1. Comment les écoles d’ingénieurs vous préparent à l’entrepreneuriat

Comment les écoles d’ingénieurs vous préparent à l’entrepreneuriat

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Les jeunes ingénieurs seraient deux fois plus nombreux que l'ensemble des moins de 30 ans à avoir reçu une préparation à l'entrepreneuriat. Les écoles d'ingénieurs proposent de plus en plus souvent des cours, voire des filières dédiées à la création d'entreprise. Avec un double objectif : former les élèves à toutes les facettes du métier de patron et les aider à développer un état d'esprit adapté.

"Monter sa boîte"
Le projet fait souvent rêver, y compris parmi les étudiants. Encore faut-il trouver une idée, mais aussi et surtout savoir comment la transformer en un projet techniquement réalisable et économiquement viable. C’est ce que les écoles d’ingénieurs s’attachent de plus en plus à apprendre à leurs élèves, à travers des cours, voire des filières spécifiquement dédiés à l’entrepreneuriat.

Suivre le cycle de vie d’une entreprise de A à Z
Dans le cadre du programme européen YEP (Young Enterprise Project), SupOptique propose à ses élèves de suivre une option qui leur permet de découvrir les différentes étapes du cycle de vie d’une entreprise, de manière accélérée : définition d’un concept, étude de marché, fabrication du produit, levée d’un capital de 1.000 €, constitution d’une société, vente et commercialisation du produit, et enfin clôture de l’entreprise.
 
Des mini-projets inventifs voient ainsi le jour comme cette guirlande lumineuse dont les ampoules clignotent au rythme de la musique ambiante. Ou encore cette boule qui calcule automatiquement l’angle nécessaire pour découper un gâteau en un nombre de parts impairs, et trace des rayons qu’il suffit de suivre avec le couteau !

Apprendre à penser autrement
Se lancer dans un projet de création d’entreprise à la place du traditionnel projet de fin d’études : voilà ce que propose notamment l’Insa Lyon à ses étudiants de 5e année, au sein de la filière Ingénieurs Entreprendre. Mais si l’idée en séduit plus d’un, l’école a mis en place une sélection et ne retient en moyenne qu’un candidat sur deux. Tous n’ont pas nécessairement une idée de création d’entreprise, et toutes les idées ne seront pas reprises : ce sont plutôt des profils que recherche Béatrice Frézal, responsable de la filière : "Des apporteurs et des porteurs de projets, mais aussi des coéquipiers".
 

À l’Insa Lyon, l’équipe d’Olivier et Quentin travaille sur un projet de création d’entreprise pour commercialiser des produits du terroir au niveau local.

Des intervenants majoritairement composés d’industriels viennent dispenser 180 heures de cours, organisés autour de 3 mots-clefs : oser, imaginer et manager. "Les élèves doivent apprendre à réfléchir autrement", souligne Béatrice Frézal qui aime à surprendre ses troupes, en leur proposant de faire des jeux de ballon mais avec des règles différentes de celles qu’ils connaissent, ou en leur demandant de rédiger une nouvelle d’anticipation…

Ce qui n’empêche pas des cours plus classiques, à l’Insa comme dans les autres écoles engagées dans l’entrepreneuriat, dispensés en général sous forme d’ateliers. L’objectif ? Appréhender la gestion de projet et l’élaboration d’un business plan, mais aussi apprendre à gérer des équipes et des conflits, ou encore se familiariser avec la propriété industrielle et les risques juridiques inhérents à la création d’entreprise.

Acquérir de nouvelles compétences
Travailler sur un projet de création d’entreprise, c’est en effet aborder des aspects moins techniques que ceux traditionnellement abordés dans une formation d’ingénieurs. "On acquiert de nouvelles compétences, notamment en matière de gestion de projet et de management", témoigne Morgan, diplômé de SupOptique fin 2011 après 2 ans passés dans la Filière Innovation Entrepreneur (FIE).
 
