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Vie privée : les dérapages de Facebook

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« Arrête Facebook et vas plutôt réviser ! » Un reproche qui fait écho chez vous ? D’accord, vous ne vous rendez pas sur MSN et compagnie pour revoir vos cours… mais pourquoi les réseaux sociaux ne pourraient-ils pas aussi vous aider à améliorer vos moyennes en langues, français, histoire, philo ? La preuve avec notre dossier…

Outil de communication et outil pédagogique, Facebook peut aussi être à l’origine de dérapages plus ou moins graves. Enquête sur le côté sombre de ce réseau social.

L’incident a lieu à la mi-février. Raphaël (1), professeur d'EPS (éducation physique et sportive) dans l’Ouest parisien, apprend qu’une photo de lui circule sur Facebook. Elle a été prise en cours par une de ces élèves de troisième, Laura, avec son iPhone. On l’y voit en train de remplir des fiches sur une table, dans le gymnase, derrière des barres parallèles. Rien de bien méchant, a priori. Laura l’a juste "postée" sur Facebook "pour s’amuser", "parce qu’elle aimait bien ce prof". « De toute façon, on ne le voit pas bien », argumente-t-elle. L’adolescente ne se doutait pas que, sous cette photo, ses amis pourraient écrire des commentaires dégradants. Qu’afficher publiquement des photos de quelqu’un à son insu est interdit par la loi. Qu’elle risquait le conseil de discipline, comme ce fut le cas l’année dernière pour deux élèves qui ont transféré sur Facebook une photo de leur camarade en petite culotte dans les vestiaires de sport. Ici, le dérapage a été évité d’extrême justesse. "Je suis allée voir Laura pour lui demander de retirer immédiatement la photo et lui dire que cela restait entre nous", précise Raphaël. La jeune fille s’est exécutée dans les heures qui ont suivi. Elle n’a pas recommencé.

"Son compte Facebook avait été piraté"

Mais tous les incidents générés par Facebook ne sont pas gérés avec autant de tact. Et les conséquences peuvent être bien plus dramatiques. Dans un lycée privé de la banlieue parisienne, une conseillère principale d’éducation confie : "Une élève est venue nous voir la semaine dernière, car son compte Facebook avait été piraté. Quelqu’un a récupéré ses photos et les a utilisées dans un film porno… La jeune fille n’en a pas parlé à ses parents car elle craignait leur réaction. Mais elle a porté plainte au commissariat. »
Parfois, l’établissement incriminé fait directement la "une" des journaux, comme ce fut le cas pour le collège privé Saint-Jean-Baptiste, à Megève (74), fin janvier. Quatre adolescents de 14 et 15 ans ont été auditionnés par les gendarmes pour avoir proféré sur Facebook des injures à l'encontre de deux enseignants. La conversation, d’ordre privée, a été copiée sur le blog du collège, lui en libre accès. Les élèves ont été exclus du collège une semaine.
Un incident similaire a eu lieu début mars au collège des Ménétriers, à Ribeauvillé (68). Et, à en croire les "groupes" qui continuent de fleurir sur Facebook, les dérapages ne sont pas près de se réguler. Sur le "mur" du groupe "Pour tous ceux qui veulent exterminer Mme Y." (2), qui compte 245 fans, une photo de l’enseignante prise en cours, facilement reconnaissable, est accompagnée d’insultes : "Cette pute m’a encore virée hier" ou "T’as oublié de dire l'odeur fétide qui se dégage de la bête"…

"Internet est un outil révolutionnaire, mais ce n’est pas un monde merveilleux"

