1. Création d’entreprise : ces geeks qui ont fait fortune

Création d’entreprise : ces geeks qui ont fait fortune

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À l'âge où certains se cherchent encore, eux sont devenus patrons. À moins de 30 ans, ils ont les yeux rivés sur leur budget et brassent plusieurs millions d'euros de chiffre d'affaires. Autodidactes ou diplômés, ils ont su flairer l'idée qui a fait mouche. Zoom sur 5 "e-réussites".

Discrètement, ils sont en train de dessiner le nouveau visage des patrons français. Ils ont troqué le costume-cravate pour le jean-Converse ou le style dandy chic. Simon Istolainen (ex-My Major Company, fondateur de PeopleForCinema), Boris Saragaglia (Spartoo), Daniel Marhely (Deezer), Frédéric Montagnon (Overblog) ou encore le serial entrepreneur Jérémie Berrebi font partie des nouvelles icônes de la réussite à la française.

L’audace de la jeunesse

Parmi eux, peu de filles. Des autodidactes, des diplômés d'école de commerce, d'ingénieurs. Ou même des langues O, comme le créateur de My Major Company, qui a révélé le chanteur Grégoire. Chaque fois, la même volonté d'en découdre et de laisser une trace. Leurs sociétés n'ont pas atteint la taille d'un Google ou d'un Facebook. Leur compte en banque ne pourrait pas (encore) faire concurrence à celui d'un Mark Zuckerberg ou d'un Bill Gates, ces génies du business qui ont créé leur empire à peine sortis de la fac… La plupart gagnent à peine plus qu'un cadre supérieur. Ils ne payent pas l'impôt sur la fortune et tiennent à rester discrets sur leur niveau de vie. Mais ils savent qu'en cas de succès, leur boîte fera leur fortune.

L’entrepreneuriat, une option désormais possible pour les jeunes

L’audace et l’impétuosité de ces jeunes Français prouvent que la création d'entreprise n'est plus un pis-aller au CDI (contrat à durée indéterminée), ni réservée à ceux qui ont un peu de bouteille. En quelques années, son image a d’ailleurs beaucoup évolué aux yeux des jeunes. Nos campus ne sont certes pas encore des réservoirs à entrepreneurs, comme aux États-Unis, et à peine 8% des diplômés de l'enseignement supérieur sautent le pas selon l’APCE (Agence pour la création d'entreprise). Mais 47% des 18-29 ans y songent sérieusement, toujours selon l'APCE. "L'initiative entrepreneuriale a longtemps été castrée par l'image du “patron-argent”, à la Bernard Tapie, pense Mathias Monribot, président de "Petit Poucet", un fonds d'amorçage qui aide les étudiants créateurs (financement, hébergement, conseil). Des figures comme Pierre Kosciusko-Morizet, fondateur de PriceMinister, ou Xavier Niel, de Free, ont contribué à changer les mentalités."

L’entrepreneuriat à la mode dans les écoles

Daniel Marhely, 26 ans, a quitté le lycée à 16 ans. Il a traîné son père à la chambre de commerce et d'industrie quand d'autres écument les salons premier emploi. Fou d'Internet, ce pur geek savait qu'il apprendrait plus en bidouillant chez lui que sur les bancs de l'école. Ses parents l'ont toujours épaulé, confiants dans son ambition. Cela ne l'a pas empêché de cauchemarder des nuits entières à se demander s'il avait fait le bon choix… Mais Daniel est un contre-exemple. Car il y a 10 ans, monter sa boîte était plutôt perçu comme un échec. Aujourd'hui, la plupart des grandes écoles et des IAE (instituts d’administration des entreprises) proposent, en dernière année ou en master, une option entrepreneuriat. Pour développer les synergies entre les différentes structures d'aide à la création, 20 pôles d'entrepreneuriat étudiant ont d'ailleurs été lancés en octobre par le gouvernement.

