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Enquête

Couper les réseaux sociaux pour réviser : “Si je reste connectée, je culpabilise”

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Se couper totalement des réseaux sociaux en période de révision peut être contrariant. // © Capture d'écran
Se couper totalement des réseaux sociaux en période de révision peut être contrariant. // © Capture d'écran

À l'approche des examens, lycéens et étudiants sont nombreux à faire une “pause numérique” en se coupant de tout réseau social pour mieux réviser. Un pari parfois difficile à tenir.

À l'entendre, ce n'est pas uniquement parce qu'elle est studieuse qu'Estelle a réussi ses examens. C'est aussi parce que, pendant ses révisions, elle a mis Twitter en sourdine. “Twitter peut être une grande source de distraction en période d'examens, explique cette étudiante en info-com à l'université Lumière-Lyon 2. Surtout dans ces moments où se pencher sur ses cours pendant des heures peut paraître peu alléchant…”

Bac, partiels : à l'heure des révisions, les “black out” numériques se multiplient. Voyez ce tweet lapidaire d'un lycéen originaire de Dijon (21) pour prévenir ses followers : “Je quitte Twitter. Motif : bac.” Ou cet étudiant du Var, qui annonce : “[Je] quitte Twitter pendant deux mois parce que j'ai envie d'avoir le bac.” Des messages qui affluent aussi sur les murs Facebook ou les fils Instagram…

Incompatibles avec la concentration

Est-il seulement possible de marier usage frénétique des réseaux sociaux et atmosphère studieuse ? De l'avis de Margot, étudiante en troisième année à l'ISTEC, une école de commerce et de marketing à Paris, les deux sont incompatibles : “Si je reste connectée, je passe mon temps à regarder les notifications, les photos, les commentaires, ou à m'amuser à tagger des copines ou des copains […] et je perds des minutes précieuses pour les révisions. Et plus les jours vont passer, plus je vais culpabiliser…”

C'était des heures que je perdais, se souvient Aurore, 18 ans, en Bachelor commerce et gestion à l'ECG de Chalon-sur-Saône. À regarder mes messages, mon fil d'actualité, ce qu'il se passe dans la vie des autres… On s'aperçoit que, si on veut réussir notre vie, on doit déconnecter.”

Facebook et consorts sont identifiés comme des sources de conflit avec les révisions et avec la concentration. “Je ne peux même pas réviser pour mon exam de demain 10 minutes sans être interrompu”, gazouille DriftingAshes.

Seule dans son appartement, Margot, qui est malentendante, coupe portable, télévision, wi-fi, et ôte même tous ses appareils pour se réfugier “dans sa bulle”. Rien de tel pour suspendre sonneries, notifications et pushs intempestifs. “Les étudiants passent leur vie sur le Web 2.0. Ils peuvent vite perdre le contrôle, oubliant les objectifs qu'ils s'étaient fixés, et reportant tout au lendemain”, abonde la jeune fille. Sa mère, qui finance ses études, lui donne la fureur de réussir : “Je ne me vois pas dire à ma maman que je vais être aux rattrapages car j'ai passé plus de temps sur les réseaux sociaux qu'à réviser.”

Lire aussi : Sur les réseaux sociaux, ces étudiants qui angoissent avant leurs partiels 

Comme une cellule d’isolement ?

Pas de chance : les partiels de Constance sont tombés en plein Roland-Garros. “J'avais peur de me focaliser sur les tournois plus que sur mes cours”, lance cette fan de la raquette, étudiante en STAPS à l'université Jean-Monnet de Saint-Étienne (42). Elle a tout coupé, mais relativise : “Si arrêter Twitter pendant une semaine nous permet de valider notre année…”

Les proches peinent parfois à comprendre. “Mes amis, qui sont très connectés, trouvent ça bizarre. C'est difficile de se déconnecter de ce monde, réfléchit Aurore. C'est comme si on disparaissait de la circulation…” Temporairement, du moins.

À l'inverse, “Facebook peut être dépressogène. Si on est reclus dans sa petite chambre de bonne à manger des surgelés et à réviser, et qu'on voit des gens qui vivent des choses incroyables, même si c'est artificiel, on peut être un peu déprimé…”, observe Michael Stora, psychologue et spécialiste de la vie numérique.

Une tentation forte d’y retourner

Lylian, lui aussi à l'EGC, n'a pas été jusqu'à s'isoler dans une zone blanche numérique, mais s'offre des “pauses longues” sans Facebook. Seul problème : à l'instar de beaucoup d'étudiants, il révise à la lueur de son écran… Dur, dur. “La tentation peut alors monter quand on est devant l'ordinateur. Je fais en sorte de rester sur le logiciel Word de mon PC, et de ne pas aller sur Internet…”

Pourtant, “Twitter peut aussi être un outil pour se décontracter” entre deux séances de révision, tempère Spanzi (un pseudo), lycéen en section scientifique dans un lycée à Rabat (Maroc), qui reconnaît qu'il peine à s'en passer. “Après une longue journée à bûcher, la tentation d'aller y faire un tour était présente”, admet aussi Estelle. 

Le conflit entre bonne et mauvaise conscience

À en croire Michael Stora, les jeunes “savent à quel point ils ont des pratiques compulsives”. Sans parler d'addiction, ni de “dépendance pathologique”, “les réseaux sociaux peuvent toutefois être cause d'échec”, résume-t-il. Et quand “il a l'impression de s'y perdre, l'étudiant, le lycéen, va être confronté à un conflit psychique entre la bonne et la mauvaise conscience…”

Son diagnostic se veut conciliant : “Comme pour les jeux vidéo, l'usage des réseaux sociaux a plus de saveur quand c'est une récompense. On peut donc aussi s'en servir comme d'un espace récréatif, ou pour y partager sa souffrance”, sourit-il. Un clin d'œil à toutes ces publications anxiogènes qui émaillent nos réseaux durant ces périodes. 

Pour aller plus loin : Vidéos, applis, réseaux sociaux... comment réviser devant vos écrans