1. Etudes/Orientation : « Allez les filles ! »

Etudes/Orientation : « Allez les filles ! »

Envoyer cet article à un ami

Meilleures élèves que les garçons, les filles sont pourtant nettement moins nombreuses dans les filières réputées « d’excellence ». Ainsi composent-elles les trois quarts des effectifs des filières de langues et de lettres, mais représentent à peine 20 % des inscrits en sciences et technologies. Pourtant, une grande majorité d’entre elles n’ont pas l’impression d’avoir été orientées en fonction de leur sexe. Autocensure ?Apparemment, rien de plus normal que d’être une fille parmi des centaines d’autres sur les bancs d’une fac de lettres, de sciences humaines ou dans une école d’infirmières. En effet, les filles s’estiment en général satisfaites de leur sort et, si elles admettent que leur âge, leurs moyens financiers ou leur origine sociale ont pu orienter leur choix d’études, peu avouent avoir conscience du rôle joué par le fait d’être une fille dans leurs ambitions scolaires.

Des choix ultra-conformistes ?


Elles justifient leur choix – ultra-conformiste au regard des statistiques – par des motivations personnelles. « Je ne pense vraiment pas que ma décision d’entamer des études d’histoire ait été conditionnée par le fait que je suis une fille, proteste Claire, actuellement en dernière année d’IUP (institut universitaire professionnalisé) patrimoine et tourisme à Arras. Il me semble plutôt que c’est une passion familiale : mon père et mon grand-père étaient historiens avant moi. »

Moins affirmative, Chloé, en deuxième année de LEA (langues étrangères appliquées), observe : « Dans ma fac, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’y a pas foule d’hommes. Mon copain, qui est en école d’ingénieurs, profite de la compagnie de dix filles sur une promo de 70 élèves. Il est difficile de ne pas reconnaître qu’être une fille ou un garçon influence l’orientation. »

Plus studieuses et moins ambitieuses


Une étude de l’OVE (Observatoire national de la vie étudiante) a montré que les filles réussissaient mieux que les garçons au lycée et au cours des premières années d’études supérieures, y compris dans les disciplines scientifiques.


Mieux organisées. D’abord parce qu’elles se montrent plus studieuses (elles révisent leurs cours plus régulièrement), plus à l’écoute des recommandations des profs (elles se constituent une bibliothèque personnelle plus importante, elles fréquentent plus les bibliothèques universitaires) et plus organisées (elles sont plus nombreuses que les garçons à se servir régulièrement d’un agenda).

Elles sélectionnent davantage leurs loisirs : moins de discothèques, de concerts, de sorties au café, mais plus de restos, de cinéma et de sorties familiales. Au final, les lycéennes et les étudiantes dépensent moins d’argent dans ce domaine que leurs homologues masculins.

Pourtant, elles ne tirent pas tellement profit de leurs bonnes habitudes. Leur avantage de départ ne pèse pas lourd dès qu’il s’agit de s’orienter. Au point qu’elles délaissent les filières les plus porteuses et les plus prestigieuses. Dès le lycée, elles sont ainsi moins nombreuses à se diriger dans les séries scientifiques : elles ne représentent que 40 % des effectifs de la terminale S option mathématiques.

À niveau scolaire égal, elles évitent les CPGE
(classes préparatoires aux grandes écoles). Et plus tard, elles se montrent une fois encore moins ambitieuses au moment d’envisager une poursuite d’études en troisième cycle. Un résultat parmi d’autres : les garçons qui entrent dans les filières de santé sont 40 % à espérer obtenir un bac + 9, contre un quart des filles seulement.


