Olivier Riboud : « Utiliser des mécanismes d’apprentissage différents »

publié le 12 Octobre 2020
6 min

Soutenue par la Fondation Total, la toute nouvelle école L’Industreet ouvre ses portes en novembre 2020, à Stains. Son directeur, Olivier Riboud, mise sur une pédagogie innovante adaptée aux nouveaux besoins de l’industrie du futur. Entretien avec un homme bien décidé à défendre le modèle d’une école disruptive destinée à former chaque année près de 400 jeunes de 18 à 25 ans.

Olivier Riboud, vous êtes l’ancien responsable des centres de formation de Veolia et avez été choisi pour piloter le projet de L’Industreet il y a deux ans. Quelle en est la genèse ?

Total a un vrai engagement envers la société civile et l’intérêt général. On se doit de partager nos réussites, notamment en termes d’éducation et d’insertion des jeunes. Ils représentent l’avenir de notre société. Total a eu la volonté de s’engager dans cette démarche adressée aux publics dits décrocheurs afin de leur trouver des métiers. L’Industreet sait que le secteur de l’industrie peine à embaucher des jeunes, car il y a une désaffection pour les filières industrielles. Total porte cette envie de s’impliquer dans ce sens. Enfin, on souhaite vivement attirer les femmes et lutter contre les stéréotypes.

Le soutien de Total signifie-t-il que les entreprises ont un rôle majeur à jouer dans la formation des jeunes ?

J’en suis persuadé. S’engager dans la formation des jeunes est d’ailleurs un des postulats de Total. D’autres grandes entreprises sont également dans cette démarche, comme Michelin, qui a monté une école spécifique.

Quels sont les atouts majeurs de L’Industreet ? Quelles sont vos ambitions pédagogiques ?

L’un de nos plus grands atouts, c’est de ne pas proposer des méthodes d’enseignement traditionnelles. On va utiliser des mécanismes d’apprentissage différents tels que l’apprentissage par les pairs et des pédagogies actives par projet. Nous n’aurons pas de cours par discipline, mais nous mélangerons plusieurs disciplines en même temps. L’idée est de réaliser quelque chose et de voir la réalisation. Les élèves travailleront sur un même projet. Par exemple, quand ils travailleront avec l’aide d’un robot, ils seront amenés à réaliser une notice explicative et donc à travailler le français. Ils feront du développement et verront la production de leur pièce. Comme autre atout, on peut citer nos entrées permanentes. Nous n’aurons pas de classe ni de promotion. On ne demandera pas à un jeune qui veut entrer au mois de février d’attendre la rentrée de septembre. Il pourra d’emblée intégrer notre école. Ceux qui entrent pourront ainsi être accompagnés par ceux qui sont déjà là depuis quelque temps. On utilise les mêmes ressorts d’apprentissage que le jeu vidéo en ligne et en réseau. Quand vous jouez en réseau, d’autres personnes plus expérimentées vont vous apprendre à passer des étapes. C’est le même principe.

Les préinscriptions ont débuté. Quels conseils donnez-vous aux jeunes intéressés afin de bien préparer leur dossier d’admission ?

Il n’y a pas de prérequis académique. On peut avoir des candidats qui arrivent avec des niveaux académiques différents, des jeunes qui peuvent avoir décroché en troisième comme d’autres en deuxième année de licence. La durée de la formation sera adaptée à ce que la personne sait déjà faire et à sa capacité à apprendre. L’objectif est de toutes et tous les amener vers l’obtention d’un certificat professionnel. Ce que je peux dire, c’est qu’on les sélectionnera sur la motivation, un parcours professionnel défini, la capacité à se remettre en cause et à travailler en mode collaboratif. Si la personne est motivée et qu’elle souhaite apprendre un métier du secteur de l’industrie, qu’elle vienne tenter sa chance chez nous. Un test sous forme de questionnaire en ligne nous permettra dans un premier temps de déterminer le profil du candidat et sa motivation pour aller jusqu’au bout. Car apprendre, ça demande un minimum de persévérance.

Selon votre expertise du secteur de l’industrie du futur, quels sont les métiers porteurs ?

Difficile d’en faire ressortir un, car tous les métiers que l’on a choisis sont sous tension. Ce sont des métiers avec un vrai manque de main-d’œuvre. Des métiers en pleine mutation technologique pour lesquels nous sommes obligés de former des gens. Tous les métiers que l’on propose actuellement ont moins d’un CV disponible par offre d’emploi publiée.

Pourquoi, selon vous, le secteur de l’industrie peine-t-il à recruter ? La faute aux préjugés et/ou au manque de formation adéquate ?

Je pense que le monde de l’industrie souffre d’une mauvaise image qui est fausse. Pendant des années, on a vu aux informations des grosses vagues de licenciement, dans l’industrie automobile par exemple, et de délocalisations, alors que l’industrie continue à embaucher et à produire de la richesse pour la société, en général, et pour les salariés. Il y a aussi cette image de métiers fatigants, ce qui n’est pas particulièrement le cas des métiers auxquels forme L’Industreet. C’est dans ce contexte que l’on va également devoir convaincre les familles. C’est davantage une question d’image et de formation. Beaucoup de centres de formation n’arrivent pas à remplir leurs salles de classe. Nous sommes là pour changer cette image.

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