1. Elle crée le premier restaurant de France à employer des personnes trisomiques
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Elle crée le premier restaurant de France à employer des personnes trisomiques

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La jeune architecte d'intérieur se bat pour l'insertion professionnelle des personnes trisomiques. // © Photo fournie par le témoin
La jeune architecte d'intérieur se bat pour l'insertion professionnelle des personnes trisomiques. // © Photo fournie par le témoin

LES JEUNES ONT DE L'AVENIR. À 26 ans, Flore Lelièvre, jeune architecte d’intérieur, est en passe de voir son rêve se réaliser : ouvrir un restaurant qui emploie des personnes trisomiques, pour favoriser l’intégration des personnes handicapées dans la société.

"Avec ce projet, j'ai découvert que tout était une bataille dès qu'il s'agissait de handicap". Cette bataille, Flore Lelièvre, 26 ans, est plus décidée que jamais à la mener. D'ici décembre 2016, elle inaugurera Le Reflet, premier restaurant de France à employer des personnes trisomiques – deux aides de cuisine et quatre serveurs – dans le quartier Decré, à Nantes. L'aboutissement d'une idée développée lors de sa dernière année d'études en architecture d'intérieur, il y a deux ans et demi.

Après son bac L passé en 2007 à Nantes, Flore se destinait plutôt au maquillage artistique. "J'ai fait un CAP esthétique, mais j'ai vite compris que ce serait très compliqué d'intégrer le milieu des tournages. Une prof de dessin m'a alors encouragée côté artistique. C'est comme ça que j'ai intégré l'école Pivaut en arts appliqués", raconte-t-elle. Spécialisée en architecture d'intérieur, Flore a très vite l'idée de choisir ce projet de restaurant pour son projet d'espace à réaliser en quatrième année.

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Un projet qui suscite l'enthousiasme

L'idée est inspirée de sa vie personnelle. "J'ai un grand frère trisomique, qui travaille en ESAT (établissements ou services d'aide par le travail) depuis dix ans, explique-t-elle. Je me suis rendu compte à quel point il était difficile pour les personnes handicapées de travailler dans une entreprise classique. Ceux qui travaillent ne s'insèrent généralement pas dans ce qu'on appelle le "milieu ordinaire", et touchent de faibles salaires."

Le restaurant lui paraît un cadre idéal : "C'est un lieu convivial par excellence qui permet deux types de métiers, la cuisine et le service. Un endroit de ce genre a été ouvert à Rome, employant 13 personnes trisomiques sur 18 employés."

Face à l'enthousiasme suscité par la présentation de son projet aux portes ouvertes de son école, et grâce au soutien du cabinet d'architecture intérieure nidE, au sein duquel elle avait fait son stage de fin d'études, la jeune architecte a pu avancer. "Mon maître de stage d'alors, désormais mon associé, m'a encouragée. Et c'est en parlant de plus en plus de mon projet à l'extérieur qu'une dynamique s'est mise en place", témoigne-t-elle.

Assiettes, espace, commandes : tout est aménagé

Au fil de ses rencontres, Flore réunit une douzaine de personnes soutenantes et crée dans la foulée Trinôme 44, une association qui milite pour le développement de lieux favorisant l'insertion des personnes trisomiques. Portée par les bons retours sur le projet, l'association fonde ensuite une société, Le Reflet, qui commence à lever des fonds. "Des entreprises et des particuliers se sont investis. Nous avons récolté 400.000 €. Je ne pouvais l'imaginer !"

La société missionne alors le cabinet nidE, dont Flore est désormais l'une des associés, pour concevoir le projet d'architecture. Pour un résultat tout en précision. "Tout a été pensé en partant du handicap des trisomiques. Par exemple, des assiettes spécifiques ont été fabriquées pour aider à leur préhension. Idem pour la prise des commandes, auxquelles les convives vont participer en cochant les plats et boissons souhaitées sur des cartes", explique Flore. Enfin, "la salle est aménagée par zones de couleur, permettant aux serveurs de se diriger vers le bar ou vers la cuisine en fonction de la commande."

Du projet à l'ouverture, il a fallu vaincre une série d'obstacles, notamment pour permettre une construction aux normes PMR (personnes à mobilité réduite). "L'acceptation du permis de construire a été longue. Nous avons lutté pour obtenir le droit d'ouvrir une porte supplémentaire à l'extérieur et on nous a refusé l'installation d'une rampe d'accès à l'extérieur, relate Flore. Je suis passée à la mairie deux à trois fois par semaine pendant pas mal de temps !"

"Banaliser la rencontre"

Sur les six postes réservés à des personnes trisomiques, quatre ont déjà été pourvus. "Nous sommes passés par les réseaux de l'équipe et les ESAT, explique Flore. L'idée est de leur offrir des CDI [contrats à durée indéterminée] au bout de quelques semaines si tout se passe bien." Une étape transitoire pour leur éviter des démarches administratives lourdes en cas de retour vers le milieu "protégé" où ils trouvent habituellement du travail, comme les ESAT.

Par la suite, Flore aimerait idéalement reproduire le concept en d'autres endroits et pour d'autres lieux. "Mon objectif est de changer le regard que porte la société sur ces personnes et de les sortir de la place où on les assigne, conclut-elle. Il faut banaliser la rencontre."