1. Etudes de santé : c'est quoi le "numerus clausus" ?

Etudes de santé : c'est quoi le "numerus clausus" ?

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Est-ce risqué d’aller en médecine sans bac S ? En quoi consiste le concours de PAES ? En cas d’échec, quelles possibilités ? En choisissant pharmacie, sage-femme ou odontologie, quels sont les débouchés ? Pour quelque 40 questions posées par des jeunes et leurs parents sur les salons de l’Etudiant, l’auteure de "Réussir ses études santé" (éditions l’Etudiant) apporte ses réponses expertes. Extraits.

C’est le plus gros stress des étudiants. Le numerus clausus désigne le nombre de ceux qui, à l’issue de leur 1ère année de médecine ou de pharmacie, seront autorisés à poursuivre leurs études en 2ème année. En 2008-2009, ils étaient 46.442 à être inscrits en PCEM1 (désormais PACES - 1ère année commune aux études de santé, équivalent de L1 santé), et 10.124 en PCEP1 (1ère année des études de pharmacie, également devenue PACES). Cette année-là le numerus clausus était fixé à 7.440 en médecine et à 3.090 en pharmacie. Inutile de dire que la concurrence est rude et les conséquences multiples.

Son objectif


Fixé chaque année par le gouvernement, le numerus clausus détermine le nombre d’étudiants pouvant être admis en 2ème année dans chaque UFR. Estimé notamment en fonction des besoins de santé de la population, il vise à réguler le nombre de professionnels en activité. Certaines Régions sont saturées alors que d’autres peinent à attirer des professionnels de santé. L’idée est donc d’accorder un numerus clausus plus important aux Régions désertées.

Son fonctionnement


Les étudiants qui jusqu’ici étaient reçus au concours de PCEM1 choisissaient entre médecine, odontologie et maïeutique. À Lyon, pour l’année 2009-2010, le numerus clausus est fixé à 407 places en médecine, 84 en odontologie et 38 en maïeutique. En clair, il ne suffisait pas de réussir le concours pour poursuivre ses études, encore fallait-il être dans le classement. Pire encore, comme les premiers arrivés étaient les mieux servis, il se pouvait qu’un étudiant reçu au concours, mais plutôt en fin de classement, ne puisse pas choisir la spécialité qui l’intéressait. La mise en place de la L1 santé devrait limiter ces orientations par défaut. Devant la forte sélectivité du concours, les étudiants n’envisagent même plus de réussir leur 1ère année du premier coup. En 2008-2009, sur les 45.266 inscrits en PCEM1 en France métropolitaine, seuls 27.743 bénéficiaient d’une 1ère inscription.

Des numerus clausus


Plusieurs numerus clausus rattachés à la 1ère année santé : ceux de médecine, ceux de pharmacie, ceux d’odontologie et ceux de maïeutique. Pour accéder à ces professions, le passage par la L1 santé est obligatoire. D’autres professions dépendent aussi de numerus clausus ou de quotas, mais le passage par la L1 santé n’est pas obligatoire. Ainsi 2.049 places de kinésithérapeutes ont été ouvertes en 2009, accessibles soit par la L1 santé, soit par concours direct. Il en est de même pour les professions de manipulateurs en électroradiologie, d’ergothérapeutes, de psychomotriciens, techniciens de laboratoire ou pédicures-podologues. En fonction de la région où vous vivez, renseignez-vous donc bien sur les conditions d’accès à ces établissements.

Le numerus clausus augmente-t-il chaque année ?


OUI ! En médecine, il est passé de 3.730 en 1999 à 7.400 en 2010. Dans le même temps, en pharmacie, de 2.050 à 3.090 et, en odontologie, de 798 en 2000 à 1.154 en 2009. Évidemment, ramenés à toute la France, ces chiffres paraissent faibles. D’autant plus que le nombre de bacheliers attirés par les études de santé a augmenté dans le même temps. En 2008, ils étaient 28.491 à s’inscrire pour la première fois en médecine et 4.982 en pharmacie.

Le système montre-t-il des limites ?


Depuis la mise en place de ce numerus clausus par Simone Veil, en 1971, on constate que le profil des étudiants qui s’inscrivent en médecine ou en pharmacie a changé. La 1ère année n’étant plus seulement une année de formation mais de concours, les étudiants sont sélectionnés uniquement sur leurs capacités scientifiques, leur rigueur, leur autonomie et leur endurance. "Je regrette cette sélection purement scientifique basée sur des connaissances en mathématiques et en physique. Elles sont très importantes évidemment, mais les qualités humaines ne sont pas ici prises en compte", déplore Claire Le Jeunne, professeure en thérapeutique à l’hôpital de l’Hôtel-Dieu de Paris. Sur les bancs de l’université de médecine et de pharmacie, les bacheliers S – surtout s’ils ont une mention – sont rois et il est devenu très difficile aux bacheliers issus d’autres filières de les concurrencer.

Les orientations par défaut sont monnaie courante. Un étudiant peut être reçu, viser médecine mais être contraint de se retrouver en odontologie… Pour éviter cette orientation par défaut, il peut retenter une L1 santé mais perdre le bénéfice du concours obtenu. Ils sont nombreux à se dire que le jeu n’en vaut pas la chandelle. La réforme santé qui entrera en vigueur en 2010 espère bien atténuer ce phénomène.

