Une cadre commerciale évoque en entretien son départ conflictuel d'une société

Par Dominique Perez, publié le 24 Septembre 2016
6 min

En exposant votre parcours à un recruteur, comment évoquer la fin de votre collaboration avec vos anciens employeurs, surtout quand elle a été difficile ? Voici un exemple commenté de questions et de réponses extraites d'un véritable entretien d’embauche* et retranscrites dans l'ouvrage “Le Guide du CV, de la lettre de motivation et de l'entretien d'embauche” de Dominique Perez, spécialiste du recrutement.

Le consultant – En [date], qu'est-ce qui se passe, pourquoi vous quittez l'entreprise ?
La candidate – À cette date-là, cela faisait quatre ans que j'étais dans l'entreprise. Pour ce qui concerne l'export, tout ce qui était développement, exploitation des niches industrielles, contacts avec les agents et les distributeurs, avait été fait. Je ne souhaitais pas absolument partir, mais j'ai commencé à me tenir au courant du marché du travail, pour voir ce que l'on pouvait me proposer, voir si je pouvais mettre à profit mes compétences, éventuellement dans un autre domaine technique, et mes compétences commerciales et de négociation, que j'avais pu développer et exploiter chez D. [première entreprise]. Je suis entrée en contact avec cette société, P., qui m'a fait une proposition que j'ai jugée très intéressante, puisqu'il s'agissait d'un chiffre d'affaires supérieur, dans une structure beaucoup plus importante, et la création d'un bureau export. C'est un schéma, en plus, que j'avais déjà connu chez D., avec la création et la mise en place d'un service “export”, le recrutement de collaborateurs… Il est vrai que j'ai fortement intéressé aussi la société, puisque c'est un schéma que je connaissais. Cela me permettait de mettre à profit ces compétences dans un domaine technique différent et d'avoir une nouvelle formation.
[Description du produit et du système de commercialisation.]
Le consultant – C'est du consommable pour les fabricants ?
La candidate – Oui. Cette société familiale avait subi plusieurs changements de structure. Il n'y avait aucune démarche à l'export qui avait été développée. Au contraire, on avait laissé tomber tout un tas d'agents et de distributeurs, cette société réalisait plus de 80 % de son CA [chiffre d'affaires] export avec deux gros clients, un en [pays] et un en [pays]. Donc il y avait une dépendance très forte, qui s'est trouvée accentuée, car, quand j'ai intégré la société, les commandes n'étaient pas encore rentrées.
Le consultant – Vous avez récupéré ces clients ?
La candidate – J'en ai récupéré une partie, mais pas tous. Le but de mon embauche était de développer l'export avec d'autres pays, principalement en Europe, pour ne pas rester sur ces deux clients. Et donc de récupérer les agents qui avaient été laissés aux oubliettes. Quand j'ai intégré la société, j'ai retrouvé des devis auxquels on n'avait même pas répondu. On ne répondait même plus aux clients, c'est pour ça qu'il y a eu une grosse diminution du chiffre d'affaires export, il n'y avait pas d'études techniques, rien.
Le consultant – Aujourd'hui, vous avez gardé contact avec eux ?
La candidate – Avec P., non, pas spécialement. Avec certains collègues, oui, que j'ai appelés de temps en temps, mais pas plus que ça.
Le consultant – Le départ s'est passé moyennement ?
La candidate – Disons que la négociation a été quand même dure, parce que j'ai été très ferme. J'avais quitté un poste pour celui-là, j'avais changé de lieu de travail. Pour moi c'était un nouveau challenge, c'était intéressant, et j'ai été extrêmement déçue. J'ai été très ferme sur la négociation. Mais bon, on ne s'est pas quittés en mauvais termes.
Le consultant – Et ce P-DG, vous ne l'avez pas noté dans les références ?
La candidate – Non, vu qu'il n'a pas pu vraiment me juger en termes de résultats, puisque je n'ai pas pu faire du vrai développement commercial, et le contexte était difficile. À chaque fois que je le voyais, c'était pour lui dire que je ne pouvais pas faire ce qui était prévu… Et puis la négociation a quand même été serrée.
Le consultant – Mais vous vous êtes entendu quand même ? Il n'y a pas eu de prud'hommes derrière…
La candidate – Non, pas du tout, on s'est entendu, mais la négociation n'a pas été forcément facile, donc je ne sais pas s'il l'a encore un peu en travers ou pas. Il serait plus révélateur d'appeler quelqu'un chez D.
Le consultant – Que l'on soit bien clairs, la référence professionnelle est aussi chez D. [ex-hiérarchique]. Mais mon client peut me demander de vérifier dans quelles conditions le départ s'est passé, c'est tout ! Vu le contexte, c'est sûr qu'il ne va pas me tenir un quart d'heure au téléphone à votre sujet…
La candidate – Non, on est bien d'accord.
Le consultant – Mais vous pouvez me faire confiance pour faire la part des choses et comprendre ce qui s'est passé, c'est une situation courante. Ce n'est pas pour vérifier, je comprends bien que vous n'avez pas pu faire complètement vos preuves. De votre côté, vous n'êtes plus chez eux, donc il n'y aura pas d'incidence pour vous sur le plan professionnel. Si mon client me le demande, moi je ne vois pas comment je peux refuser, mais je me dois de vous demander avant.
La candidate – Pour moi, ce n'est pas nécessaire, mais si le client le demande, oui.

Commentaire

Tous ne le font malheureusement pas, mais certains cabinets de recrutement s'interdisent de prendre des références sans l'accord du candidat. “Nous lui demandons la possibilité de le faire et s'il refuse absolument, nous n'appelons pas.” Cependant, il n'est pas dans l'intérêt d'un candidat de refuser au cabinet de recrutement le contact avec ses précédentes entreprises. “Les seuls arguments que l'on peut entendre seraient l'existence d'un lien entre l'ex-supérieur hiérarchique et le hiérarchique actuel, si le candidat est en poste ou s'il pense retourner un jour dans l'entreprise.”

L'intérêt n'est pas tant de fouiller une situation qui a pu par exemple être conflictuelle, mais d'analyser la manière dont il présente la situation. “On peut ‘creuser’ pour voir comment on en est arrivé là, si les versions des faits sont diamétralement opposées… Concernant les prud'hommes, le candidat n'a pas intérêt à mentir, mais pas non plus à amener la question si elle n'est pas posée. Il faut éviter de se placer dans une situation embarrassante lors de l'entretien, mais présenter franchement ses propres explications.”

* Tous les entretiens dont des extraits sont publiés dans ce dossier ont été menés par Laurent Hyzy, chasseur de têtes, aujourd'hui directeur du cabinet Alterconsult et auteur du blog “Le recrutement tout simplement”, et par une consultante en recrutement du cabinet Alain Gavand Consultants.

POUR ALLER PLUS LOIN
À découvrir aux Éditions de l'Etudiant :
Le Guide du CV, de la lettre de motivation et de l'entretien d'embauche”,
par Dominique Perez, spécialiste du recrutement.

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