Un cadre présente à un recruteur son licenciement par un précédent employeur

Par Dominique Perez, publié le 24 Septembre 2016
5 min

Si vous avez été licencié, évoquer la fin de votre collaboration avec un ancien employeur peut être particulièrement complexe. Voici un exemple commenté de questions et de réponses extraites d'un véritable entretien d’embauche* et retranscrites dans l'ouvrage “Le Guide du CV, de la lettre de motivation et de l'entretien d'embauche” de Dominique Perez, spécialiste du recrutement.

Ayant eu plusieurs expériences de courte durée, le candidat doit expliciter chacune de ses transitions, en adoptant au maximum un langage de vérité.

Le recruteur – Vous êtes resté combien de temps [dans votre dernier poste] ?
Le candidat – Un peu plus d'un an.
Le recruteur – Un peu plus d'un an… Pour quelles raisons êtes-vous parti ?
Le candidat – De but en blanc, je dirais que j'ai été licencié. Si on va un peu plus loin dans l'analyse, je dirais que j'ai été le huitième d'une série de quatorze licenciements en un an et demi, dirigeants et cadres supérieurs. Il y a eu de très, très, très grands mouvements, donc si on replace tout ça dans son contexte, je dirais aujourd'hui que je n'ai pas grand-chose à me reprocher sur cette affaire, si ce n'est que, peut-être, je n'avais pas une tête qui revenait au P-DG d'alors.
Le recruteur – De qui dépendiez-vous ?
Le candidat – Je dépendais du P-DG de l'entreprise, qui lui-même a été licencié quinze jours avant moi.
Le recruteur – D'ailleurs, c'est quelqu'un avec lequel on pourrait éventuellement entrer en contact ?
Le candidat – Sans problème. Je ne vous l'ai pas donnée, mais j'ai une liste de références que je pourrais vous communiquer.
Le recruteur – Volontiers.
Le candidat – Il y a une dizaine de personnes avec qui vous pourrez entrer en contact.
Le recruteur – Vous êtes ensuite entré directement chez [nom de l'entreprise] ?
Le candidat – Au bout de trois semaines, le temps de m'inscrire dans une agence d'intérim.
Le recruteur – Et là, actuellement, vous êtes toujours en poste ?
Le candidat – J'ai terminé mon contrat d'intérim au mois de janvier de cette année et j'ai embrayé immédiatement chez [...], où je suis en ce moment.
Le recruteur – La précédente mission, c'était combien de temps ?
Le candidat – Elle a duré dix mois.
Le recruteur – Vous n'avez pas eu l'opportunité de rester ?
Le candidat – Il y aurait peut-être eu une opportunité par le prolongement d'une nouvelle mission d'intérim, mais de toute façon, pour moi, cette entreprise n'est pas ce que je recherche, j'ai besoin de vivre dans l'action, j'ai besoin de pouvoir décider. Certaines entreprises qui sont trop protocolaires ne me conviennent pas vraiment. J'ai besoin d'une certaine autonomie pour pouvoir travailler, j'ai aussi besoin d'une certaine latitude de décisions.
Le recruteur – Chez [...], vous y êtes jusqu'à quand ?
Le candidat – Jusqu'à fin octobre. Les perspectives d'évolution chez [...], je n'en parle pas, il n'en est pas question.
Le recruteur – Parce qu'il n'y en a pas ?
Le candidat – Oh si, c'est une entreprise qui bouge beaucoup et dans laquelle les salariés en CDI ou CDD sont nombreux, et cela ne fait que quelques mois que j'y suis. J'attendrai au moins le mois de septembre pour en parler. Deux mois avant, cela laisse le temps de se retourner.

Commentaire

Le recruteur souligne : “Ce type d'accident professionnel, qui s'est concrétisé pour ce candidat par un licenciement, est classique. Le candidat en parle directement, sans tergiverser. La vérité sort toujours très naturellement. Quand on parle de choses qui se sont vraiment passées, il n'y a pas d'hésitation. À partir du moment où c'est un peu arrangé, transformé, biaisé, on sent moins de naturel. Il peut arriver, dans la vie d'une entreprise, qu'un dirigeant génère de l'instabilité, qu'il y ait une grosse vague de départs, ou alors une situation économique qui provoque des licenciements massifs. Les derniers arrivés sont alors les premiers partis… c'est donc quelque chose de tout à fait plausible.”

Il reste cependant une petite interrogation pour la suite, le signe éventuel d'une forme d'instabilité professionnelle : le choix de l'intérim. “Ce n'est évidemment pas rédhibitoire pour prétendre au poste proposé, mais il est tout de même ‘questionnant’. À un certain niveau de poste, il est vrai que ce n'est pas une pratique courante, c'est presque toujours un palliatif. Je connais très peu de cadres qui font de l'intérim par vocation. C'est souvent faute de mieux. Cela veut dire que, derrière, il peut y avoir des questions. C'est au consultant de faire la part des choses, de connaître le contexte économique de telle activité, de tel métier. On ne pourra en effet pas mettre en cause quelqu'un qui fait de l'intérim pour subvenir à ses besoins sur un marché de l'emploi tendu. Si ce n'est pas le cas, on se pose la question.”

* Tous les entretiens dont des extraits sont publiés dans ce dossier ont été menés par Laurent Hyzy, chasseur de têtes, aujourd'hui directeur du cabinet Alterconsult et auteur du blog “Le recrutement tout simplement”, et par une consultante en recrutement du cabinet Alain Gavand Consultants.

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Le Guide du CV, de la lettre de motivation et de l'entretien d'embauche”,
par Dominique Perez, spécialiste du recrutement.

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