1. Ils ont testé le MOOC design thinking de l’EM Lyon et Centrale Lyon : ils racontent
Témoignage

Ils ont testé le MOOC design thinking de l’EM Lyon et Centrale Lyon : ils racontent

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MOOC // © betterwordbubble
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Près de 4.000 personnes inscrites au MOOC sur le design thinking (une méthodologie pour favoriser l’innovation), proposé par l’EM Lyon et Centrale Lyon… et eux : Céline Manceau, rédactrice en chef à l’Etudiant, et Valentin et Simon, deux étudiants. Récit de six semaines de cours en ligne et ce qu'ils en ont pensé.

Céline Manceau // © CM

Très enthousiaste avant de commencer, j'ai vite déchanté"

Céline, rédactrice en chef à "l'Etudiant"

Première semaine : je suis sceptique

Les cours sont diffusés sous la forme de vidéos – 5 ou 6 chaque lundi – suivies d'un quiz. Les visionner toutes prend entre une heure et demie et deux heures par semaine. Ces cours en ligne sont complétés par des liens vers des articles, des sites ou bien des blogs.

Je déroule la première vidéo, la deuxième, la troisième et... je suis dépitée par le manque d'innovation. Un professeur lit un texte ou décrit un schéma, qui s'affichent sur l'écran. C'est plutôt ennuyeux et rébarbatif. Le seul avantage, par rapport à un cours en amphi, c'est que j'arrête le professeur quand je veux en appuyant sur "pause". Je continue cependant à écouter l'ensemble des vidéos, en travaillant en parallèle sur mon ordinateur.

Je réponds ensuite au premier quiz à deux reprises (deux tentatives sont proposées, sachant qu'il ne sera tenu compte que de la meilleure note). J'obtiens 10,5/14 la première fois et 10,25, la seconde. Pas terrible, mais je n'étais pas très concentrée. Je dois faire mieux la semaine prochaine. Pour recevoir le certificat de réussite de ce MOOC, il faut que je réalise un score final de 70 % au minimum.

Deuxième semaine : je joue le jeu

Les vidéos sont toujours aussi rébarbatives. Dommage, car le contenu est intéressant et les professeurs sont pédagogues : ils reformulent et expliquent à l'aide d'exemples. Je prends des notes – comme dans un cours traditionnel, avec l'idée d'améliorer mon score aux quiz. Je pourrai m'y reporter pour répondre aux questions. Est-ce de la triche ? Ou une autre façon d'apprendre ? Je me dé­brouille avec ma conscience.

Les enseignants nous expliquent que la force d'un MOOC c'est également, et avant tout, l'échange, via le site, entre participants : nous sommes près de 4.000 présents, répartis dans 48 pays ! D'ailleurs, deux points de bonus seront accordés à tous ceux qui posteront un commentaire sur la différence entre "design" et "design thinking". Je joue le jeu, mais je ne suis pas très active sur le forum, contrairement à d'autres. Ma boîte mail est inondée de messages m'informant des commentaires quotidiens mis en ligne. Je n'ai pas le temps (et pas l'envie) de les lire. Quant à l'équipe du MOOC, elle est très réactive : peut-être aussi un peu débordée par tant d'interactivité ? Deuxième quiz : 11/12.

Troisième semaine : je perds le fil

Sur les quelque 4.000 participants, environ 80 suivent ce MOOC en parcours avancé (avec des devoirs à rendre). Je trouve le parcours initial, avec ses deux heures par semaine, déjà difficile à tenir ! Je l'avoue : je suis démotivée. Malgré l'investissement et l'engouement de l'équipe enseignante dans ce MOOC pour pallier les problèmes techniques et rebondir sur les différents échanges, très riches (certains proposent d'ailleurs des rencontres entre participants), je perds le fil. Côté cours, rien ne me surprend, ni ne m'interpelle : les vidéos se succèdent, soit avec un professeur qui lit des textes défilant à l'écran, soit avec des étudiants interviewés. Ce sont des jeunes qui ont bâti un projet de A à Z, selon la démarche de design thinking telle qu'enseignée par les deux écoles, EM Lyon et Centrale Lyon. Ils expliquent comment ils ont travaillé à chaque étape (le design thinking en compte six : le MOOC en présente une par semaine). Troisième quiz : 10,67/12.

