1. Entrer à Canal+ : originalité exigée
Décryptage

Entrer à Canal+ : originalité exigée

Envoyer cet article à un ami

Google, Canal+, Veolia, LVMH, EADS… Comment entre-t-on dans ces entreprises stars où rêvent de travailler les étudiants des écoles de commerce et d’ingénieurs ? Quels profils privilégient-elles ? Comment se faire repérer par leurs recruteurs ? Zoom sur ce qui marche pour être pris dans 7 sociétés classées aux premières places du Top 100 Universum des “employeurs idéaux”.

Le fameux “esprit Canal”, vous en avez forcément déjà entendu parler… Sachez que ce n’est pas qu’une formule en l’air ! Au sein de la chaîne privée, classée 5e des entreprises préférées des jeunes diplômés en commerce (classement Universum), ça tournerait presque à l’obsession. Cette originalité, ce petit grain de folie, Sophie Guieysses, la DRH (directrice des ressources humaines) du Groupe Canal, et ses équipes les pistent partout chez leurs futures recrues, y compris pour des postes de chargés d’études statistiques.


Des commerciaux, des ingénieurs, des techniciens, des fonctions support

Canal+, ce n’est donc pas que des paillettes. “Nous ne l’ébruitons pas trop parce que nous nous devons de faire rêver, mais nous sommes un vrai business, reconnaît Sophie Guieysses. Avec des objectifs et des chaînes de production industrielle.” Et finalement, sur la centaine de jeunes recrutés par an (avec moins de 5 ans d’expérience), très peu de fonctions “glamour” ou “people” à la Charlotte Le Bon ou Mouloud Achour. Mais des chargés de business développement, des chefs de projet marketing publicité, des chefs de projet technique, des comptables… Pour autant, tous doivent être “créatifs et à l’avant-garde”.


“Grands matchs” et réseaux sociaux pour repérer les potentiels

Ce credo, les responsables du recrutement commencent par se l’appliquer à eux-mêmes. Impensable pour eux de faire comme les autres, y compris dans ce domaine. Leur fierté ? Les “grands matchs”. Chaque année, les étudiants d’une dizaine d’écoles de journalisme planchent sur des sujets concrets, à la fois en sport et en informations générales. Une partie d’entre eux passent ensuite devant un panel de professionnels dans les conditions du direct. Les 2 ou 3 meilleurs sont gardés pour un stage long. Nouvelle trouvaille en 2011 : le “grand match de l’innovation” pour imaginer la “télévision de demain” : des jeunes qui ne se connaissent pas, originaires d’écoles différentes, se regroupent par équipes mixtes pour travailler sur un projet.
Autre voie d’accès, les réseaux sociaux : LinkedIn (les recruteurs sont en veille sur les profils intéressants), … et bientôt Facebook avec une communauté d’anciens stagiaires Canal+, avec en projet des publications régulières d’offres d’emploi.


Doubles ou triples diplômes

Ils le reconnaissent donc eux-mêmes : entrer à Canal+, ça se mérite ! La chaîne recrute essentiellement parmi les formations d’excellence : Sciences po et grandes écoles. Mais bientôt un tel bagage ne sera plus suffisant : désormais, les doubles voire les triples (!) diplômes ont la cote, du type ingénieurs/commerce, sciences/HEC… “C’est un gage de curiosité et d’ouverture d’esprit”, justifie Sophie Guieysses.
Quelques masters très spécialisés, comme le master média de l’ESCP Europe ou le master juridique D2A (droit, économie et gestion de l’audiovisuel) de Paris 1, (dans lesquels certains managers du groupe enseignent) sont particulièrement bien vus. “Mais nous ne cherchons pas des clones, tempère la directrice des ressources humaines. Si nous tombons sur des jeunes compétents, motivés, créatifs, courageux… provenant d’autres horizons. Nous sommes ravis de les rencontrer !”
Le portrait-robot du candidat idéal selon elle ? “Inventif, moderne, bien dans son époque, excellent dans son domaine de compétence, avec la capacité d’avoir des convictions et de les défendre et, surtout, du courage. Nous sommes dans un secteur très concurrentiel, en pleine révolution numérique. Il faut savoir réagir, oser pousser les murs !”


Le processus de recrutement, un “parcours du combattant”

Vous vous reconnaissez dans cette description ? Vous allez avoir largement l’occasion d’en faire la preuve, puisque 4 à 7 entretiens attendent les candidats avant d’être intégrés ! “J’ai eu droit à un rendez-vous avec un chargé des ressources humaines, puis mon potentiel ‘n+1’, son supérieur hiérarchique, l’un des responsables de Studio Canal Et pour finir, j’ai rencontré Bertrand Méheut, le grand patron”, raconte Antoine*, juriste de 32 ans, entré en 2007 à Canal+. “Avec lui, ça a été très rapide, c’était juste pour faire rapidement connaissance. Mine de rien, ça marche, on se sent important, membre de la famille… Surtout, ça compense le parcours du combattant vécu avant ! Parce que, franchement, on arrive un peu épuisé nerveusement à la fin du processus de recrutement.”
Des procédures lourdes que la DRH justifie : “C’est assez lourd comme process, mais cela s’explique par le fait que nous ne recrutons pas pour un poste, mais surtout pour un potentiel d’évolution dans le groupe”. “Au final, nous avons des salariés faits pour la maison, bien intégrés, et donc un turn-over extrêmement bas.”


“Être béton sur le groupe”

Ce qui peut faire pencher la balance lors des entretiens ? “Les yeux qui brillent”, assure Sophie Guieysses. “Être béton sur le groupe, affirme de son côté Antoine. On m’a interrogé sur le nombre d’abonnés, la façon dont Canal est distribué, les difficultés rencontrées par le groupe, les prochains défis à relever… Je sais qu’ils ont aussi beaucoup apprécié le fait que j’organise des festivals de musique. Parfois, les entretiens portaient plus là-dessus que sur le poste ! Mais ce qui m’a le plus déstabilisé, ce sont les questions “geek’ : on m’a demandé comment j’utilisais Internet et les réseaux sociaux, comment Canal pouvait y être présent… J’imagine qu’en ce moment, il y a beaucoup de questions sur les smartphones et la télévision sur mobile.” À l’avant-garde, on vous dit !


> Postuler chez Canal +

(*) Les prénoms ont été changés à la demande des intéressés.

Sommaire du dossier
Retour au dossier Être embauché chez Google : pour “happy few” seulement EADS : un rêve à la portée des ingénieurs multilingues EDF : les filles, postulez ! Entrer à Canal+ : originalité exigée Postuler chez L’Oréal : pourquoi ne le vaudriez-vous pas ? Le recrutement chez Veolia : la prime aux qualités humaines Entrer chez LVMH : être en phase avec les valeurs de la marque