1. Web : cliquez sur la bonne formation
Décryptage

Web : cliquez sur la bonne formation

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De nombreuses formations Web ont ouvert ces dernières années. // © Julien Revenu pour l'Etudiant
De nombreuses formations Web ont ouvert ces dernières années. // © Julien Revenu pour l'Etudiant

300.000.000 : c'est le nombre de résultats affichés par Google à partir des mots-clés “formation Web”. Pour les bacheliers tentés par les nombreux métiers dédiés à Internet, la première difficulté consistera donc à dénicher le bon cursus. Voici dix pistes à suivre pour s'y retrouver…

Webdesigner, intégrateur, animateur Flash, développeur mobile : ces métiers qui piquent aujourd'hui la curiosité de bon nombre de lycéens à la fibre technique et créative étaient encore inconnus du grand public il y a une dizaine d'années. Et faute de formations dédiées, les entreprises peinaient à dénicher des professionnels qualifiés et polyvalents. Les profils maîtrisant à la fois la communication, le marketing et les aspects techniques du Web étaient alors considérés comme des moutons à cinq pattes.

Ce temps est révolu ! Les écoles consacrées au Net se comptent désormais par dizaines. Mais le recul nécessaire manque encore pour évaluer leurs débouchés : beaucoup d'entre elles sont peu connues et les plus récentes n'ont diplômé qu'un petit nombre d'étudiants. Heureusement, quelques critères permettent de séparer le bon grain de l'ivraie.

1. Des formations récentes

Les premières écoles du Web ont vu le jour autour des années 2000, quand Internet s'est imposé dans la majorité des entreprises. Les pionnières sont l'IIM (Institut de l'Internet et du multimédia), créé en 1995, et HETIC, qui a ouvert ses portes en 2002.

C'est en 2011 que s'opère le véritable tournant. Cette année-là, pas moins de trois écoles spécialisées voient le jour, à Paris : SUP'Internet, l'ESCEN et l'EEMI (École européenne des métiers de l'Internet), impulsée par trois stars de l'Internet, Jacques-Antoine Granjon, le fondateur de vente-privee.com, Marc Simoncini, le créateur de Meetic, et Xavier Niel, le patron de Free.

La rentrée 2012 a ensuite vu le lancement de trois autres écoles : la Web School Factory, SupdeWeb et l'ECITV. On en dénombre aujourd'hui des dizaines, exclusivement dédiées au Net. Avec un même objectif : former les futurs cadres du secteur !

2. Se former en trois ou cinq ans

D'une manière générale, les écoles du Web recrutent directement après le baccalauréat pour des cursus d'une durée de trois ou cinq ans. À SupdeWeb, à Paris, par exemple, les étudiants intègrent d'abord le Bachelor pour acquérir les fondamentaux (développement, production et gestion de contenus, marketing et communication), puis se spécialisent progressivement en fonction de leur profil : technique (développement des interfaces digitales), créatif (création de contenus et community management) ou business (e-marketing et e-commerce). Ils ont ensuite la possibilité de poursuivre leur formation en quatrième et cinquième années, afin d'approfondir leur spécialité. À l'inverse, HETIC, à Montreuil (93), a fait une croix sur les filières et les options. Les élèves se spécialisent uniquement au travers des stages et des projets.

Certains établissements proposent un schéma d'études différent. À l'instar de N/ËW, à Bayonne (64) et Bordeaux (33), qui dispense notamment un programme postbac en deux ans d'intégrateur-développeur Web.

Notez que la plupart de ces écoles délivrent un diplôme maison qui n'est pas reconnu par l'État. Les étudiants obtiennent généralement un titre RNCP qui ne leur permet pas de poursuivre leurs études dans un établissement public. Il importe donc de bien se renseigner sur le sérieux des cursus avant de s'engager. Les journées portes ouvertes, ainsi que les petites immersions, sont l'occasion de passer en revue le matériel mis à disposition, comme les ordinateurs et les tablettes, les imprimantes 3D ou encore les casques de réalité augmentée.

3. La pluridisciplinarité comme mot d'ordre

Quelques écoles se concentrent exclusivement sur le Web et le développement, mais la majorité d'entre elles intègre l'ensemble des nouvelles technologies (mobiles, objets connectés, jeux vidéo) et toutes les compétences (techniques, artistiques, managériales) dans les enseignements.