Le numerus clausus assure-t-il l’égalité des chances sur le territoire ?


C’est la polémique qui court dans les universités. "Cette année, j’ai eu en rendez-vous des étudiants avec 14,9 de moyenne au concours qui ne feront ni médecine ni odontologie. Notre numerus clausus étant trop bas par rapport au nombre d’étudiants que nous accueillons, la concurrence est rude et d’une difficulté extrême", explique le professeur Champsaur, directeur du laboratoire d’anatomie de la faculté de médecine d’Aix-Marseille. Avoir la moyenne au concours ne suffit pas et le nombre de reçus-collés (étudiants qui ont obtenu la moyenne mais qui ne sont pas dans le classement) a de quoi abattre les plus courageux. Du coup, les étudiants n’hésitent plus à tenter leur chance dans des académies où le rapport nombre d’inscrits et nombre de places est à leur avantage. C’est le cas des Montpelliérains, qui préfèrent déménager à Clermont-Ferrand où le taux de réussite est plus élevé que dans leur région d’origine. Certaines universités comme celles d’Amiens ou de Saint-Étienne auraient vu leurs inscriptions augmenter de près de 30%, entraînant ainsi des problèmes de capacité d’accueil pour les établissements.

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Peut-on contourner le numerus clausus en étudiant à l'étranger ?


De plus en plus d’étudiants, découragés par la sélection drastique de la 1ère année santé, se tournent vers des universités européennes pour poursuivre leurs études. Si la Belgique a connu son heure de gloire, aujourd’hui ce sont davantage les pays de l’Est qui attirent les recalés du système universitaire français. Avec l’Union européenne et l’harmonisation des diplômes, ces étudiants sont pratiquement sûrs de pouvoir revenir exercer en France. Pourtant cette expatriation a un coût. Petit tour d’horizon…

À l’Est, nouvel Eldorado ?


Lituanie, République tchèque, Hongrie, Roumanie, Croatie… Une liste de pays qui offrent aux étudiants français ayant échoué au concours la possibilité d’accéder à la profession qu’ils ont choisie : médecin, pharmacien, dentiste, sage-femme ou kinésithérapeute.

"J’ai passé 2 fois le concours à l’université de Paris-VII. La 1ère fois, j’ai fini 700e sur 1.000 et la 2nde 500e sur 2.000. Je voulais vraiment faire médecine et seul l’étranger pouvait m’offrir la chance de réaliser ce rêve", se souvient Thibault. Aujourd’hui, en 3ème année, Thibault fait partie des 9 Français qui ont choisi la faculté de médecine de Debrecen, en Hongrie. "Les études sont complètement différentes et l’absence de concours rend les choses plus faciles. Toutes les matières sont accompagnées de travaux pratiques et l’enseignement est très concret", explique Thibault. Pendant longtemps la Belgique, où les cours étaient également en français, a attiré de nombreux étudiants français. Victime de son succès, le pays a posé des limites à l’accueil de ses jeunes voisins francophones. "Pour limiter le nombre d’étudiants étrangers, ils ont introduit un tirage au sort pour entrer en études de kinésithérapie", explique Thomas Guéant, secrétaire adjoint du conseil départemental de l’ordre des kinésithérapeutes du Nord.

Les avantages et les inconvénients


Partir étudier à l’étranger, c’est choisir de suivre des cours et de passer des examens dans une autre langue. Une difficulté à laquelle s’ajoute le coût financier souvent lourd.

L’apprentissage d’une langue étrangère ne semble pas stopper les déçus du système universitaire français. Au contraire, certaines universités proposent des cours en anglais, ouvrant ainsi aux étudiants de nouvelles perspectives d’avenir : "Notre école a des partenariats avec des grands hôpitaux américains. Je n’envisage même plus de rentrer en France. Je pense exercer aux États-Unis ou en Australie", espère Thibault. Même son de cloche pour la vingtaine d’étudiants qui a choisi la Croatie et son école de médecine à Zagreb. L’école prépare à l’United States Medical Licensing Examination, qui permet de devenir médecin aux États-Unis. Et pour celles et ceux qui souhaitent revenir travailler en France, l’université de Zagreb a déjà signé la convention de Bologne, qui établit l’harmonisation des doctorats dans l’Union européenne. Avec l’intégration de la Croatie dans l’Union européenne prévue pour 2012, ces étudiants devraient, une fois rentrés en France, pouvoir exercer sans trop de difficulté.

Si partir à l’étranger peut sembler tentant, n’oubliez pas que cette aventure a un coût : comptez environ 7.000 € l’année pour l’école de Zagreb ou pour l’université de Debrecen. "Quand je suis parti, certains de mes amis étaient contents pour moi et d’autres me disaient que j’achetais mon diplôme. Or, les redoublements sont très fréquents en 2ème année car les partiels sont très durs et le niveau demandé élevé. Et en cas de triplement, l’université nous exclut", constate Thibault, qui ajoute : "Si vous pouvez financer ces études et que l’anglais ne vous fait pas peur, n’hésitez pas. L’expérience est incroyable !"

Réussir ses études de santéPOUR ALLER PLUS LOIN
À découvrir aux éditions l'Etudiant :
"Réussir ses études de santé", par Ludivine Coste.


Sommaire du dossier
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