Nathalie Arthaud : “Les étudiants doivent réfléchir à comment sortir l’humanité du capitalisme”

Par Paul Conge, publié le 05 Avril 2017
5 min

Baisser les frais d'inscription à l'entrée de l'université, abolir la sélection en master 1… Dans une interview réalisée par écrit, la porte-parole de Lutte ouvrière, Nathalie Arthaud, elle-même enseignante en lycée, détaille ses propositions en matière d'éducation. Nouveau volet de notre série d'entretiens avec les candidats à l'élection présidentielle, tous sollicités par notre rédaction.

Votre programme pour l'éducation est peu étoffé. Est-ce un sujet secondaire dans les combats que mène Lutte ouvrière ?

Dans cette société, tout ce qui relève de l'intérêt collectif, que ce soit l'éducation, les hôpitaux, les transports en commun, est sacrifié pour les intérêts particuliers des actionnaires des trusts et des banques.

Nous n'avons pas un programme de gouvernement mais un programme de lutte visant à remettre en cause la domination de ces capitalistes et de leurs intérêts sur la société. Car c'est là la cause de tous les problèmes.

Quelles sont les transformations que vous envisagez en priorité pour le système éducatif français ?

Dans les collèges et les lycées, comme dans les maternelles, sans embaucher les dizaines de milliers de travailleurs nécessaires à tous les niveaux, aucune transformation du système éducatif n'est en mesure de changer quoi que ce soit. Sans ces embauches, on ne peut que déshabiller les uns pour habiller les autres.

Dans l'enseignement supérieur, il faut remettre en cause toutes les coupes budgétaires qui s'opèrent sous prétexte d'autonomie, comme toutes les réformes qui visent à mettre l'éducation au service des entreprises.

L'enseignement supérieur ne doit pas chercher à mettre les étudiants sur les rails de ce qui profitera aux entreprises, ni fournir aux entreprises des jeunes salariés déjà formés et prêts à être exploités, leur économisant ainsi les années de formation "maison" nécessaires.

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Quelle doit être, à vos yeux, la place de l'entreprise à l'université ?

L'enseignement doit en premier lieu permettre au plus grand nombre d'accéder à une culture générale la plus vaste possible dans tous les domaines. En somme, la place de l'entreprise à l'université doit être au plus celle d'un objet d'études et de discussions : les étudiants, qui, à juste titre, se posent la question de l'avenir de l'humanité, doivent réfléchir à comment sortir l'humanité du capitalisme.

L'enseignement doit permettre au plus grand nombre d'accéder à une culture générale la plus vaste possible.

S'agissant des grands chantiers en cours, comptez-vous revenir sur la sélection en master 1, instaurée par la loi du 23 décembre 2016 ?

La sélection en master 1 relève de la gestion de la pénurie et de l'adaptation des universités à des intérêts autres que ceux des étudiants. Faute de moyens financiers dans les universités, le gouvernement permet aux universités de refouler les étudiants qu'elles ne jugent pas opportuns, en surnombre ou ne cadrant pas avec les orientations de l'établissement.

Quant au "droit à la poursuite d'études" concédé par le gouvernement, c'est une fausse alternative. Le rectorat fera trois propositions, dont au moins une dans l'établissement de l'étudiant recalé. Mais il n'existe aucune garantie que ces propositions soient en lien avec sa licence ou son projet professionnel. Une mobilité forcée pourra être imposée aux étudiants, ce qui n'est pas sans conséquence financière personnelle.

Il faudrait donc, bien sûr, s'opposer à ce dispositif de sélection, mais aussi imposer les moyens nécessaires à l'université, dont le manque est la vraie raison de l'invention de ce dispositif.

Prévoyez-vous de toucher à la réforme du collège ?

La réforme du collège, comme toutes les réformes ces dernières années, n'avait pas pour objectif d'améliorer l'éducation des enfants. Pour cela, il faudrait mettre dans l'éducation de vrais moyens financiers, humains, matériels. Pour preuve, cette réforme, à peine appliquée, s'est d'abord traduite dans de nombreux établissements par des pertes d'heures dans certaines disciplines, comme de moyens pour des projets et des dispositifs. Cela a généré des pertes de postes et a dégradé fortement les conditions de travail des personnels, en alourdissant le temps de travail en termes de préparation (les nouveaux programmes), d'évaluation (le livret scolaire numérique), de concertation.

Au collège, comme ailleurs, il faudrait des effectifs réduits pour toutes et tous, avec 20 élèves au maximum en collège ordinaire, 16 en éducation prioritaire, 12 en SEGPA [section d'enseignement général, professionnel et adapté], ce qui nécessite l'embauche de dizaines de milliers d'enseignants. Et il faudrait également la réduction du temps de leur travail, compensée par les embauches nécessaires.

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Avez-vous l'intention de modifier l'examen du bac ?

Je n'ai pas pour projet de réformer le bac ou l'enseignement mais de dénoncer les coupes budgétaires qui dégradent les conditions de l'exercice de cet enseignement.

Trouvez-vous le système Admission postbac satisfaisant en l'état ?

Comme la sélection en master 1, le système d'Admission postbac a été inventé pour gérer la pénurie de moyens de l'université. Il n'y aura pas de système satisfaisant sans ces moyens.

Faut-il instaurer une sélection à l'entrée de l'université ?

Non.

Allez-vous toucher aux frais d'inscription à l'université et au montant des bourses allouées aux étudiants ?

Les frais d'inscription à l'université sont trop élevés. Les bourses ne sont pas assez nombreuses, versées avec difficulté et retard, et les montants, insuffisants, imposent aux étudiants des couches populaires, qui ne renoncent pas, de vivre avec quelques centaines d'euros ou de travailler en plus de leurs études.

Pour nombre de familles, celles frappées par le chômage et les bas salaires et qui ne peuvent que difficilement aider financièrement leurs enfants, ce système relève d'une véritable ségrégation sociale.

Lire aussi l'entretien de Nathalie Arthaud sur EducPros.

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