Comment devenir ingénieur au CNRS

Par Isabelle Maradan, publié le 08 Avril 2014
8 min

Élèves ingénieurs, vous êtes de plus en plus nombreux à rêver d’intégrer le CNRS (Centre national de la recherche scientifique). En effet, l’établissement public de recherche fait son entrée à la 8e place dans le Top 10 2014 des employeurs préférés des étudiants, réalisé par l’Institut Trendence. Comment recrute cet organisme ? Quels sont les profils les plus recherchés ? Conseils et témoignages sur les stratégies gagnantes.

Les concours

Première chose à savoir : pour travailler au CNRS, il faut soit être pris en CDD (contrat à durée déterminée), soit être recruté sur concours. Après une école d’ingénieurs reconnue par la CTI (Commission des titres d’ingénieurs) ou après un doctorat, vous pouvez ainsi devenir ingénieur de recherche. Vous pouvez également concourir sur un poste d’ingénieur d’études, accessible avec une licence 3 minimum.

Sachez que les places de fonctionnaires (stagiaires, dans un premier temps) sont très chères. Vous avez en effet moins de 1 % de chances de faire partie des lauréats qui décrochent un poste par concours. Sur 183 postes ouverts en IT (ingénieurs et techniciens), 50 postes étaient dédiés aux ingénieurs au concours 2013 et on comptait 7.900 candidats”, détaille Stéphane Pagnat, chargé du pilotage des campagnes de recrutement.

Il relève également que des ingénieurs diplômés qui ont candidaté sur le “corps inférieur”, c’est-à-dire comme ingénieur d’études, sont souvent frustrés au bout de trois ou quatre ans d’exercice. Mais rien ne les empêche de tenter ensuite un concours interne ou externe d’ingénieur de recherche.

Boostez vos chances avec CDD

Vous pouvez mettre un pied dans l’établissement public de recherche en décrochant d’abord un contrat à durée déterminée. “Au CNRS, 70 % des recrutés sur concours ont déjà occupé un poste en CDD”, évalue Stéphane Pagnat, qui reconnaît volontiers que “cela marche comme beaucoup d’entreprises privées : on teste les gens en CDD et on les recrute ensuite”.

Un parcours vécu par Sibylle Téchené, 28 ans, ingénieure de recherche stagiaire au CNRS depuis quatre mois. Diplômée de Télécom Sud-Paris, la jeune femme a quitté un CDI dans l’industrie pour un premier CDD d’une durée de un an au CNRS. Finalement, après trois ans en CDD, l’ingénieure informatique a décroché un poste par concours à l’Institut d’astrophysique de Paris. “Le projet impliquait des gens avec lesquels j’avais déjà travaillé en CDD sur un projet dont l’objectif était, en gros, de comprendre ce qui s’est passé juste après le big-bang”, décrit l’ingénieure.

Un concours = un poste précis

Aux concours du CNRS, être “préféré” parce qu’on est déjà connu n’a rien de choquant. Car un concours du CNRS ne ressemble pas à la plupart de ceux de la fonction publique. En effet, il s’agit là d’un concours “sur titre et travaux”. En clair, cela veut dire qu’il y a un poste et un seul à la clef, que le profil de poste est très précis et que ce “concours” ressemble à s’y méprendre à un recrutement dans le secteur privé. Si vous réussissez, vous êtes recruté pour travailler dans tel laboratoire, à tel endroit et sur un projet de recherche précis.

C’est le cas de Florent Blanchard, 27 ans, ingénieur d’études stagiaire au CNRS dans un service de cristallographie structurale à Gif-sur-Yvette (91) depuis janvier 2014. Titulaire d’un diplôme de l’École nationale supérieure de chimie de Rennes et d’un doctorat, il fait partie des 30 % des lauréats d’un concours du CNRS qui ne sont pas passés par la case CDD. “En lisant le profil, je me suis dit qu’il ne manquait que mon nom dessus et cette idée ne m’a pas quittée”, confie Florent. Pour faire comme lui, “commencez par bien vous renseignez sur la nature des recherches en cours dans le labo qui recrute, conseille Stéphane Pagnat. Et regardez aussi quel type de machines il possède.”