Ainsi, le Bachelor conception et management des activités Web de la WIS (Web International School) – proposé à Amiens (80), Bordeaux, Lille (59), Lyon (69), Mont­pellier (34) et Nantes (44) – forme au e-commerce et au marketing (générer du trafic sur un site, fidéliser une clientèle), au développement (code, gestion des données, sécurité informatique), à la communication digitale et à l'entrepreneuriat (développer un réseau professionnel, trouver des financements).

Certains cours peuvent sembler à des années-lumière du Web : la prise de vue et de son à l'ECITV, à Paris ; la géopolitique et la philosophie à HETIC ; le théâtre et l'écriture à l'ESD (École supérieure du digital), à Paris… Or, ces enseignements sont un vrai plus. Les employeurs recherchent des profils touche-à-tout, capables aussi bien de créer des contenus que de prendre des décisions ou la parole en public.

Dans l'univers du Web, tout va très vite et ce qui est vrai un jour ne l'est pas nécessairement le lendemain. Les écoles spécialisées modifient donc régulièrement leurs programmes afin d'être en phase avec les nouvelles technologies, les réalités du monde du travail et le marché de l'emploi. L'IIM, par exemple, renouvelle chaque année près de la moitié de ses contenus pédagogiques.

4. Des cursus en mode projet

“Il ne suffit pas de lire la notice d'utilisation d'une voiture pour apprendre à conduire. De même, Internet est un domaine très technique qui nécessite beaucoup de pratique”, compare Isabelle Clary, la directrice de SUP'Internet, à Paris. Les projets, individuels ou collectifs, courts ou longs, libres ou imposés, constituent plus de la moitié des formations dédiées au Web. Certaines structures, comme l'EEMI, à Paris, élaborent ces projets avec et pour leurs entreprises partenaires.

Ainsi, WIS demande à ses étudiants de créer un site Internet de A à Z en première année et de gérer un site marchand l'année suivante. À SUP'Internet, le “grand projet de fin d'études” s'étend de bac+2 à bac+3 et fait appel à toutes les compétences acquises durant la formation. Les élèves sont alors invités à élaborer un business plan, à développer puis présenter leur concept devant un jury.

Beaucoup d'établissements publient ces travaux sur un site ou un blog afin de donner une image plus concrète des savoir-faire acquis par leurs poulains. C'est notamment le cas de l'IIM. Parmi les projets, citons un serious game sur la maladie d'Alzheimer, un objet connecté pour retrouver ses clés ou encore le site Internet d'un domaine viticole.

5. Des stages en France et à l'étranger

À quoi bon faire des stages, puisque le programme intègre des projets inspirés de l'univers de l'entreprise ? La question, légitime, est souvent posée par les étudiants aux responsables pédagogiques. Dans le domaine du Net, les frontières disparaissent, les langages de programmation sont universels et les acteurs du monde entier collaborent. Les stages à l'étranger et en France, dans une ambiance internationale, sont courants. De nombreuses écoles les rendent possibles dès la première année d'études.

L'internationalisation peut également se faire au travers des échanges et des doubles diplômes, bien que ces derniers soient encore rares. Les étudiants du parcours international de WIS, par exemple, passent au total neuf mois entre l'Irlande et l'Australie.

Celles et ceux qui ne veulent pas quitter le territoire français peuvent se tourner vers les start-up, qui sont de grandes pourvoyeuses de stages. Ces petites structures représentent une véritable aubaine pour se constituer un réseau professionnel, comprendre facilement les rouages de l'entreprise, endosser des responsabilités et faire le tour des différents métiers.

6. Environ 7.000 € pour une année d'études

Le prix d'une année d'études avoisine 7.000 €. Il faut donc compter près de 35.000 € pour un cursus en cinq ans. Rares sont les formations beaucoup moins onéreuses. Et le CROUS (centre régional des œuvres universitaires et scolaires) ne délivre de bourses sur critères sociaux qu'aux étudiants des établissements reconnus par l'État, ce qui n'est pas le cas de tous ceux dédiés au Web, en particulier parmi les plus récents.

Les écoles ne perdent pas une occasion de rappeler que cette somme doit être mise en rapport avec les nombreuses perspectives d'embauche dans le secteur pour les diplômés. Leurs enquêtes d'insertion indiquent une première rémunération comprise entre 33.000 et 35.000 €. Néanmoins, l'écart salarial peut être considérable entre un grand groupe et une toute jeune start-up.

