1. Emploi : êtes-vous fait pour les graduate programs, ces boosters de carrière ?
Témoignage

Emploi : êtes-vous fait pour les graduate programs, ces boosters de carrière ?

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Les graduate programs : une façon de mettre sur orbite des jeunes à des postes à responsabilités. // © ZUMA Press/ZUMA/REA
Les graduate programs : une façon de mettre sur orbite des jeunes à des postes à responsabilités. // © ZUMA Press/ZUMA/REA

Ouverts aux diplômés de niveau bac+5, les graduate programs sont des dispositifs d'intégration imaginés par les entreprises pour promouvoir rapidement des jeunes à des postes à responsabilités. Avantages et inconvénients, à partir des témoignages de Claire, Léopoldine et Lucas.

C'est comme un premier poste, mais qui change tous les ans ou presque, et qui vous fait voyager dans l'entreprise et parfois autour du monde. Les graduate programs ont été développés ces quinze dernières années par les grandes entreprises pour attirer de jeunes candidats à fort potentiel, et leur permettre d'accélérer leur carrière. Des dispositifs conçus aussi pour "fidéliser" les jeunes recrues, en suscitant un sentiment d'appartenance fort chez ces jeunes.

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De l'intérieur, comment ces programmes sont-ils vécus ? Tour d'horizon des prérequis, avantages et inconvénients par ceux qui ont expérimenté cette forme d'embauche un peu particulière. Claire, 28 ans, terminera l'année prochaine le graduate program d'Orange, qui dure cinq ans. Léopoldine, 27 ans, a terminé il y a peu celui de Carrefour qui dure trois ans, dans la catégorie "dirigeant". Et Lucas, 26 ans, est à mi-parcours du graduate program de Microsoft, qui dure deux ans.

1. Avoir le niveau

Si tout le monde aimerait bien pouvoir profiter d'un "accélérateur de carrière", les graduate programs existants ne sont généralement réservés qu'aux diplômés à bac+5. Chez Orange, depuis 2016, 20 des 50 places proposées annuellement sont ouvertes à des salariés en interne, ce qui n'est pas toujours le cas. Le programme accueille également des jeunes ayant déjà eu une expérience professionnelle, de moins de 18 mois.

Chez Carrefour, quatre programmes différents ont été créés, en fonction du métier visé ("dirigeant", "digital", "directeur hypermarché", "supplychain"). "Le programme 'dirigeant', que j'ai intégré, n'est ouvert qu'aux diplômés d'une vingtaine d'écoles, les plus prestigieuses", indique Léopoldine, diplômée de l'ESSEC.

Pour Lucas, si le niveau attendu chez Microsoft est bac+5, peu importe l'établissement d'origine : "J'ai un titre RNCP et je ne sors pas d'une grande école d'ingénieurs, et pourtant j'ai été pris, raconte-t-il. Ce qui intéresse les recruteurs est avant tout le potentiel, pas forcément le fait que vous êtes le meilleur. J'avais une compétence spécifique qui a fait la différence." Un conseil : renseignez-vous auprès de graduates ou d'anciens graduates sur les prérequis et le mode de sélection...

2. Du soutien pour la prise de poste

Tous le soulignent, l'intérêt d'être "graduate" est de pouvoir être épaulé à tout moment, en fonction des difficultés ou surprises rencontrées dans la découverte de l'entreprise. "Un référent des RH nous suit sur l'ensemble du programme, explique Léopoldine, depuis le recrutement jusqu'au dernier poste, il nous aide pour le placement dans chaque poste." Chez Orange, le référent change en fonction de la division du poste occupé. "La coordination entre eux est très bonne, précise Claire. On peut faire appel à eux n'importe quand." Lucas, lui, expérimente la relation avec des "mentors". "En théorie, on a un mentor sur les sujets techniques, avec un suppléant, qui nous suivent en permanence. Mais en fait, il faut ajouter aussi les mentors générationnels, qui ont plus de 20 ans de maison, ou encore les anciens graduates de mon équipe, qui ont tendance à me prendre sous leurs ailes."

