Odontologie : le point sur la création des huit facs annoncées pour la rentrée 2022

Par Séverine Mermilliod, mis à jour le 02 Septembre 2022
11 min

INFOGRAPHIE - En fin d’année dernière, le gouvernement annonçait la création de huit nouveaux sites universitaires d'odontologie pour la rentrée 2022. L'objectif : pallier une densité trop faible de praticiens sur certains territoires. Alors que la rentrée approche, l’Etudiant fait le point : quelles sont les facs qui ouvrent et celles qui vont attendre un peu ?

Cinq nouvelles facultés d'odontologie sont créées pour la rentrée 2022 sur les huit promises par le gouvernement. Ces facs – parfois créée sous la forme de département au sein d'une UFR Santé – sont installées à Caen, Rouen, Tours, Dijon et Besançon. Le bulletin officiel du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche du 25 août précise que les facs de Besançon, Tours et Dijon sont accréditées à délivrer le diplôme de formation générale en sciences odontologiques jusqu’à la fin de l’année 2023–2024, et jusqu'en 2027–2028 pour Caen et Rouen.

Dans les trois autres villes, il faudra patienter un peu : l’UFR d'odontologie d’Amiens est prévue pour 2023, tandis que Poitiers sera une sorte d'antenne de la faculté de Bordeaux dans un premier temps, modèle qu'appliquera aussi Grenoble avec Lyon 1.

L'ouverture de facs d'odontologie, une décision politique

La création de ces huit nouveaux sites universitaires d'odontologie avait été annoncée par Jean Castex, alors Premier ministre, en décembre 2021, "soit sous forme d’unité de formation et de recherche (UFR) soit sous forme d’antennes".

Jusqu'à présent, seules 16 universités disposaient d'une faculté d'odontologie, trop peu au regard des besoins. Le gouvernement avait alors choisi huit villes pour répondre à un besoin territorial de chirurgiens-dentistes : Amiens, Caen/Rouen, Dijon/Besançon, Grenoble, Poitiers et Tours. L'Etudiant fait le point.

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L'université de Tours ouvrira donc sa première promotion en odontologie le 12 septembre prochain. "On accueillera une première promotion de 28 étudiants. Puis, nous prévoyons une montée en charge progressive des effectifs, avec 37 étudiants et à terme une cinquantaine d’étudiants en 2027", précise le Dr Frédéric Denis, administrateur de la nouvelle faculté d'odontologie de l'université de Tours.

À Rouen, 15 étudiants sont attendus à la rentrée, puis "nous ouvrirons à 20 en 2023, ensuite, nous passerons 30, 40 et 51 étudiants en 2026", détaille pour sa part Joël Alexandre, président de l’université de Rouen.

Idem à l’université de Caen, où la rentrée va s’effectuer début septembre avec 32 étudiants en 2e année d’odontologie, avant une hausse progressive des effectifs. "La difficulté, c’est qu’il y a des objectifs à atteindre qui sont ambitieux. On les atteindra tout juste : cette année et l’an prochain on est à 32, et j’espère 50 en 2024. Mais il faut qu’on arrive à avoir plus de locaux, fauteuils, simulateurs, et enseignants…", explique le Emmanuel Touzé, doyen de l’UFR santé à Caen.

La faculté d'odontologie de Besançon, elle, ouvrira le 6 septembre avec 25 étudiants tandis que celle d’Amiens ne sera prête que l'an prochain, en septembre 2023, pour 20 étudiants. A l’horizon 2025, 40 étudiants y sont prévus, tandis que "d’ici 2029, 50 étudiants seront formés à l’UFR d’odontologie", précise l’université de Picardie dans un communiqué.

La répartition territoriale des UFR d'odontologie

Des antennes en odontologie prévues à Poitiers et Grenoble

Quant à Poitiers, la filière odontologie va d’abord être une antenne de la faculté de Bordeaux, mais l’espoir pour l'accès au soin est aussi grand : "les étudiants de Poitiers reçus en dentaire à l'issue de la première année en santé font les quatre années suivantes à la faculté d'odontologie de Bordeaux et reviendront en 6e et dernière année faire leurs stages sur Poitiers", précise la communication de l’université.

Lorsqu’il y aura suffisamment de fauteuils à Poitiers, les étudiants pourront revenir y étudier dès la 5e année. "Nous espérons ainsi qu'à moyen terme, deux années à Poitiers permettront une meilleure fidélisation sur le territoire, avant d'envisager à plus long terme une faculté d'odontologie qui nécessitera un environnement et un encadrement universitaire beaucoup plus ambitieux."

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Du côté de Grenoble aussi, la filière dentaire est attendue : "On manque de dentistes avec un nombre important de départ en retraite en Isère, donc nous avons un soutien très fort de l’ordre des médecins", explique le vice-président Santé de la faculté de médecine de Grenoble, Olivier Palombi. S'il n'y a "pas d'obstacle" à la création de la nouvelle UFR, elle ne verra pas le jour avant cinq ans, avec pour objectif une promotion de 30 étudiants.

