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Pour mémoriser : plutôt Bristol ou écran ?

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Pour Alain Jaillet, "le support du livre est bien plus efficace que le support numérique en matière de mémorisation". // © Manu Boisteau
Pour Alain Jaillet, "le support du livre est bien plus efficace que le support numérique en matière de mémorisation". // © Manu Boisteau

Vous avez votre cours sous les yeux. À vous de jouer, apprendre votre cours est la prochaine étape. L’usage d’outils numériques est-il bénéfique pour mémoriser vos cours ? Quelle méthode vous convient le mieux ?

Tu Bic…

Les méthodes des étudiants

Après avoir pris en notes, pendant toute l'année, tous ses cours sur l'ordinateur portable fourni par l'école, Quentin, au moment des révisions, revient toujours à la petite fiche Bristol. "J'apprends plus vite quand j'écris à la main. C'est une habitude que j'ai prise en prépa", explique l'étudiant en deuxième année de programme grande école à Grenoble EM. La première lecture sur l'écran me permet de me remémorer le cours et de le réécrire. Cela m'oblige à synthétiser et à assimiler", analyse-t-il.

Quentin a également utilisé, après le cours, un MOOC (Massive Online Open Course) proposé par un enseignant sur les probabilités. "Voir le professeur expliquer et faire une démonstration sur Excel en vidéo m'aide à assimiler. Si, malgré cela, je n'ai pas compris, je peux le contacter !", rapporte l'étudiant. Et puis, concède-t-il, "quand je sors d'amphi, je ne me souviens pas forcément de ce que j'ai noté. En revanche, j'ai souvent les diapos du PowerPoint projetées en cours qui me reviennent".

Les conseils des pros

Pour une meilleure mémorisation, après un cours, obligez-vous à réaliser de façon systématique une synthèse de ce que vous avez compris et de ce que vous n'avez pas compris. Confrontez ensuite cette synthèse à ce qu'ont retenu vos camarades. "Peu importe le support, avec cette méthode, vous êtes sûr de comprendre le cours et donc de réussir", assure Alain Jaillet, enseignant-chercheur en pédagogie numérique à l'université de Cergy-Pontoise (95).

Tu cliques…

Les méthodes des étudiants

Pour mémoriser son cours, Yoann a trouvé sa méthode. Étudiant en bio-informatique, il saisit ses cours en amphi sur son portable avant de les mettre au propre chez lui. "Quand je relis mes notes, je repense à ce que le professeur nous a dit ; je réécris de manière plus compréhensible. C'est pour moi une manière de comprendre et d'apprendre le cours." Concernant les polycopiés du cours fournis par les enseignants, Yoann élabore une première synthèse de quelques pages pour n'en garder que l'essentiel... tout cela sur ordinateur.

Côté applications, à en croire les étudiants, ils sont encore peu nombreux à les utiliser sur téléphones mobiles ou tablettes, pour s'entraîner ou réviser comme cela se fait dans le secondaire. Des applis de révision existent pourtant dans le supérieur. "Mesurer son niveau a posteriori serait très efficace", argue Alain Jaillet.

À l'image de Camille, étudiante en droit à Bordeaux, qui utilise aussi des applications sur son smartphone. "J'ai installé un dictionnaire de vocabulaire juridique, gratuit sur AppStore, sur mon portable. L'idée est d'arriver en TD en ayant un aperçu du cours et du vocabulaire pour enrichir une dissertation par exemple. Et ainsi de faire la différence. Cela fonctionne comme une piqûre de rappel, et cela me permet de baigner un peu en permanence dans l'univers du droit."

Les conseils des pros

Pour être plus efficace, l'idéal est de travailler le cours en amont, ou a minima savoir de quoi va parler le cours.
Pour vous aider, demandez à ce que le script soit mis en ligne sur les ENT (espaces numériques de travail) par le professeur avant le cours. "Cela permet d'orienter la compréhension", estime Alain Jaillet.

Pour évaluer vos connaissances, les MOOC (Massive Open Online Course), formation en ligne ouverte à tous, sont une bonne méthode estime le chercheur.

Support papier ou numérique : quel repère spatial ?
"Quand on passe derrière les écrans en amphi, on se rend compte que les étudiants ont souvent plusieurs fenêtres ouvertes, notamment celles des réseaux sociaux !", rapporte Stéphane Potelle, directeur exécutif de l'ADBU (Association des directeurs et personnels des bibliothèques universitaires et de la documentation). "Le support papier aide sans doute l'étudiant à se focaliser sur ce qu'il est en train de prendre en notes." Même constat pour Pierre-Yves Sanséau, professeur en ressources humaines à Grenoble École de management : "J'ai le sentiment que le support numérique renforce le côté zappeur de cette génération."

Pour Alain Jaillet, enseignant-chercheur en pédagogie numérique à l'université de Cergy-Pontoise (95), "le support du livre est bien plus efficace que le support numérique en matière de mémorisation. Dans un ouvrage, vous avez des repères spatiaux, comme un début et une fin. Cela aide à mémoriser et à revenir très vite sur une notion, contrairement à un moteur de recherche qui fonctionne avec des occurrences", assure le chercheur.

Mémotechnique ou outil d'ancrage mémoriel
"Dans sa manière de réfléchir, l'étudiant d'aujourd'hui n'est pas celui d'hier", analyse François Pellegrini, vice-président en charge du numérique à l'université de Bordeaux. "Son cerveau est hyperconnecté, hypersollicité. Il peut être mobilisé sur plusieurs sujets à la fois mais moins longtemps. C'est ce qu'on appelle une 'pensée verticale"' plus qu'horizontale", décrit-il. "Mais si la pensée est moins structurée, les étudiants sont toujours aussi curieux !", nuance-t-il.

Ces nouvelles façons de comprendre impliquent de nouvelles manières d'apprendre. "De nouvelles méthodes de mémorisation, par le biais d'applications, existent et sont efficaces", signale Thierry Koscielniak, directeur de la cellule pédagogie numérique à Paris-Descartes. Cette technologie, très utilisée dans le monde anglo-saxon, l'est assez peu en France. "L'université Paris-Descartes prévoit de proposer sur sa plate-forme en ligne des outils d'ancrage mémoriel qui permettent à l'étudiant de s'autopositionner", explique-t-il. Élaboré avec des chercheurs en sciences cognitives, "ce système Paréo (Passeport pour réussir et s'orienter) effectif à la rentrée 2016 fournira aux étudiants des ressources dédiées et des modèles d'ancrage numérique".

À l'université Paris-Dauphine, "nous utilisons des QCM [questionnaires à choix multiple] d'autoévaluation via Blackboard pour faire réviser les étudiants et pour vérifier qu'ils ont bien compris", développe Henri Isaac, vice-président chargé du numérique à l'université Paris-Dauphine. Mais prévient François Pellegrini, "ce type d'application doit être intégré dans le parcours pédagogique afin de toucher tous les étudiants".

Pour aller plus loin : Prise de notes : quelle est la méthode la plus efficace ? / Mémoire, rapport de stage : bien travailler en bibliothèque / Facebook et les réseaux sociaux peuvent-ils vous aider dans vos études ? / Les nouveaux outils pour apprendre autrement / Internet : bien chercher pour bien trouver

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