Quatrième semaine : j'ai rendez-vous

Un chat, en live, est organisé ce lundi, en soirée. Des enseignants répondent en direct aux questions des internautes. Quelques jours plus tard, le 19 juin, deux rencontres sont programmées par les organisateurs, à Paris et à Lyon. Je me rends au rendez-vous parisien. Une vingtaine de personnes sont présentes, âgées d'environ 45 ans, avec un professeur du MOOC. L'ambiance est conviviale avec un pot prévu. Chacun se présente à tour de rôle avant de détailler ses travaux. Je m'éclipse, n'ayant pas opté pour le parcours avancé. Mais c'était une bonne idée de réunir les plus passionnés par ce MOOC. Les deux initiatives (chat et rencontre) le rendent plus concret.

Dernière semaine : Je trouve un rythme

J'ai abandonné le MOOC depuis la mi-juin. Demain, il sera clos. Si je veux rattraper mon retard, il me faut regarder les vidéos des semaines 4, 5 et 6, valider les quiz correspondants et répondre à un grand questionnaire final, pour le 13 juillet au plus tard. J'allume mon ordinateur et je clique sur la première vidéo de la quatrième semaine. Deux heures plus tard, j'enchaîne sur celle de la cinquième semaine. Mon cahier se remplit de notes, de schémas. Je découvre qu'il est plus productif – et motivant – pour moi de me plonger de manière intensive dans les cours, plutôt que de picorer une vidéo par-ci, par-là. C'est indéniable : j'apprends des choses nouvelles et qui m'intéressent. La preuve ? Je valide les quiz des semaines 4 et 5, avec une bien meilleure note au second qu'au premier, respectivement : 12,17/17 et 12,33/14.

Dernier jour du MOOC : j'en suis un second ?

Il me reste la semaine 6 à visionner, le quiz correspondant à valider et le super-quiz final. Pourquoi je continue ? Pour apprendre. C'est donc bien le fond – le contenu des cours – qui me motive et non la forme, loin s'en faut. Quel intérêt dès lors de suivre un MOOC plutôt qu'un cours traditionnel ? Pour travailler d'où je veux et quand je veux (sous réserve de ne pas laisser passer les délais de validation !), pour faire répéter à ma guise ce que je n'ai pas compris, accélérer ce que j'ai déjà entendu trois fois... Et, surtout, pour ne pas sentir le couperet de l'examen : j'ai le droit de répondre au quiz avec mes notes... Et alors ? Ce n'est pas un frein à l'apprentissage, au contraire, je vois bien mieux les points essentiels à retenir.

Aurai-je envie de suivre un autre MOOC dans un autre domaine ? Sans doute, mais pas tout de suite, car : 1. un MOOC suivi sérieusement nécessite du temps, il ne faut pas le sous-estimer ; 2. je rêve d'un MOOC très innovant sur le plan pédagogique, je ne sais pas si je trouverai la motivation nécessaire pour un MOOC non révolutionnaire.
Au fait, ai-je été reçue ? J'ai obtenu : 10/13 au quiz no 6 et 11,33/20 au quiz final. Verdict : 77,8 % sur 100. J'attends de recevoir mon "attestation de suivi avec succès". Quand je pense que, pour le questionnaire d'inscription au MOOC, j'avais évalué à 3 sur 5, mon aptitude à aller jusqu'au bout...

