PASS/L.AS : la réforme du premier cycle des études de santé nécessite des aménagements

Par Séverine Mermilliod, publié le 23 Mai 2022
6 min

La réforme des études de santé a besoin d'être "aménagée", estime Didier Samuel, président de la Conférence des doyens de médecine, qui a reconnu la nécessité "d'adapter des programmes trop lourds", notamment en premier cycle. Un tutorat pourrait être mis en place pour les étudiants, en particulier ceux venant de L.AS qui semblent moins bien réussir.

Malgré plusieurs levées de bouclier, il ne s'agit pas de revenir sur la réforme des études de santé. Mais le professeur Didier Samuel, président de la Conférence des doyens de médecine, s'est dit conscient, lundi 16 mai, du "besoin d'aménager les réformes, de clarifier les parcours" et ce quel que soit le cycle.

Concernant les premières années de médecine, le responsable de l’unité d’hépatologie de l'hôpital, Paul Brousse (AP-HP), a reconnu un "changement de paradigme monumental", "probablement pas assez préparé" au regard de ce qu'il "représentait pour les étudiants".

Accompagner les étudiants venant de L.AS, une nécessité

Depuis la réforme instaurée à la rentrée 2020, le PASS (parcours spécifique accès santé) et la L.AS (licence avec option "accès santé") sont les deux nouvelles voies d'accès aux études de santé (médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie et kiné). L'objectif était d'amener des profils moins scientifiques, davantage pluridisciplinaires, avec l'arrivée d'étudiants de L.AS notamment.

Mais après une première année chaotique, et malgré un "climat plus apaisé" en 2021, Didier Samuel reconnaît "la nécessité d'adapter les programmes qui sont apparus trop lourds". Un point qui avait été soulevé dès 2020 et qui faisait déjà débat. "On a ajouté une mineure santé (en L.AS) à des programmes existants qui n'ont pas été allégés, ce qui représente une charge de travail considérable. Certaines licences ont été créées spécifiquement mais pas toutes", rappelle-t-il.

Conséquence, l'équité d'accès à la deuxième année entre PASS et L.AS n'est pas encore assurée. L'objectif du gouvernement était que la moitié des admis vienne de l'une ou l'autre voie d'accès, mais il n'est à ce jour "pas du tout rempli", note le président des doyens.

Une "immense majorité" des universités se retrouve avec moins de 30% des admis venant de L.AS contre 70% de PASS. "L'an dernier, quand on s'est aperçu qu'il n'y avait pas assez d'étudiants de L.AS, faute de notes suffisantes, on a augmenté le nombre d'admis de PASS pour ne pas diminuer les capacités d'accueil, explique Didier Samuel. Beaucoup de facultés ne s'estiment pas encore prêtes pour le 50/50 et ont obtenu une dérogation pour 30/70 (pour la rentrée 2022, ndlr). On va voir si elles y arrivent ou pas."

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Des difficultés qui montrent qu'"il y a clairement besoin d'un accompagnement des étudiants venant de L.AS". D'autant que ces derniers, selon les premières estimations, réussissent moins bien au premier semestre de la deuxième année de médecine : "Le taux de réussite des étudiants venant de PASS était de 80% et celui de L.AS, 40%", a précisé le doyen.

Pour aider ces étudiants, Didier Samuel se dit favorable à "des accompagnements, modifications de programme et tutorats en deuxième et troisième années de médecine" pour les étudiants qui ont un parcours scientifique de départ plus faible, afin d'éviter "qu'ils échouent ou se découragent". Car si la mission est de "diversifier les profils", "la médecine reste une discipline scientifique", souligne le doyen.

Selon lui, les universités vont devoir renforcer leur accompagnement et suivre leurs étudiants en premier cycle pour assurer l'équité et la réussite quel que soit le parcours d'origine puisque "les premières informations que l'on a montrent que c'est très variable selon l'origine de la L.AS".

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Certaines universités proposent en effet déjà ce type d'accompagnement, comme à Rennes. Sept sont aussi déjà passées au "tout L.AS", sans voie d'accès PASS. Des programmes nationaux impulsés par la conférence des doyens, Hybridium et Flexisanté, visent également à aider les établissements à mettre en œuvre la réforme.

Mais les facultés restent autonomes dans leur organisation. Les recommandations de la Conférence des doyens de médecine ne semblent donc pas pour tout de suite. "On ne pourra pas tout changer en une année ni en deux ans", prévient le président.

D'après lui, l'une des difficultés vient du fait que les L.AS font intervenir d'autres composantes que la santé : "Il faut arriver à convaincre nos collègues des autres composantes d'aménager les programmes, alléger certaines parties, harmoniser les mineures disciplinaires santé… et les discussions ne sont pas encore partout abouties, même si des progrès ont été faits."

Un comité dédié à la réforme du premier cycle des études de santé (R1C), piloté par le doyen de la faculté de santé d'Angers, Nicolas Lerolle, se réunit déjà chaque mois. "Il y aura des recommandations", promet Didier Samuel qui attend aussi une réunion au niveau national, avec le nouveau gouvernement et ses conseillers "pour reprendre le travail qui a un peu été mis en pause depuis trois semaines".

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