Le projet est encore en phase d'étude de faisabilité et sera en attendant une antenne de l'université Lyon 1 : "On avait déjà des étudiants de Lyon en 6e année qui faisaient des stages à Grenoble, et on a travaillé pour qu'ils soient au moins 15 l'an prochain contre 4 actuellement. On a aussi demandé un renforcement des lits de soin au CHU, avec un fauteuil supplémentaire", précise le vice-président.

"C'est une construction d’UFR à rebours. On fait venir des étudiants de 6e année, puis ce sera 5e, 4e, jusqu’à ce qu’on recrute directement en PASS/LAS". D'ici là, la future UFR "aura besoin de salles de TP à l’université, et il faut recruter du personnel, même si on a déjà pu ouvrir un poste d’assistant hospitalo-universitaire", conclut Olivier Palombi.

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Un objectif (trop) ambitieux de 7.265 étudiants en chirurgie-dentaire en 2026

Ambitieux, l’objectif annoncé du gouvernement fin 2021 était initialement de 7.265 étudiants en chirurgie-dentaire en plus d'ici 2026, soit +14% des capacités d’accueil en odontologie sur la période 2021–2026.

Pas sûr, donc, d’être tout à fait dans les clous. Car la création en si peu de temps de nouvelles formations mobilise tous les acteurs d’un territoire, ARS (agence régionale de santé), région, ville, CHU, université. Elle demande aussi des financements importants et peut donc s’avérer complexe. Ainsi à Dijon, les 30 élèves faisant leur rentrée 2022 prendront le chemin des cours dans des locaux provisoires, avec les TP dans un lycée, en attendant la construction d’un nouveau bâtiment de l’UFR prévu pour 2026.

"C’était difficile bien évidemment, car il a fallu aborder ce dossier dans un laps de temps très réduit", souligne Joël Alexandre à Rouen. "La formation dentaire nécessite des équipements, des aménagements de locaux, des financements qu’il a fallu solliciter auprès des collectivités territoriales notamment". La métropole et la région ont ainsi fourni au projet presque un million d’euros.

Comme à Caen, l’une des problématiques concerne le corps enseignant : "nous n’avons pas d’enseignant spécifique en odontologie. Pour démarrer on est obligés de s’appuyer sur des universités partenaires, à savoir Paris Cité", précise Joël Alexandre.

Les 15 étudiants rouennais devront parfois suivre des cours "par des podcasts", et les personnels qui assureront les TP à Rouen "vont avoir un appui pédagogique par les collègues de Paris Cité. Les cours d’odontologie seront assurés par des chirurgiens dentistes au niveau local mais à terme il nous faudra recruter un hospitalo-universitaire pour avoir un département complet”, ajoute le président d’université.

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Pénurie de dentistes sur ces territoires

Malgré tout, ces nouvelles formations dentaires devraient combler des besoins réels en chirurgiens-dentistes sur les territoires concernés. Selon un rapport de l’ONDPS (Observatoire national de la démographie des professions de santé) sur la démographie des chirurgiens-dentistes paru en novembre 2021, quatre régions métropolitaines ont une densité nettement inférieure à la moyenne nationale (62 pour 100.000 habitants) : la Normandie (42 pour 100.000 habitants), le Centre-Val de Loire (44), les Hauts de France et la Bourgogne Franche-Comté (48).

"En Normandie il n’y avait aucune formation dentaire, et la densité de dentistes y est bien moindre que la moyenne nationale", rappelle le Pr Emmanuel Touzé. Malgré l’envoi d’étudiants de Caen à Rennes et de Rouen à Paris, Reims et Lille, au final "assez peu s’installaient en Normandie", poursuit le doyen de l’UFR Santé.

L’implantation d’une faculté d’odontologie semble donc le meilleur moyen de combler ce "vide médical" : selon le rapport de l’Observatoire, "le niveau de densité de dentistes est plus élevé dans les départements qui accueillent une UFR d’odontologie."

Densité des chirurgiens-dentistes en 2021
Densité des chirurgiens-dentistes en 2021 // © Observatoire national de la démographie des professions de santé (ONDPS)

Fidéliser les futurs dentistes, un enjeu territorial

A Tours, Frédéric Denis parle d'une "volonté collective en région Centre-Val-de-Loire pour obtenir cette faculté d’odontologie, qui était une évidence sur notre territoire, l’un des plus sinistrés sur le plan de la démographie médicale." Le projet de faculté a donc été pensé de manière territoriale avec "la participation des centres hospitaliers qui recevront des étudiants dans le cadre du 3e cycle : Orléans, Châteauroux, Blois, Chartres, Bourges…", assure l’administrateur, qui ajoute que les étudiants seront aussi en lien fort avec les praticiens libéraux.

A Dijon, "la densité moyenne dans les départements de la région va de 35 professionnels pour 100.000 habitants (Yonne, Haute-Saône), à un peu plus de 55 (Côte-d’Or, Doubs, Territoire-de-Belfort)", fait encore savoir la responsable formation de l’université de Bourgogne. C’est pourquoi "l’UFR Sciences de santé et l’université de Bourgogne se réjouissent de l’ouverture de cette nouvelle filière en odontologie permettant de répondre aux besoins des territoires".

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