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Spécial orientation : Idriss, de l’éducation prioritaire à la préparation d’une grande école

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Le point commun entre Camille, Cécile, Idriss, Quentin, Audrey, Jean-Guillaume, Mélanie et Amélie ? Avoir choisi, malgré les obstacles, de faire ce dont ils avaient envie. De suivre leur passion quand les adultes rêvaient d’autre chose pour eux. De viser haut quand rien ne les y destinait. D’arrêter des cursus d’excellence parce qu’ils ne leur correspondaient plus. Découvrez comment ils y sont parvenus à l’heure où l’on vous demande de faire vos premiers choix d’orientation…


Idriss, 20 ans, en prépa maths spé : “J’avais une idée très floue des études avant de participer au programme “Une grande école, pourquoi pas moi ?”. Les gens modestes n’ont pas les mêmes repères.” Crédit photo : Zir

La première fois qu’il a entendu parler des classes prépas, Idriss Sisaïd était en seconde, au lycée Simone-de-Beauvoir de Garges-lès-Gonesse (95), un lycée relevant de l’éducation prioritaire. Là, tous les samedis et pendant les vacances scolaires, Idriss montait dans le bus qui venait chercher la quinzaine de lycéens volontaires et motivés pour participer au programme “Une grande école, pourquoi pas moi ?”. Destination l’ESSEC (École supérieure des sciences économiques et commerciales), une grande école de commerce, ou l’EPMI (École d’électricité de production et des méthodes industrielles), une école d’ingénieurs, toutes deux à Cergy-Pontoise (95).

“Mes parents ne sont jamais allés à l’école”


Mathématiques, culture générale, atelier d’écriture, théâtre, préparation d’entretiens, choix d’orientation : “L’objectif des activités, qui sont ­proposées par des étudiants ou par des professionnels, est de tendre des passerelles entre des cultures différentes, de donner envie, de susciter la curiosité”, précise Marie-Joëlle Marchand, coordinatrice de ce programme à l’EPMI.

Une occasion pour Idriss, “attiré depuis tout petit par les sciences et la technique”, de mettre un nom sur le domaine dans lequel s’inscrit sa passion : les sciences de l’ingénieur. Le lycéen décroche alors son bac S options sciences de l’ingénieur et mathématiques, avec une mention très bien qui lui ouvre les portes de la classe préparatoire scientifique. “J’ai toujours été bon élève, mais j’avais une idée très floue des études dans le supérieur avant de participer à ce programme, confie Idriss. Les gens modestes n’ont pas les mêmes repères. Je n’ai pas de grand frère qui aurait pu me parler de tout ça, et mes parents ne sont jamais allés à l’école.”

“La première année de prépa a vraiment été très dure”


Aujourd’hui, le jeune homme est en maths spé au lycée Jean-Baptiste-Say à Paris. “Il y a un gros fossé entre mon lycée de Garges et celui dans lequel je suis maintenant. J’avais toujours été premier de ma classe, sans forcer. Là, la première année a vraiment été très dure du point de vue du rythme comme des exigences. J’étais au maximum et j’avais des difficultés. Ici, tout le monde a un excellent niveau, mais ça motive”, raconte l’interne, entre deux séances de travail.

Grâce à l’association Frateli, qui propose un parrainage entre de jeunes professionnels et de brillants étudiants issus de milieux modestes, Idriss est soutenu dans les moments délicats. “Mon parrain, polytechnicien, travaille chez Dassault. Il me suit, me donne des conseils, et m’apporte un soutien psychologique dans les périodes difficiles.” L’autre soutien sans faille, il le doit à ses parents “qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école mais m’ont donné une super éducation. Ils m’ont toujours encouragé, fait confiance, et m’ont transmis des valeurs fortes, notamment le respect.”

Fier de lui, son père, grutier, avoue “ne rien connaître du tout de ce qu’Idriss fait” mais savoir qu’”il est super intelligent”. Lahcen Sisaïd a toujours été attentif au parcours de son fils. “Quand on dit que je viens d’un milieu défavorisé, je mets des guillemets, précise Idriss. Effectivement, ma famille n’a pas le réflexe d’aller au théâtre ou au musée, mais je lui dois beaucoup et je suis très fier de mon père, venu du Maroc, qui a trouvé sa place en France et appris à lire et à écrire tout seul.” Aujourd’hui, le jeune homme se verrait bien travailler comme ingénieur aéronautique. À Garges, où la plupart des anciens camarades d’école d’Idriss ont intégré des filières professionnelles, c’est la fierté qui domine. “On est dans un quartier pauvre et la ville est beaucoup critiquée, alors la réussite d’Idriss fait plaisir”, conclut son père.
Sommaire du dossier
Retour au dossier Spécial orientation : Audrey, l’envie précoce de travailler avec les animaux Spécial orientation : Mélanie, l’hôtellerie plutôt que prof Spécial orientation : Idriss, de l’éducation prioritaire à la préparation d’une grande école Spécial orientation : Camille, du bac L à la déco Spécial orientation : Jean-Guillaume, d’une école de commerce à l’ébénisterie Spécial orientation : Cécile, la psychologie à la fac plutôt que la prépa Spécial orientation : Quentin, un bac ES, une fac d’histoire… puis un CAP de cuisine ! Spécial orientation : Amélie, après les laboratoires biologistes, un nouveau départ en médecine