est prévisible, tout peut basculer en dix minutes et c'est très dur à gérer en tant qu'étudiante. On a parfois affaire à des parcours de vie complexe, à une grande précarité, à des patientes qui ont subi des violences… il faut pouvoir les accompagner.

Mais parfois, c'est très difficile de faire la part des choses. Il n'y a pas si longtemps, je faisais un stage en suite de couche. Je suivais un couple qui avait un parcours migratoire assez difficile. La patiente m'a raconté sa vie, le pays qu'elle a fui, enceinte. Je me suis retenue de pleurer, c'était très difficile de se détacher. Je me suis pris une claque, ça m'a retourné. La maïeutique c'est aussi ça, beaucoup d'écoute, d'empathie et de douceur. Avant d'arriver à l'école de sage-femme, je savais à quoi m'attendre au niveau des gestes mais je n'envisageais pas le côté social et psychologique. Je crois qu'on ne sait pas faire tant qu'on n'y est pas confronté.

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De la physiologie aux pathologies liées à la grossesse

En stage, on est d'ailleurs très accompagné, on fait beaucoup à deux mais on nous donne aussi très vite des responsabilités et des libertés dès que l'on maitrise certaines techniques. Notre formation est construite en deux temps : les deux premières années après la PACES (aujourd'hui, PASS et L.AS), on étudie tout ce qui relève de la physiologie, ce qui se passe bien (suite de couche, salle de naissance, consultations…) et les deux dernières années, on étudie les pathologies (grossesses à haut risque, suivi intensif de grossesse…). C'est une formation très prenante, les études sont très lourdes mais aussi très pratiques puisqu'on commence les stages dès la deuxième année.

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Des accouchements mais pas seulement

Je me souviens forcément de l'un de mes premiers accouchements où la patiente ne souhaitait pas de péridurale. On l'a suivie toute la journée, à l'encourager. Le bébé est sorti tout seul, c'était magique, presque animal ! J'aime l'adrénaline de la salle d'accouchement mais c'est aussi beaucoup de pression.

Je préfère le libéral car on peut prendre le temps de suivre une patiente de ses 16 ans à la ménopause et l'accompagner dans les différentes périodes de sa vie. À l'hôpital, on le voit en stage, les sages-femmes sont souvent toutes seules en garde, c'est très compliqué. J'étais dans la rue lors des manifs pour soutenir mes collègues et que l'on puisse se faire entendre. Je continue à croire que cela changera un jour. Les patientes ont besoin de nous. Je reste convaincue que je veux faire ça toute ma vie."

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