L'accompagnement passe également par un grand nombre de formations. Chez Microsoft, les deux années du graduate program sont en fait deux années de formation à un métier précis. En l'occurrence, pour Lucas, consultant sur les outils d'Office 365. "J'enchaîne des missions différentes, souvent en binôme, mais je reste dans le même service", explique-t-il.

3. Un vrai esprit de promo

Pour certains, c'est un plus, pour d'autres, cela peut s'avérer un peu pesant. Sélectionnés pour former des petits groupes (180 pour Microsoft en France, moyennant trois groupes par métier ; une dizaine chez Carrefour, pour chaque programme ; 50 chez Orange), les graduates forment chaque année comme une promotion d'école. "Je me souviens des trois premières semaines d'intégration où nous nous sommes tous retrouvés dans un magasin du sud de la France. Cela a créé une ambiance entre nous", explique Léopoldine, qui indique que les "graduates" sont liés par des groupes sur messageries instantanées, mais aussi des moments conviviaux entre promotions.

"Si c'est rassurant de pouvoir échanger avec des personnes dans la même situation que soi, je ne suis pas très amateur des afterworks à répétition, souligne Lucas. Cela grignote un peu trop sur la vie personnelle à mon goût, mais on n'est pas obligés à cette convivialité !" Pour Léopoldine, l'esprit de promo constitue l'occasion de développer son réseau en interne. "Je n'aurais jamais eu mon poste actuel de directrice communication et marketing clients sans l'expérience "graduates". J'ai été recommandée pour ce poste et j'ai quitté le programme six mois avant la fin."

4. Découvrir l'entreprise

C'est un des objectifs affichés des graduate programs, vous faire découvrir rapidement l'envergure de l'entreprise qui vous emploie. Chez Carrefour, Léopoldine a enchaîné cinq postes différents. "J'ai été impressionnée par les différences d'ambiance d'un département à l'autre, et j'ai constaté à quel point les enjeux ne sont pas les mêmes !" Ces cinq postes lui ont permis d'être en lien avec environ une quinzaine de services différents.

"Je me suis rendu compte de l'immensité du groupe, témoigne pour sa part Claire. La variété des postes offerts aux graduates est en outre un vrai plus." Les deux jeunes femmes ont également aimé découvrir l'aspect international de leur entreprise : l'une en partant en Argentine pour six mois (Léopoldine), l'autre en menant en anglais des négociations avec des clients étrangers.

5. Supporter l'investissement demandé

À écouter les intéressés, intégrer un graduate program suppose un fort engagement de la part des jeunes salariés. "J'ai su un mois avant que je partais en Argentine, témoigne Léopoldine. Il y a un certain rythme, mais certains graduates se sont mariés ou ont eu des enfants. Ils ont trouvé des postes qui s'adaptaient à leurs contraintes."
Mobilité, horaires importants, déplacements professionnels... attendez-vous à consacrer beaucoup de temps à votre travail ! "J'ai vraiment eu besoin de conseils pour trouver un équilibre avec ma vie privée, confie Lucas. La direction nous présente souvent comme le futur de l'entreprise, on a une certaine pression, mais il faut trouver la bonne distance." "Il faut avoir un certain état d'esprit, et ce tout au long des cinq ans !", renchérit Claire.

6. Prendre le temps de progresser

La plupart des programmes sont cependant pensés pour vous faire accéder progressivement à des missions de plus en plus importantes. "Les deux premiers postes, qui s'étalent sur un an et demi, n'ont pas de volet managérial", explique Léopoldine. Chez Orange, si le premier poste est déjà un poste de management, le "cursus" est censé permettre d'approfondir un métier. Chez Microsoft, Lucas n'a des objectifs à remplir qu'à partir de la deuxième année.
Pour certains, le programme est l'occasion de prendre confiance. "Toutes les formations sont dispensées en anglais, et cela créait une certaine appréhension chez moi. Le fait de se retrouver entre graduates à l'international m'a fait progresser et dépasser ce problème", raconte Lucas. "Je n'aurais pas misé sur ma capacité à occuper mon poste actuel, souligne Léopoldine. Le programme m'a fait mûrir. Quand on manage des salariés qui ont quarante ans de maison, on est obligé d'avancer." Maintenant, à vous de vous faire votre opinion !