1. CV et lettres de motivation : les mots qui tuent
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CV et lettres de motivation : les mots qui tuent

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Les recruteurs ne supportent plus de lire certains mots et expressions dans les lettres de candidature. // © Phovoir
Les recruteurs ne supportent plus de lire certains mots et expressions dans les lettres de candidature. // © Phovoir

Certains mots ou expressions que vous utilisez dans vos CV et lettres de motivation font fuir les recruteurs. Quels sont-ils ? Comment bien formuler votre argumentaire pour vous démarquer tout en restant professionnel ? Conseils de pros pour leur donner envie de s'attarder sur votre candidature.

"Je suis une personne avenante, réfléchie, avec un fort esprit d’équipe.” Ainsi se décrit Adrien, en dernière année de droit des affaires à l’université René-Descartes à Paris, dans sa lettre de motivation pour l’entreprise de ses rêves. Copie à revoir d’urgence, diraient les recruteurs !

Car, selon une étude menée en 2014 auprès des DRH par Careerbuilder, un site d’offres d’emploi, certains de ces arguments font partie d'une "blacklist" de mots et d’expressions que les professionnels des ressources humaines ne veulent plus lire et qui risquent d'envoyer votre candidature au fond de la corbeille. Parmi eux : "le meilleur" (cité par 38 % des recruteurs) ; "battant" (27 %) ; "sortir des sentiers battus" (26 %) ; "synergie" et "avenant" (22 %); "être un leader réfléchi", "valeur ajoutée", "axé sur les résultats" (16 %) ; "esprit d’équipe" (15 %) ; "bons résultats" (14 %) ; "travailleur acharné" (13 %) ; "fin stratège", "dynamique", "très motivé" (12 %) ; "méticuleux, "proactif" (11 %) et "bilan" (1 %).

#1. Chasser les clichés

"Gardez à l’esprit que le recruteur accorde moins de 3 minutes à la lecture de votre lettre de motivation et de votre CV, explique d’emblée Thomas Sentis, manager chez Fed Business (région PACA) cabinet spécialiste du recrutement sur les fonctions commerciales et marketing. Alors pour décrocher un entretien, mieux vaut être percutant et se différencier des autres. Comprenez : rayez les expressions rebattues, comme "je suis motivé" et autres "je suis dynamique". "Qui, d’ailleurs, avouerait être désintéressé et paresseux ?" illustre cet expert.

Fabrice Mazoir, chef de projet éditorial chez Régionsjob, ajoute : "Au-delà des clichés, il faut absolument proscrire les mots qui relèvent du langage SMS et ceux qui sont trop familiers, comme ‘boîte’ plutôt qu’‘entreprise’." Quant au pronom indéfini "on", de l’avis de tous les professionnels, il faut définitivement l’oublier, beaucoup trop imprécis et presque impoli.

#2. Choisir ses mots-clés

Il y a les mots à oublier donc, et ceux qui valoriseront au contraire votre candidature. Sans garantie toutefois ! "Il n’existe pas une "whitelist" à proprement parler, mais plutôt des mots et des expressions à utiliser pour capter l’intérêt du recruteur, explique Laurent Lethuilier, directeur du cabinet de recrutement Clémentine. Les mots qui percutent le plus sont les verbes d’action du premier groupe comme décider, manager, animer, collaborer, organiser, mettre en œuvre, diriger, impulser." Ces mots doivent cependant être ciblés en fonction du secteur, de sa propre expertise, de sa fonction et même de l’entreprise qui recrute.

#3. Personnaliser son argumentation

En effet, il y a les mots-clés moins galvaudés que vous pouvez utiliser, mais c'est en les adaptant à votre profil et en les illustrant concrètement par votre parcours que vous ferez mouche. Pour Stéphanie Delestre, fondatrice du site d’offres d’emploi Qapa, le candidat doit valoriser toutes ses expériences, même celles qui lui semblent dénuées d’intérêt. "Un candidat qui, par exemple, omet d’indiquer sur son CV qu’il a été baby-sitter durant 2 ans pour le compte d’une même famille commet une erreur car, à travers une telle expérience, le recruteur aurait pu en déduire que cette personne est ponctuelle - sinon elle n’aurait pas tenu aussi longtemps -, qu'elle est fiable et responsable, mais aussi capable de prendre des initiatives."

#4. Dépasser la simple description

N'oubliez donc aucune expérience, mais argumentez par des faits. "Être descriptif pour tenter de se vendre ne suffit pas", insiste ainsi Michaël Cabrol, fondateur d’EasyRecrue, site qui propose une solution d’entretiens vidéo. Un candidat à un poste de commercial, qui se définit comme performant, ne retiendra pas l’intérêt du recruteur. En revanche, s’il parvient à chiffrer ses propres performances sur un poste passé, là, il aura des chances d’être retenu. Il pourrait dire par exemple : "J’ai atteint en 6 mois de stage les objectifs que mon maître de stage m’a fixés, à savoir X euros de chiffre d’affaires."

En résumé, les recruteurs ne veulent pas seulement savoir ce que vous pensez de vous-même mais ce que vous êtes capable de faire. "Si vous êtes un bon élément, si vous avez des compétences particulières, prouvez-le par des chiffres mais également par des faits", précise Julien André, directeur emploi chez Vivastreet. "Et si vous aimez le travail en équipe, plutôt que le dire comme tel, mettez l’accent sur les projets transversaux que vous avez menés à bien lors de vos différents stages en précisant les différents services avec lesquels vous avez coopéré", conseille Nathalie Ikedjian, RH du groupe S&H.

#5. Faire valoir son potentiel

Et même sans grande expérience, il n'est pas impossible de vous "vendre". Sur ce point, Fabrice Mazoir est formel : "Ce qui intéresse le recruteur, c’est le potentiel du candidat, s'il a réfléchi à un projet professionnel, s’il est capable de formuler ce qu'il peut apporter à l’entreprise ou encore ce qu’il attend d’elle en acceptant le poste. Mais ce qui compte avant tout, c’est son authenticité. Un recruteur a besoin de vouer une totale confiance à son futur collaborateur. Or, si la lettre de motivation n’est qu’un vulgaire copier-coller, comment peut-il déceler sa personnalité ?"

"D’autant que la compétence humaine - le fameux ‘savoir-être’ - qu’il convient de transmettre à travers ses engagements personnels (associations…) est celle qui permettra au recruteur de différencier les candidats", conclut Laurent Lethuilier.