7. L'option fac

Les droits d'inscription sont nettement moins élevés à l'université, mais les établissements manquent parfois de matériel haut de gamme et dernier cri. Et bien qu'ils délivrent des diplômes d'État (licences et masters) formellement identifiés par les recruteurs, les entreprises préfèrent souvent nouer des partenariats pédagogiques avec les écoles. La fac privilégie les enseignants formés à la transmission du savoir, alors que les établissements privés vont chercher leurs intervenants dans les start-up et les grands groupes, afin de coller au plus près des pratiques, des technologies et des logiciels professionnels.

En un mot, chacune des deux structures possède sa propre logique et il est difficile de les départager. Le choix dépend essentiellement du profil et du projet pédagogique et professionnel de chacun.

Les programmes universitaires consacrés au Net ne manquent pas. Les licences professionnelles poussent même comme des champignons après la pluie. Ces formations en un an, accessibles après un bac+2, jouent la carte de la pluridisciplinarité. Elles permettent d'acquérir rapidement des compétences rédactionnelles, communicationnelles, techniques, stratégiques et managériales. Et ce au travers d'exercices individuels ou collectifs, de mises en situation professionnelle et de commandes de clients fictifs.

8. Une personnalité plutôt que des compétences

De leur côté, les écoles étudient les candidatures de tous les bacheliers, afin de diversifier leur recrutement. Ces dernières doivent être déposées sur le site de chaque établissement et non sur APB (Admission-postbac). Les admissions se font sur dossier de candidature, test écrit et oral. Le dossier doit comporter les derniers relevés de notes, une lettre de motivation et il est généralement possible d'y joindre des projets personnels comme des réalisations techniques ou graphiques. Le test écrit mêle logique, culture générale et questions sur le numérique (questionnaire à choix multiples ou réflexion). Mais au moment des oraux, le jury prête moins attention aux connaissances des candidats qu'à leur personnalité.

S'il n'est pas indispensable d'être un as du code pour être admis, il est préférable de se montrer curieux, ouvert d'esprit, motivé et, bien évidemment, intéressé par le Net. “Le sens du collectif, la persévérance et la débrouillardise sont des qualités auxquelles je prête particulièrement attention”, confie Denys Chomel, responsable des admissions et du développement d'HETIC. Et d'ajouter : “Cinq années de scoutisme ou de bénévolat ont autant de poids dans une candidature qu'un 15/20 en mathématiques.”

À lire aussi : Les clés pour réussir votre dossier de candidature en filière sélective

Les épreuves et les documents demandés peuvent cependant varier d'un établissement à l'autre. Ainsi, SUP'Internet exige une lettre de recommandation d'un acteur extrascolaire, tandis que la Web School Factory, à Paris, intègre un projet collectif à son processus de sélection.

9. Bac exigé (ou presque)

Les écoles du Web se veulent différentes des autres, un peu rebelles par rapport à l'enseignement supérieur classique, ouvertes au changement et à des profils variés. Pourtant, peu d'entre elles offrent aux non-bacheliers la possibilité de candidater.

Citons toutefois le Samsung Campus, un centre de formation solidaire et entièrement gratuit, à Saint-Ouen (93), qui ne propose qu'un seul cursus, Web & Apps Coding, en deux ans. L'École multimédia, à Paris, a quant à elle mis en place une “prépa” informatique multimédia accessible au niveau bac pour les lycéens recalés à l'examen national. Les étudiants qui suivent cette année de mise à niveau rejoignent ensuite la formation en trois ans de développeur multimédia dans cette même école.

10. Enquêter avant de signer

Les cursus spécialisés sont relativement récents et les écoles, disons-le, sont peu disposées à se plier au système de l'enseignement supérieur. Les formations visées ou conférant le grade de master, deux labels accordés par l'État et gages de qualité, sont par exemple rarissimes. Il faut donc investiguer !

Les portes ouvertes et autres journées immersives offrent la possibilité d'explorer les locaux tout en questionnant les étudiants et les enseignants ou intervenants. Pour des informations fiables sur le salaire de sortie, l'employabilité et la reconnaissance par le milieu professionnel, les anciens sont une source sûre. Il est possible de les contacter sur les réseaux sociaux, notamment dans les groupes Facebook. À vous de jouer !