Éviter les choix formatés


Oser les filières plus techniques…
« Les INSA [instituts nationaux des sciences appliquées, NDLR] sont l’une des rares filières scientifiques à regrouper autant de filles que de garçons, remarque Ariane, en quatrième année à l’INSA de Toulouse, une école d’ingénieurs qui recrute après le bac. Mais quand il s’agit de se répartir dans les spécialités, les filles se jettent sur les filières bio et environnement, quand les garçons affluent en informatique, électronique et mécanique. Je pense que les filles choisissent ce qui, d’une manière ou d’une autre, se rapproche le plus du social. » Ariane, quant à elle, a choisi la mécanique. Elles sont dix filles sur une promo de quatre-vingt, ce qui n’est déjà pas mal... « En entrant en première année, qui est généraliste, je ne pensais pas du tout à la mécanique. Si je m’étais fiée à la seule réputation de la filière, je n’y serais jamais allée ! En deuxième année, j’ai découvert la “méca” à travers les cours d’initiation : ça ne consiste pas seulement à réparer la mobylette de Mamie ! »

… et les carrières réputées « physiques ».
Farah a également décidé de s’« écouter » après une première orientation pas vraiment choisie. « Les professeurs et les conseillers d’orientation ne nous offrent pas la possibilité de nous découvrir une vocation particulière, explique la jeune fille. Après mon bac L – les langues étaient mon point fort –, j’ai été poussée à faire une première année d’études en soins infirmiers, que je n’ai pas terminée. J’ai fait le point sur ce que je souhaitais vraiment et, après m’être plongée dans l’univers des métiers, je me suis sentie des affinités avec le secteur de la sécurité et de la défense. J’ai pensé à une carrière de pompier, de gardien de la paix... Je me suis décidée à devenir militaire. Une fille militaire ? Eh bien, on se retrouve loin du choix initial ! »

L’influence de l’entourage. Quand on l’interroge sur les raisons de son choix, Ariane suggère : « J’ai reçu une éducation assez neutre. J’étais fille unique, et on n’a pas cherché à me différencier d’un frère éventuel. Enfant, j’avais peur des poupées, que je trouvais horribles. Je jouais aux petites voitures, au train électrique et au Méccano. Pourtant, je n’étais pas du tout garçon manqué. Je me rends compte que le choix d’orientation n’a rien à voir avec le sexe, mais définitivement avec le type d’éducation que l’on a reçue. L’éducation, pour moi, ce sont les parents, les proches, mais aussi les professeurs, qui orientent les élèves vers des choix relativement formatés. »

Et la persistance des valeurs traditionnelles. Certes, l’influence directe de l’entourage est évidente, mais elle n’explique pas tout. Les jeunes filles intériorisent inconsciemment certaines valeurs traditionnelles (lire l’avis du spécialiste). L’étude de l’OVE montre ainsi qu’elles consacrent plus de temps aux tâches domestiques – eh oui, comme nos grands-mères ! –, qu’elles font plus souvent la cuisine (quand elles n’habitent plus chez leurs parents, elles ont plus souvent un paquet de farine chez elles que les garçons !).


Avoir un métier stable et fonder une famille


Mais elles quittent aussi plus vite le domicile familial pour s’installer et fonder leur propre foyer.

« Si j’étais un homme… » Agathe rêvait de faire de la recherche dans le domaine de la neurologie et de travailler à l’étranger. « En première année de médecine, j’ai rencontré mon futur mari. Je l’ai épousé à 19 ans, et j’ai compris que mon idéal de vie n’était pas celui que je croyais. Je voulais exercer un métier stable et fonder une famille. Un an après, je ne regrette rien. Je commence une licence de biologie dans le but de passer le CAPES [certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement secondaire, NDLR]. Mais si j’avais été un homme, je n’aurais pas fait ce choix-là. »

Réussir sa vie personnelle avant tout. À 23 ans, 42 % des garçons vivent encore chez leurs parents, pour un tiers des filles. À 26 ans, 4 % des étudiants ont un enfant, pour 9 % des étudiantes. Et encore ! Celles qui ont abandonné leurs études en raison de leur mariage ou de la venue d’un enfant ne sont plus comptées parmi les étudiantes. La vraie raison de la moindre ambition des filles tient sans doute au fait qu’elles ont d’autres priorités : leur famille avant tout, et leur vie personnelle. Même Ariane, futur ingénieur en mécanique, le reconnaît. « J’ai choisi de faire l’INSA Toulouse car il y avait une section musique intégrée. Je ne veux pas m’enfermer dans les études. Je veux du temps pour moi. » Un discours que l’on entend aujourd’hui de plus en plus aussi dans la bouche des garçons...
Sommaire du dossier
Nos conseils L'avis du spécialiste