1. Les jeunes entrepreneurs issus de la filière professionnelle
Enquête

Les jeunes entrepreneurs issus de la filière professionnelle

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Pierre-Olivier, Ze plombier nantais // © Photo fournie par le témoin
Pierre-Olivier, Ze plombier nantais // © Photo fournie par le témoin

Pas besoin de passer par la voie générale et par une grande école pour devenir son propre patron. La preuve, après avoir obtenu un diplôme de la filière professionnelle, ces jeunes ont réussi à fonder leur entreprise. Avec de la motivation, ils ont contourné les obstacles et ont réalisé leur rêve. Pierre-Olivier, créateur de Ze Plombier et Paul, fondateur de Lulu Frenchie, racontent leur parcours et donnent leurs conseils d'entrepreneur.

Diplômé de deux CAP (sanitaire et thermique) et d’un brevet professionnel génie climatique, Pierre-Olivier Clerc, 24 ans, a créé en 2010 Ze Plombier, une entreprise nantaise qui propose un service original de plomberie à bicyclette. Le parcours du jeune entrepreneur.

Quel parcours scolaire avez-vous suivi ?

"Après la 3e, j’ai successivement passé un CAP [certificat d'aptitude professionnelle] installateur sanitaire en apprentissage et un CAP installateur thermique en candidat libre. En 2007, j’ai obtenu le titre d'un des meilleurs apprentis de France dans ma catégorie. Jusqu’en 2010, j’ai enchaîné avec un brevet professionnel en génie climatique tout en travaillant comme apprenti chez Axima, filiale de GDF Suez, qui m’avait déjà embauché durant mon 2e CAP. Après l’obtention de mon brevet professionnel, j’ai décidé de devenir mon propre patron en 2010 en créant Ze Plombier."

Pourquoi avez-vous choisi la plomberie ?

"Au départ, j'étais intéressé par le métier de serrurier. Mais l’Institut européen de formation des Compagnons du Tour de France (IEFCTF) que je voulais intégrer ne proposait pas le CAP serrurier. En revanche, l’école formait au CAP installateur sanitaire pour devenir plombier. Dans le même temps, ma tante qui travaillait chez un grossiste en plomberie m’a informé sur les opportunités qu’offrait ce secteur. Je me suis donc inscrit à l’IEFCTF en CAP installateur sanitaire pour devenir plombier."

Comment vous est venue l’idée de créer une entreprise de plomberie à vélo ?

"Deux mois après avoir obtenu mon brevet professionnel, pendant les grèves de raffinerie en France en octobre 2010, un ami voulait changer sa robinetterie à Nantes, dans la zone piétonne du centre-ville. J’ai donc pris ma caisse à outils, mon vélo, et je suis allé le dépanner. J’ai compris que c’était une idée géniale d’entreprise à créer, et que cela apportait plusieurs avantages."

Qu’est-ce qui vous a motivé à créer votre entreprise ?

"La liberté, d’abord. Je voulais pouvoir gérer mon agenda comme je le souhaitais. Au départ, je n’aspirais pas vraiment à devenir chef d’entreprise. Mon objectif était simplement d’obtenir un CDI [contrat à durée indéterminée] à la fin de mes études. Par la suite, je me suis rendu compte qu’il y avait un secteur à prendre. Les habitants du centre-ville se plaignaient que les artisans motorisés les délaissent. Avec un vélo, il est possible d’accéder à toutes les rues de la ville sans se faire verbaliser et cela rend un plombier beaucoup plus concurrentiel que ses confrères qui possèdent un véhicule moteur."

À qui vous êtes-vous adressé pour vos démarches administratives ?

"Pour la création de Ze Plombier, je me suis adressé à la chambre de métiers et de l'artisanat de Loire-Atlantique. Nous n’avons eu aucune subvention si ce n’est pour l’achat du vélo, en l’occurrence 200 € subventionnés par la communauté urbaine Nantes Métropole pour tout achat d’un vélo à assistance électrique. J’ai également été recueillir des informations au Salon des entrepreneurs de Nantes. Le Mouvement pour les jeunes et les étudiants entrepreneurs [MoovJee] m’a aidé et m’a décerné le prix Envol de l’année 2011."

Comment avez-vous financé la création de votre entreprise ?

"Grâce à mon année d’intérim et à mes 2 ans d’apprentissage durant ma formation, j'ai pu bénéficier à Pole emploi de l'aide à la reprise (Arce) permettant de débloquer des fonds pour l'achat du vélo. Il s’agit d’un vélo triporteur, en raison du poids du matériel, fabriqué dans la région nantaise : il a coûté 4.000 €. Pour le matériel, j’ai eu la chance d’avoir une caisse à outils payée dans le cadre des frais d’inscription de ma première école, l’IEFCTF. Quant à ma meuleuse, elle m'a été offerte par le département. Enfin, nous avons demandé à une société spécialisée de créer notre site Internet, ce qui a représenté un coût de 2.000 €."

Que vous ont apporté vos années passées en tant qu’apprenti ?

"L’expérience de mes professeurs et employeurs m’a servi. Ce sont des gens qui connaissaient leur métier et qui m’ont transmis leurs conseils et leur passion. Par ailleurs, grâce aux acquis techniques, et après 3 ans d'actitvé, j’ai désormais une meilleure confiance en moi."

Avez-vous rencontré certaines difficultés durant votre parcours ?

"Mon entourage m’a soutenu dans mon projet. J’ai également été aidé par ma compagne qui est mon associée et s’occupe de l’aspect administratif et commercial de Ze Plombier, donc cela me soulage. En revanche, il est parfois difficile de trouver du temps pour soi, car il y a beaucoup de travail. Par ailleurs, dans la rue, les passants ne comprenaient pas l'originalité de mon concept."

Quels sont vos projets pour Ze Plombier ?

"Nous envisageons d’embaucher, mais nous sommes en train de réfléchir au côté financier, à l’ajout de charges, car nous souhaiterions savoir si ce ne serait pas trop coûteux. Dans l’idéal, nous aimerions développer le concept du plombier à vélo sur toute la ville de Nantes, en embauchant des collaborateurs et en achetant des vélos supplémentaires."

Et si c’était à refaire ?

"Je ne changerais pas de voie car je fais un beau métier. Je suis également heureux d’avoir créé cette entreprise, d’être épaulé par ma compagne et d’habiter dans une ville super comme Nantes. Je n’ai pas de regrets en fait !"

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes souhaitant créer leur entreprise ?

"Je leur conseillerais d’abord d’épargner un maximum. Si on souhaite créer son entreprise et qu’on ne met pas d’argent de côté, on est vite rattrapé par l’augmentation des charges et des impôts, après les 2 premières années d'installation. Contactez aussi l’URSSAF et les chambres de commerce pour vos démarches administratives. Attention, si vous êtes amené à payer certaines choses dans le cadre de la création de votre entreprise, vérifiez constamment qu’il n’y a pas d’erreurs. Renseignez-vous aussi auprès des organismes régionaux pour d'éventuelles aides dont vous pouvez bénéficier. Enfin, il est important de croire en soi, car la vie d'un entrepreneur n'est pas de tout repos."

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Sommaire du dossier
Paul, 22 ans, à la tête de Lulu Frenchie : "Après mon bac pro, je voulais me prendre en main" Christophe, 25 ans, créateur des "Givrés du cornet" : "J’estimais qu’il était temps de me lancer"