Soyez extrêmement motivé(e)

Florent Blanchard est entré sur concours dans un service où sont analysés des matériaux grâce à un “diffractomètre de rayons X”. Outre les connaissances théoriques précisées sur la fiche de poste, c’est parce qu’il avait déjà manipulé cette machine qu’il a obtenu le poste pour lequel un concours avait été ouvert. Florent estime “être tombé au bon endroit au bon moment”.

Parmi ses dix compagnons de thèse, il est le seul à avoir décroché un CDI juste après son doctorat. La compatibilité entre son profil et celui du poste a joué un rôle essentiel. Et la motivation a fait le reste. “Si on voit un profil qui correspond à ses compétences, il faut y aller avec le couteau entre les dents. C’est ce que j’ai fait, même si ce n’est pas mon tempérament”, reconnaît le fonctionnaire stagiaire. Sur le fait d’avoir décroché un concours d’ingénieur d’études et pas de recherche, Florent reconnaît que “le poste qui était en face a compté davantage que le grade”.

Multipliez les expériences

Florent Blanchard conseille de multiplier les expériences au cours de vos études. “J’ai commencé à Rennes dans le labo d’un enseignant-chercheur. Puis, je suis allé au CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives), à Avignon, pendant mon stage de master 2. J’y ai rencontré des gens d’une équipe de Lille, au sein de laquelle j’ai fait ma thèse de doctorat en contrat Cifre chez Areva. J’ai ensuite appris l’existence du poste au CNRS par un ami doctorant. C’est ce qu’on appelle le réseau”, raconte-t-il, ajoutant que tout serait sans doute très différent s’il était resté à Rennes. C’est pourquoi il insiste sur la mobilité, conseille de “bouger”, de “rencontrer beaucoup de chercheurs déjà installés” et de “ne pas hésiter à aller à l’étranger”.

Aimez aller jusqu’au fond des choses

Les principaux points communs de Florent Blanchard et Sibylle Téchené ? Avoir choisi un métier qui a du sens et aimer approfondir les sujets. Après avoir travaillé un an pour l’industrie militaire, la jeune femme apprécie aujourd’hui de pouvoir “aller au fond des problèmes” et d’“avancer dans [ses)] connaissances”. À l’Institut d’astrophysique de Paris, elle trouve “génial que [son] métier d’ingénieure informatique puisse ouvrir sur la cosmologie et l’astrophysique”.

De son côté, le jeune homme de 27 ans n’a jamais été attiré par “la science telle qu’on la pratique dans l’industrie”. Selon lui, dans ce domaine, “la science est perçue comme une manière de résoudre des problèmes techniques et pratiques. Si on voit quelque chose d’intéressant à côté, on ne peut pas creuser.” Son envie de faire de la recherche, “d’approfondir”, ou encore de “faire de la science pour la science”, est née au cours son stage de master 1 dans un laboratoire universitaire.

Pas pour le salaire

“Avoir une copine qui bosse au CNRS, ça fait classe, mais quand je donne mon salaire, les gens tombent des nues”, reconnaît Sibylle Téchené. À 28 ans, cette ingénieure diplômée de niveau bac + 5 perçoit en moyenne 1.900 € net par mois, “sur douze mois, en comptant les primes pour la recherche”, précise-t-elle. Rien à voir avec les salaires de l’industrie où elle percevait “un très bon salaire, sur treize mois et demi”. Mais Sibylle ne regrette pas d’avoir “fait passer l’intérêt du travail devant le salaire”. D’autant qu’elle n’a aucun doute sur le fait de pouvoir “décrocher facilement un travail mieux rémunéré, si besoin”.

Trouver un CDD au CNRS

Vous trouverez sur les offres de CDD sur le portail emploi du CNRS. Le site permet d’effectuer une recherche géographique sur toute la France et de déposer votre CV dans la CVthèque. En 2013, plus de 1.400 diplômés de niveau bac + 5 ont été recrutés au CNRS en CDD.

À noter : le CNRS révèle de vrais manques d’ingénieurs en informatique. Également recherchés : des ingénieurs susceptibles de travailler sur des sujets pointus, en physique des particules, ou encore en mécanique. “Nous avons besoin d’ingénieurs en conception mécanique amenés à concevoir le matériel d’appui à la recherche”, précise Stéphane Pagnat, chargé du pilotage des campagnes de recrutement.

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