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Décryptage

Loi Travail : comment la webosphère lycéenne "prépare la riposte" pour la rentrée

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L'art du détournement publicitaire pour "préparer la riposte" à la loi Travail. // © LA__JAAR/Capture d'écran Twitter
L'art du détournement publicitaire pour "préparer la riposte" à la loi Travail. // © LA__JAAR/Capture d'écran Twitter

Après la rentrée des classes, la rentrée du mouvement anti-loi Travail. Pour préparer la mobilisation nationale du 15 septembre 2016, les organisations et groupuscules lycéens ne "lâchent rien" et chauffent les foules avec leur porte-voix favori : les réseaux sociaux.

À grand renfort de mots-clés comme "#Blocus15Septembre" ou de détournement d'images, les réseaux lycéens se préparent sur le Web à réactiver le mouvement contre la loi Travail. Dès ses débuts, les élèves du secondaire s'étaient illustrés par leurs cortèges – parfois tumultueux – et les blocus de leurs établissements. Malgré l'adoption en force de la loi El Khomri à l'Assemblée nationale le 21 juillet 2016, la protestation ne cesse pas. 

Le Mili, bloc autonome

En première ligne de cette contestation numérique, les militants du Mili (Mouvement inter luttes indépendant), composé surtout de lycéens mais aussi d'étudiants. Cette "avant-garde" militante, cagoulée et tout de noir vêtue, était très présente en tête des cortèges depuis le 31 mars. Sur Twitter et Facebook, avec ses 20.000 abonnés, elle appelle à "occuper les salles" des lycées. Elle propage aussi un texte pour "perturbe[r] ta ville et abroger la loi "travaille"", appuyée sur deux hashtags à la popularité grimpante, #PerturbeTaVille (près de 1.600 tweets postés le 12 septembre) et #Blocus15Septembre (à peu près autant).

Pour eux, comme pour les autres groupes radicaux lycéens, le Web est un laboratoire créatif. Ils y bricolent et peaufinent leurs objets digitaux : vidéos personnalisées, montages moqueurs, blogs militants, etc. Et remontent d'anciens visuels de leurs "exploits" passés : blocus de lycées, mises à feu de poubelles, etc. Quelques souvenirs de manif. 

Lire aussi : Loi Travail : la mobilisation de la jeunesse en timeline

Sur Facebook, on trouve ainsi un clip du Mili, visionné près de 50.000 fois, qui appelle à se remobiliser le 15 septembre. Il enchaîne, en musique, des images des précédents cortèges : policiers sous le feu des cocktails molotovs à Paris, violences urbaines, jets de pavés, militants habillés en guerriers. Pour eux, c'est l'occasion aussi de dire que leur combat contre la loi Travail est l'habillage d'une lutte plus globale, qui se veut opposée à "la société marchande et au capitalisme".

"Jamais un mouvement n'aura duré aussi longtemps et n'aura été aussi fort", démarre la vidéo.

Preuve qu'ils améliorent leur communication, la boîte de production Articulation a produit pour leur compte une vidéo de teasing en août, où deux "miliciens" apparaissent masqués et casqués au bord de la plage : "Le cortège de tête est en vacances".

Détournements de culture pop

Dans la constellation lycéenne, des élèves plus anonymes leur emboîtent aussi le pas. Les "casseurs digitaux" détournent des éléments de la culture populaire ainsi que les codes de la publicité. Ici, un jeune internaute se réapproprie des visuels Monsieur/Madame "Tête de cortège" (avec des bandages) et "CRS" (triste avec un sparadrap). Là, un autre propose un visuel façon IKEA pour faire de la pub à la manifestation, qu'il renomme... ÈMEÜT. Même Astérix est détourné :


D'autres, comme la JAAR (Jeunesse anticapitaliste révolutionnaire), des anarchistes qui mêlent lycéens et étudiants, sont friands de ces détournements. Drapeau noir et rouge en guise de logo, ils reprennent ici une célèbre marque de parfum :

Ces jeunes anarchistes deviennent viraux. Ils surfent sur Twitter en exhortant au même créneau radical : "Pas de retrait, pas de rentrée". Le 1er septembre, ils poussaient déjà au rassemblement : leur événement Facebook encourageait ses followers à "taguer les murs de [leur] ville/village avec des slogans et aussi [à] préparer la manifestation". 

De son côté, le tumblr La Rue ou rien se livre à un recueil des visuels de ces mouvements jeunes. Comme cette série d'affiches placardées à Lyon qui détournent des icônes de la culture pop : "Michael Jackson revient... en tête de cortège". S'en dégagent des slogans plus ou moins poétiques – "le PS en PLS [position latérale de sécurité]" ou "dans saboter, il y a beauté".

Coordinations lycéennes : "préparer la riposte"

Les pages Facebook des éphémères CNL (Coordinations nationales lycéennes), qui avaient le vent en poupe depuis le début du front anti-loi Travail, semblent à l'abandon depuis juin. Celle de Bordeaux s'est pourtant réveillée et lance des appels à "préparer la riposte". Un événement appelle là aussi à se rassembler Place de la Victoire, le 15 septembre, et compte 1.350 manifestants potentiels.

Comment mobiliser ? La CNL joue sur l'humour et bombarde Twitter avec de fausses citations de Nadine Morano et de l'académicien Alain Finkielkraut :

Les tradis, FIDL et UNL

La communication est plus sobre du côté des deux syndicats lycéens traditionnels, l'UNL (Union nationale des lycéens) et la FIDL (Fédération indépendante et démocratique lycéenne). Et forcément moins virale que les visuels guerriers du Mili. 

Le FIDL relaie ainsi ses passages à la Fête de l’Humanité, mais sa communication numérique flanche un peu : seulement six abonnés à son événement du 15 septembre. Pour sa part, l'UNL minimise les préparatifs numériques et se contente de relayer les communiqués des autres syndicats opposés à la loi Travail :

Ni la rue, ni les réseaux sociaux n'ont fini d'entendre parler de la loi Travail.