1. Un entretien d'embauche comme si vous y étiez : poser des questions sur le poste
Décryptage

Un entretien d'embauche comme si vous y étiez : poser des questions sur le poste

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Pendant que le recruteur vous présente le poste, notez les points sur lesquels vous souhaitez obtenir des précisions. // © Phovoir
Pendant que le recruteur vous présente le poste, notez les points sur lesquels vous souhaitez obtenir des précisions. // © Phovoir

Au cours d'un entretien, la discussion n'est pas à sens unique. Demander au recruteur des précisions sur le poste est une marque d'intérêt. Exemple avec cet extrait de dialogue capté lors d'un véritable entretien d’embauche* et retranscrit dans l'ouvrage “Le Guide du CV, de la lettre de motivation et de l'entretien d'embauche” de Dominique Perez, spécialiste du recrutement.

Surtout s'il s'est bien passé, un entretien se termine souvent par une question ouverte du recruteur : “Avez-vous des questions à poser sur le poste ?” Pour ne pas l'interrompre pendant sa présentation, vous avez pris des notes sur des points à éclaircir et aviez déjà préparé des questions sur votre check-list. C'est donc le moment d'interroger votre interlocuteur. N'avoir aucune question à poser ne serait pas bon signe.

De préférence, appuyez-vous sur les propos du recruteur pour demander une précision complémentaire. Par exemple : “Vous avez dit que le poste était à pourvoir rapidement. Dans quels délais exactement ?” ou “J'ai compris que l'entreprise réorganisait sa direction financière, pouvez-vous m'en dire plus sur ces évolutions ?”.

Certains postes supposent de vous que vous ayez une bonne vision de l'ensemble d'un sujet et/ou que vous soyez très au fait du fonctionnement de l'entreprise et des activités des services avec lesquels vous aurez à travailler, comme chef de projet par exemple. L'extrait d'entretien de ce responsable des achats prouve qu'on peut aller assez loin dans le questionnement.

