Réforme de la formation des enseignants : quel bilan de la masterisation pour les étudiants ?

publié le 21 Mai 2007
5 min

Plan réussite en licence, réforme du lycée et du bac pro, masterisation, interdiction des stages hors cursus, RSA Jeunes, 10e mois de bourse… En cinq ans, les annonces à destination des lycéens et des étudiants ont été nombreuses. Retour sur les réformes du quinquennat de Nicolas Sarkozy et sur ce que cela a pu changer pour vous.

Lancée en 2008, la réforme de la formation des enseignants a connu une mise en œuvre controversée et chaotique : élevant le niveau de recrutement de bac+3 à bac+5 – d'où son nom de "mastérisation" –, elle réduit de fait la part de pratique du métier des jeunes enseignants par rapport à leurs aînés. Retour sur ce qui a été annoncé, ce qui a été réalisé et de ce que cela a changé pour vous, les étudiants.

Ce qui a été annoncé
La réforme dite "de la mastérisation" vise à élever le niveau de recrutement des enseignants du premier et du second degrés. Jusqu’alors recrutés avec une licence (bac+3), les nouveaux enseignants sont désormais titularisés à condition d’avoir réussi le concours et d’être diplômé d’un master (bac+5).

Cette réforme devait aussi rendre la formation initiale plus professionnalisante que celle dispensée jusque-là dans les IUFM (instituts universitaires de formation des maîtres). Ceux-ci dispensaient une préparation au concours de recrutement et une formation au métier d'enseignant pendant la première année d’entrée en fonction devant les élèves.

Lancée en juillet 2008, la réforme de la formation et du recrutement des enseignants a connu une mise en œuvre controversée et chaotique. 2009-2010 a été une année transitoire, avant que les étudiants n’inaugurent à partir de la rentrée 2010 ce nouveau régime. Les épreuves aux concours ont également été changées.

Ce qui a été fait
Après la licence, les étudiants poursuivent leurs études pendant deux ans pour décrocher un master. Ils ont le choix soit de s’inscrire dans un nouveau master "métiers de l’enseignement" proposé dans les IUFM et les universités pour préparer le CRPE (concours de recrutement de professeurs des écoles), soit poursuivre leurs études dans un master de leur discipline pour préparer le CAPES (concours d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré).

En juin, pendant la M1 (master première année), ils s’inscrivent aux concours de l’enseignement pour passer les épreuves d’admissibilité quelques semaines plus tard : en septembre pour le concours de professeur des écoles et en novembre pour les concours du second degré.

Les étudiants devront ensuite décrocher leur M2 – condition sine qua non pour devenir fonctionnaire-enseignant –, tout en préparant, le cas échéant, les oraux d’admission du concours qui se déroulent en mai. Une année qui est très chargée, d’autant que les étudiants sont censés également s’initier à la recherche et suivre des stages.

En cas de réussite au concours, les lauréats seront ensuite affectés dans un établissement scolaire à la rentrée suivante pour assurer 18 heures de cours par semaine dans le secondaire, et 24 heures à l’école primaire. Un professeur tuteur sera chargé de les encadrer sur le terrain durant cette première année, pendant laquelle ils suivront aussi des stages de formation continue lors d'un tiers-temps supplémentaire.

Ce qui a changé pour vous, les étudiants
Une année d’études en plus est désormais requise pour devenir enseignant. Les lauréats des concours qui arrivent dans les classes devant les élèves sont certes plus diplômés (bac+5) mais leur formation à la pratique de classe est plus limitée en master qu’auparavant avec l’année de stage où ils suivaient des cours dans les IUFM. En master, les stages de pratique accompagnée et les stages en responsabilité durent au plus 12 semaines, sans caractère obligatoire. Le rapport de la Cour des comptes de février 2012 note que "70 % des enseignants recrutés au mois de juin [2010] n’avaient aucune expérience de l’enseignement", et qu’ils ont été affectés dans les classes les plus difficiles, parfois à plusieurs niveaux, dans plusieurs établissements…
 
Autre conséquence de la réforme : devenir enseignant coûte désormais plus cher. Les étudiants ne sont payés qu’après 5 ans d’études, contre 4 précédemment, puisque l’année de stage était rémunérée. Des stages rémunérés, des aides spécifiques et, surtout, une revalorisation du salaire des enseignants en début de carrière permettent de compenser partiellement ce manque à gagner. Des masters en alternance indemnisés sont aussi expérimentés dans une quinzaine d’académies mais concernent moins d’un millier d’étudiants.
 
Fabienne Guimont
Avril 2012

Pour aller plus loin

• sur Educpros : Bilan du quinquennat Sarkozy : la masterisation sur la sellette


Articles les plus lus

Contenus supplémentaires

A la Une supérieur

Partagez cet article sur les réseaux sociaux !