Les NTIC, terrain idéal

Entré dans les mœurs, le fait d'être patron à 20 ans est aussi moins dangereux pour le CV. "L'hypothèse d'un ratage n'est plus rédhibitoire dans la vie professionnelle comme il y a 15 ans, car les grandes entreprises valorisent la création", observe Pierre Aussure, P-DG d'Ivy Executive Search, un cabinet de recrutement spécialisé dans les technologies et les médias. Cerise sur le gâteau, les NTIC (nouvelles technologies de l'information) ont offert à ces jeunes ambitieux le terrain de jeu idéal pour laisser libre cours à leur sens de l'innovation. "Dans ce secteur, les fortunes sont plus rapides, analyse Mathias Monribot. En 10 ans, on peut devenir un leader mondial, à la différence de l'industrie." Microsoft n'a que 35 ans et Google, à peine 12…

Fins de mois difficiles

Reste à trouver les sous… Si nos écoles regorgent de Mark Zuckerberg en puissance, l'accès au financement demeure compliqué. Pour réunir un capital de départ, en moyenne 30.000 € selon les investisseurs et les professionnels du secteur, on racle les fonds de tiroirs, on compte sur ses proches. Frédéric d'Overblog et Boris de Spartoo ont dormi au bureau, démarré dans un deux-pièces cuisine. Un peu comme les mythiques fondateurs de Hewlett-Packard, qui se sont lancés juste après la fac dans leur garage. Ils brassent aujourd'hui des millions après avoir connu l'angoisse des fins de mois difficiles. Pour être ambitieux, il faut des capitaux. Attaquer l'international, recruter, loger ses bureaux… une entreprise est gourmande. Or, elle ne génère pas tout de suite des gains. Pour assurer son développement, il faut accepter des sacrifices, et notamment, faire une croix sur son salaire quelques années. Mais en cas de revente, c'est le pactole, si la boîte est rentable, évidemment.

Convaincre les investisseurs

Tous croient en leur bonne étoile et dans la pertinence de leur projet. C'est obligatoire pour convaincre les investisseurs. De généreux mécènes (souvent les mêmes), désireux de faire émerger un capitalisme différent, viennent les soutenir. À travers leurs fonds d'investissement, Xavier Niel (Free), les frères Rosenblum (Pixmania) ou encore Marc Simoncini (Meetic) ont ouvert leur carnet de chèques à Deezer, à PeopleForCinema et à beaucoup de start-up. C'est aussi ça la réussite : reverser une partie de sa fortune pour aider les autres à grandir. Après avoir revendu sa part dans My Major Company, Simon Istolainen en a réinvesti une partie dans de jeunes pousses. Une nouvelle façon de faire du business, à l'humanité décomplexée.

En savoir plus sur la création d'entreprise

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Consultez le témoignage de jeunes créateurs d'entreprise

> Anne-Lise Perlat, 26 ans, cofondatrice d’Envao
> Romain Berland, 24 ans, cofondateur de ByNight Sport
> Eddy Fruchard, 23 ans, fondateur de Bois et Paille
> Brice Gaillard, 23 ans, fondateur associé de Tongo Asi

Emmanuelle Souffi
Novembre 2010
Sommaire du dossier
Daniel Marhely, 26 ans, cofondateur de Deezer : "Pour se lancer, il faut que l'idée réponde à un besoin personnel" Frédéric Montagnon, 33 ans, président d'Overblog : "On se serait lancés par pur intérêt financier, on se serait plantés" Simon Istolainen, 26 ans, ex-fondateur de My Major Company et créateur de PeopleForCinema : "La clé, c'est la qualité du produit" Boris Saragaglia, 28 ans, fondateur de Spartoo (vente de chaussures en ligne) : "On s'est concentrés sur nos clients en cherchant à comprendre ce qu'ils voulaient" Jérémie Berrebi, le business angel du Web : "Si on peut aider des projets ultrapassionnants mais pas hyperrentables, tant mieux"