L'exemple d'un responsable des achats qui veut tout savoir sur le poste

Le recruteur – Vous avez des questions sur le poste ?
Le candidat – […] Est-ce que le poste existe déjà ? Est-il occupé par quelqu'un ? Le rattachement hiérarchique sera-t-il le même ?
Le recruteur – C'est le directeur […].
Le candidat – C'est la configuration actuelle, ce sera la configuration future. Il y a des raisons précises pour ça ?
Le recruteur – La raison, principalement, c'est qu'on a un directeur de très bon niveau, très compétent, qui lui-même connaît bien les problématiques achats […].
Le candidat – Il y a un certain nombre de missions qui sont définies sur ce poste, est-ce qu'il y a des objectifs prioritaires ?
Le recruteur – L'objectif prioritaire est de commencer à avoir une réflexion sur la stratégie d'achat et la politique d'achat de l'entreprise. […] Avec la prise en main et l'animation de l'équipe, ce sera le premier gros chantier à mettre en œuvre.
Le candidat – L'intégration des achats est attendue à un horizon de combien de temps, de combien de mois ? Parce que, selon la volonté de l'entreprise, on peut intégrer des achats plus ou moins rapidement, mais si on essaie de l'intégrer trop rapidement, ça risque de se faire plutôt mal. D'autant plus si l'entreprise vise des résultats relativement importants… C'est pour cela que le rattachement hiérarchique me surprend un petit peu, mais l'entreprise a certainement ses raisons… Mais je sais que souvent, je parle par expérience, les intérêts productifs sont à l'opposé des intérêts financiers.
Le recruteur – Idéalement, c'est une collaboration étroite avec le bureau d'études. L'implication du BE est primordiale. […]
Le candidat – Donc c'est une entreprise qui travaille essentiellement sur un aspect projet ? Parmi les deux ou trois personnes qui sont là, est-ce que vous pouvez me dire combien participent en amont aux décisions dès l'élaboration du projet ?
Le recruteur – Très peu. Il y a quelques contacts avec le BE, mais ce n'est pas optimal.
Le candidat – Ce qui se passe aujourd'hui, c'est que le contrat est rentré, le bureau d'études et le responsable des achats travaillent sur le sujet, ils définissent un produit, je ne sais même pas s'il est transformé en cahier des charges ; il est transformé en cahier des charges ?
Le recruteur – Plus ou moins.
Le candidat – Quand je vois [plusieurs centaines de] fournisseurs, ça me paraît immense.
Le recruteur – Il faut rationaliser, et d'urgence, c'est certain.
Le candidat – La façon dont je vois l'intégration des achats avec ce poste, c'est une intégration des achats qui ne peut être pleine avant douze à dix-huit mois.
Le recruteur – Sachant qu'il manque encore beaucoup d'informations…
Le candidat – Je dis intégration parfaite dans la mesure où le service “achat” […] met à disposition du bureau d'études une base de données “achat” qui permet de satisfaire les besoins. Bien sûr, avec des sources d'approvisionnement sécurisées, en quantité et en qualité…
Le recruteur – Oui. Si on doit poursuivre, de toute façon, vous rencontrerez deux personnes […] qui seront à même de vous dresser un tableau très précis. […] Il vaut mieux que ce soit des professionnels qui vous apportent ces informations et qui vous disent clairement où en sont les achats dans l'entreprise.
Le candidat – Vous parlez d'une évolution internationale. Qu'est-ce que votre client entend par là ? Est-ce que c'est au sein du groupe ?
Le recruteur – C'est possible, au sein du groupe, tous les bons potentiels sont détectés et des passerelles existent pour les cadres de bon niveau du groupe. À terme, c'est un poste qui pourrait vous intéresser, ou pas vraiment ?
Le candidat – C'est un poste qui entre parfaitement dans mes objectifs, à savoir une petite structure avec un fort potentiel d'évolution et un rayonnement international. D'après le descriptif qui est donné, il s'agit même de bâtir le service “achat”. Un produit intéressant technologiquement, financièrement, certainement aussi à valeur ajoutée, et à proximité de ma région.
Le recruteur – Par rapport à votre lieu de résidence actuellement, cela représenterait combien ?
Le candidat – C'est à une heure de route, ce n'est pas un problème. Je préfère quelquefois faire une petite heure de route, d'ouest en est, que de traverser la ville de bout en bout, ce qui nécessite bien plus de temps. Et il reste encore une dernière solution, c'est que je déménage.
Le recruteur – À terme, cela peut être envisagé ?
Le candidat – Absolument. Aujourd'hui, je n'ai aucune contrainte géographique. Quelle est la part d'activité qui est donnée en sous-traitance ?
Le recruteur – Quelques sous-traitants.
Le candidat – Est-ce que l'entreprise a des objectifs de sortir de son activité certains travaux ?
Le recruteur – Non, aujourd'hui, l'actualité, c'est le développement du SAV, comme pour beaucoup d'entreprises.
Le candidat – Selon vous, aujourd'hui, est-ce que l'entreprise envisage de délester le bureau d'études de certaines décisions d'achat ?
Le recruteur – Je ne sais pas. Je sais qu'ils désirent que la collaboration soit plus étroite…
Le candidat – Au bureau d'études, il y a combien de personnes ?
Le recruteur – (x) personnes.
Le candidat – Quelles formations ont les personnes qui sont actuellement en place au niveau des achats ?
Le recruteur – L'acheteur est un ingénieur, ensuite il y a deux approvisionneurs, dont l'un part à la retraite dans un an ou deux ; pour le deuxième, je ne connais pas sa formation. Il y a des savoir-faire et des compétences. Ce n'est pas une équipe bringuebalante. […]
Le candidat – Avez-vous un organigramme de l'entreprise ?
Le recruteur – Oui. Vous n'aurez pas toutes les réponses aujourd'hui aux questions que vous vous posez. Si vous êtes intéressé pour poursuivre, m'autorisez-vous à transmettre votre CV à mon client ?
Le candidat – Bien sûr.
Le recruteur – Je vais en discuter très rapidement avec lui et, à ce moment-là, si on poursuit, très vite, c'est-à-dire demain ou après-demain, je reviens vers vous et je vous propose une rencontre avec lui.
Le candidat – Le plus astucieux, c'est de me passer un coup de fil pour qu'on puisse caler un rendez-vous, car j'ai un planning très, très chargé. Aujourd'hui, vous en êtes où sur ce recrutement ?
Le recruteur – On démarre. Les décisions sont prises uniquement à partir du moment où il y a une convergence des objectifs, aussi bien pour vous que pour mon client […].
Le candidat – Vous avez prévu de voir combien de candidats à peu près ?
Le recruteur – On est encore dans une étape d'approche. On doit encore avoir quatre ou cinq rendez-vous fixés. Ensuite, nous en avons d'autres en entretien téléphonique, tel que celui que vous avez pu avoir. Mais je n'attends pas d'avoir un nombre déterminé de personnes. À partir du moment où, du point de vue des critères, on est dans le cadre, à partir du moment où je sens un intérêt par rapport à vous, à votre carrière, on a des points de jonction assez nombreux…

Commentaire

Le candidat s'intéresse au poste et a une bonne connaissance du métier, il le prouve par ses questions. Le recruteur confirme : “On donne la possibilité aux candidats de préparer leur entretien, c'est-à-dire qu'on leur propose de consulter des documents de présentation de l'entreprise, du produit et du poste. Ils ont le temps qu'ils souhaitent pour préparer leurs questions. Les deux choses qui sont intéressantes dans l'inventaire qu'a pu faire ce candidat, c'est qu'il a perçu tous les éléments problématiques du poste, tous les endroits où il y aurait des difficultés, toutes les faiblesses du système actuel qui ne sont pas forcément écrites noir sur blanc… Ensuite, les questions qu'il pose révèlent que c'est un bon professionnel qui connaît les dimensions importantes de la fonction.”

“Cela se fait peu aujourd'hui, peu de personnes ont le réflexe de préparer l'entretien ainsi. Idéalement, il faudrait toujours avoir une ou deux questions. Là, c'était un véritable inventaire. Certains profils préparent sans doute plus leurs entretiens que d'autres, comme les professionnels des ressources humaines qui sont habitués à traiter de l'information, à faire de l'analyse rapide, des exercices de synthèse… Un RH qui ne pose pas de questions sur le climat social, sur la représentation syndicale, c'est gênant…”

* Tous les entretiens dont des extraits sont publiés dans cette série d'articles ont été menés par Laurent Hyzy, chasseur de têtes, aujourd'hui directeur du cabinet Alterconsult et auteur du blog “Le recrutement tout simplement”, et par une consultante en recrutement du cabinet Alain Gavand Consultants.

POUR ALLER PLUS LOIN
À découvrir aux Éditions de l'Etudiant :
Le Guide du CV, de la lettre de motivation et de l'entretien d'embauche”,
par Dominique Perez, spécialiste du recrutement.