Dès lors, comment faire pour prévenir les élèves des dérapages possibles, surtout lorsqu’ils utilisent Facebook en groupe ? Nous sommes dans l’amphithéâtre du lycée privé Saint-Jean-Baptiste-de-La-Salle, à Saint-Denis (93), un mercredi après-midi du mois de mars. Quatre classes de première S, ES et STG sont installées dans des sièges en velours bleu, devant un écran géant. Pas pour une séance de home cinéma, mais pour une après-midi de sensibilisation à Internet, Facebook... et à leurs dangers. "Je ne suis pas là pour vous faire peur ni pour diaboliser ces outils, mais pour vous apprendre à les utiliser correctement, démine d’emblée l’intervenant, Mouloud Tahri. Internet est un outil révolutionnaire, mais ce n’est pas un monde merveilleux."
Cette opération, baptisée "Un clic déclic", est proposée depuis le début de l’année dans divers établissements de France grâce à l’association Calysto, en partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale. Mouloud Tahri interroge l’assemblée, en guise de préambule : "Combien d’entre vous ont-ils Internet dans leur chambre ?" La moitié des doigts se lèvent. "Combien d’entre vous ont-ils un blog ?" Silence radio. "Les blogs, c’est plus à la mode, pouffe une élève. Maintenant, on va tous sur Facebook…" Et Facebook, justement, qui l’utilise ? "Moi !", répondent-ils tous comme un seul homme, en levant le doigt bien haut.

"Il ne faut pas laisser votre page en libre accès…"

"Parfois, on se moque en vous disant “t’as que 10 contacts, t’as pas d’amis”, entame Mouloud Tahri. Sous prétexte que la mode est dans la surenchère, il ne faut pas accepter des gens que vous ne connaissez pas. Et surtout, il ne faut pas laisser votre page en libre accès…" Quelques têtes approuvent. L’intervenant poursuit en égrenant les différents "pièges" et "dangers" du réseau de sociabilisation. "Une photo de vous dénudé peut vous desservir à long terme, prévient Mouloud Tahri. Vous utilisez cette plate-forme comme un journal intime, pour faire partie d’une communauté, sans avoir conscience qu’on peut retracer votre vie. Qu’est-ce qui empêche un employeur d’aller enquêter sur vous plus tard ? Ce sont des traces quasi indélébiles, il n’y a pas de droit à l’oubli." Silence de plomb dans la classe. "Par naïveté ou inconscience, vous pouvez également entrer en contact avec quelqu’un qui peut être un pervers, un pédophile."

"45.000 € d’amende si vous ne respectez pas le droit à l’image"

Le dernier volet de l’intervention concerne la législation, notamment envers les professeurs et les élèves "qui n’ont pas envie de se retrouver sur Facebook à leur insu", précise sobrement Mouloud Tahri. "Si vous ne respectez pas leur droit à l’image, vous êtes passible de 45.000 € d’amende. Les insultes, les commentaires racistes et les propos diffamatoires sont aussi interdits par la loi, les élèves sont exclus et il y a des poursuites judiciaires." Un murmure de stupeur parcourt l’amphithéâtre. Certains élèves se demandent comment "fermer" leur compte. Un autre souffle : "on croit tout savoir du site, mais en fait on ne connaît pas grand-chose…."
Le soir, Mouloud Tahri intervient également à destination des parents, pour leur permettre de prévenir leur enfant, sans pour autant violer leur vie privée. "Les parents ont une vraie méconnaissance des outils, sans doute parce qu’il y a un décalage générationnel, observe-t-il. Ils diabolisent Facebook et sont tentés de tout supprimer. Dans ces cas-là, mieux vaut s’intéresser à leur utilisation et leur demander de temps en temps : “Montre-moi”. Et, surtout, ne jamais mettre un ordinateur dans la chambre, mais dans la pièce commune. Pour limiter le temps de navigation…"

Camille Neveux

(1) À leur demande, les prénoms ont été modifiés.
(2) Les noms de famille des enseignants ont été rendus anonymes.
Sommaire du dossier
Retour au dossier Déborah, en seconde : « J’ai pris goût à écrire pour les autres sur le blog de mon prof de français » Sami, en première ES : « J’ai appris à écrire un anglais fluide avec Facebook » Sophie, en première L : « Facebook m'a aidée à faire mon TPE » Houda, en première L : « J’ai progressé en espagnol grâce à busuu.com » Fanny, en première S : « Grâce à Podcastonbac, je me sens rassurée pour l’oral de français » Anouk, en licence de droit : « Je passais mon bac 3 fois par jour sur passetonbac.fr » Tatiana, en première ES : « J’ai une copine qui m’aide et que j’aide en maths grâce à Facebook » 3 conseils pour bien utiliser Facebook Vie privée : les dérapages de Facebook Catherine Blaya, directrice de l’Observatoire européen de la violence scolaire : « Les conséquences d’une agression sur le Web peuvent être graves» Débat : quelle place pour Internet à l’école ?