MOOC - Valentin // © VC

"Je n'ai pas terminé le questionnaire final à temps"

Valentin, en licence d'histoire l'université Panthéon-Sorbonne, à Paris

"Le MOOC sur le design thinking était mon troisième cours en ligne. Je me suis inscrit parce que j'avais envie de découvrir et comprendre cette notion. Malheureusement, même si j'en ai appris plus, j'ai été déçu. Il n'y a eu aucune interactivité, ni utilisation d'outils multimédias, qui sont si utiles sur Internet.

J'aurais voulu pouvoir interagir en direct avec les professeurs, avoir des vidéos et des liens cliquables vers d'autres contenus durant les vidéos. Ce manque ne m'a pas incité à m'investir beaucoup. Je n'y ai passé qu'une heure par semaine et je n'ai pas terminé le questionnaire final à temps. Un bon point pour les organisateurs : la rencontre prévue à Paris. Interactivité et échange étaient au programme, ce que j'attendais du MOOC. Je reste cependant convaincu que cette forme d'enseignement est promise à un bel avenir.

Les deux MOOC précédents que j'ai suivis, l'un sur l'histoire contemporaine en Europe et l'autre sur la politique étrangère américaine, m'ont plu. Le premier, c'était pour ma licence et pour travailler mon anglais. J'ai trouvé les professeurs bien plus pédagogues et efficaces que ceux du MOOC sur le design thinking, mais il manquait toujours cette interactivité. Le second était passionnant, avec un prof génial. Je n'hésiterai pas à refaire un MOOC, mais dans un domaine qui me plaît vraiment."

MOOC - Simon // © VC

"Je ne regrette pas d'avoir arrêté au bout de trois semaines"

Simon, en master 2 sciences politiques-métiers du journalisme à Montpellier 1

"Ce MOOC et son thème regroupaient l'intérêt que j'ai pour les nouvelles technologies et les méthodes d'apprentissage innovantes. Mais il ne suffit pas de filmer un cours ou un livre pour le rendre intéressant, or c'est un peu ce à quoi ressemblait ce MOOC : une sorte de PowerPoint avec un professeur filmé récitant un cours.

Je m'attendais à avoir des questionnaires et des vidéos sous forme d'"applications" qui auraient été plus didactiques. Et surtout plus d'interactivité : Internet, c'est l'apogée du choix, on peut choisir ses films, ses séries, son journal, son réseau, à peu près tout, et ce MOOC manquait effroyablement de choix, alors qu'il aurait dû donner l'impression que l'on en fait et que l'on apprend son propre cours. Les rares choses que j'ai apprises concernent l'histoire du design thinking, peut-être parce que l'histoire m'intéresse d'une manière générale...

Je ne regrette pas d'avoir arrêté au bout de trois semaines. J'avais le sentiment de perdre mon temps, comme cela peut arriver à la fac lorsque le cours, le professeur ou les deux ne nous intéressent pas. Mes premiers scores n'étaient pourtant pas si mauvais, j'ai eu 9,85/14 au premier quiz, 5/12 au deuxième et 6,12/12 au troisième.

Je ne pense pas suivre un autre MOOC de sitôt ! Ou alors je me renseignerai bien avant sur les forums ou auprès d'amis pour le choisir."

Et vous, quel serait, selon vous, votre niveau d'engagement ?
Grande utilisatrice de MOOC et par ailleurs consultante en déve­loppement personnel, Aurore Lafougère identifie trois niveaux d'engagement possibles dans un MOOC. Et vous, quel sera le vôtre ?
• En touriste, en grappillant quelques informations sans regarder forcément toutes les vidéos et les supports proposés, ni même répondre aux QCM.
En explorateur, en visionnant toutes les vidéos, en répondant aux quiz et en exploitant plus ou moins les autres supports mis à votre disposition.
En aventurier, en explorant chaque recoin du cours, en examinant toutes les ressources, en participant au forum de discussion, en créant des exercices pour renforcer vos apprentissages et en rencontrant d'autres "Indiana Jones" des MOOC.

Sommaire du dossier
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