Créé en 2006, ce parcours spécifique accueille chaque année une vingtaine d’élèves, soit environ 15 % de la promotion. Encadrés par un ingénieur, un enseignant-chercheur et un entrepreneur, ils doivent "réaliser un objet technologique pour le marché". C’est ainsi que Morgan a travaillé sur un système d’éclairage innovant pour les œuvres d’art. Un projet qui a abouti à une véritable création d’entreprise, en janvier 2012 (lien vers le témoignage de l’article 3).

Élargir son champ de vision
Les filières dédiées à l'entrepreneuriat sont aussi l'occasion de réfléchir à des problématiques de mise sur le marché. En dernière année à l’Insa Lyon, Olivier et Quentin planchent avec trois autres de leurs camarades sur un projet de commercialisation de produits du terroir, dans un rayon inférieur à 100 km autour de Lyon. L’objectif : "[aider] à la fois les petits producteurs à atteindre de nouveaux clients en les déchargeant de toute logistique, tout en permettant aux consommateurs de découvrir des produits locaux sans même qu’ils aient à se déplacer". Et en prônant un meilleur respect de l’environnement.

Les deux étudiants apprécient d'être ainsi "amenés à développer des outils marketing et informatiques. Ça change de la vision purement technique de l’ingénieur !"

"Élargir son champ de vision" : c’est aussi ce qui a séduit Clément dans l’option ICOM (Ingénierie-Conseil en Management) proposée en 3e année par l’EISTI. À 22 ans, le jeune homme ne veut pas se "retrouver dans un grand groupe comme un poisson noyé dans l’océan. J’ai envie, explique-t-il, de travailler sur un projet motivant, auquel j’adhère vraiment".
 

En dernière année à l’EISTI, Clément a choisi de suivre des cours dédiés à l’entrepreneuriat pour "élargir son champ de vision".

Avec 5 camarades, il s’est lancé dans la création d’un site internet visant à "aider un entraineur à gérer son effectif sportif. Préparation des matchs, suivi de son calendrier, progression de ses joueurs… L’idée est de regrouper la gestion de toutes ces informations", précise Clément, espérant que le projet aboutira. Car pour lui, "créer son entreprise, c’est avoir la certitude de faire un métier palpitant, et qui permet de sentir l’importance de son travail".

Se lancer en étant étudiant : le bon timing
Commencer un projet de création d’entreprise en étant étudiant, c’est aussi une façon de gagner du temps… et de l’argent ! "On bénéficie du "bac à sable" de la filière, estime Quentin de l’Insa Lyon. Cela permet de se confronter à la difficulté de la création d’entreprise en étant guidé et à un moment où l’on a peu de contraintes, notamment pas de famille".
 
Pas d’enfant à charge et la vie devant soi : être étudiant est souvent considéré comme la meilleure période pour se lancer dans l’entrepreneuriat. En outre, les élèves commencent à travailler sur le projet alors qu’ils sont encore à l’école, au lieu de se lancer après leurs études sans être payé – ce qui est souvent le lot des créateurs d’entreprise. Résultat : "on gagne 6 mois !", se réjouit Quentin.

Enfin, "l’échec est souvent moins difficile à encaisser à 20 ou 25 ans qu’à 50", estime Pierre Bois, directeur adjoint de l’école des Mines d’Alès qui a placé l’entrepreneuriat au cœur de son projet pédagogique. Sans pour autant souhaiter que tous les élèves deviennent des chefs d’entreprise ! Car à travers leurs cours et filières spécifiques, c’est aussi un état d’esprit que les écoles souhaitent transmettre à leurs étudiants. Entreprendre, c’est avoir envie de se lancer et d’innover.

> Suite de l'enquête :
"Entreprendre, avant tout un état d’esprit"

Sophie Blitman
Mai 2012

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Entreprendre, avant tout un état d’esprit Morgan, 22 ans, ingénieur : "Avec deux autres étudiants, on a été diplômés en décembre 2011, et on a crée notre entreprise en janvier 2012 !"