Génération Y - Avis d'expert : Olivier Galland, spécialiste des questions de jeunesse

Par Emmanuel Vaillant, publié le 03 Mars 2010
4 min

Vous êtes nés entre la fin des années 70 et le milieu des années 90 ? Alors vous faites partie de la génération Y. Moins riches mais plus diplômés, vous êtes aussi moins indépendants mais plus autonomes, moins collectifs mais plus interconnectés, moins intéressés par les partis politiques mais plus mus par le désir d’être utiles socialement… Portrait de votre génération qui ne manque pas d’atouts pour affronter la crise.

"Ceux qui ont accumulé des diplômes et de l’expérience trouvent un emploi stable"

Génération Y - Olivier Galland - sociologueDirecteur de recherches au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), le sociologue Olivier Galland est spécialiste des questions de jeunesse. Il est notamment l'auteur de "Les jeunes Français ont-ils raison d’avoir peur ?" (éditions Armand Colin, 2009). Interview.

Vous rappelez que la jeunesse vit une crise de confiance, une crise sociale et une crise des valeurs et, pourtant, vous réfutez le terme de "génération sacrifiée". Pourquoi ?


Il est sûr que les jeunes Français sont parmi les plus pessimistes des Européens. Les sondages montrent entre autres qu’ils sont convaincus que leur avenir sera moins rose que celui de leurs parents. Ont-ils raison ? C’est à voir. Ce qui est le plus préoccupant est que l’on assiste, sous couvert d’égalitarisme, à une polarisation sociale de la jeunesse en deux groupes : ceux qui ont des diplômes et ceux qui sortent du système éducatif initial sans diplôme. Cette fracture-là est prégnante et les non-qualifiés sont menacés par la marginalisation. En revanche, pour les étudiants, on a tendance à noircir le tableau, notamment du point de vue de la précarité et de l’insertion. C’est en ce sens qu’on ne peut pas parler de "génération sacrifiée".

Les diplômes constituent-ils réellement la garantie d’une bonne insertion ?


Certes, tous les diplômes ne mettent pas à l’abri des difficultés que rencontrent les jeunes sur le marché de l’emploi. Par exemple, les diplômés en lettres et sciences humaines rencontrent de réelles difficultés. Il n’en reste pas moins que le diplôme est un avantage relatif de plus en plus important. Hormis l’effet conjoncturel de la crise actuelle, toutes les enquêtes, notamment celles du Céreq (Centre d’études et de recherche sur les qualifications), montrent que la situation des diplômés à bac +5 reste favorable sur le plan de l’insertion. Les jeunes diplômés au moins à bac +2 connaissent un taux de chômage deux fois moins élevé que les non-diplômés. On note aussi qu’en Europe, contrairement à ce que l’on peut penser en se focalisant sur certaines difficultés, les jeunes diplômés français semblent parmi les plus satisfaits de leur formation : si c’était à refaire, plus des deux tiers choisiraient la même formation et le même établissement.

Mais les conditions d’entrée dans la vie active ne sont-elles pas plus fragiles, à force de stages et de contrats précaires ?


La jeunesse est de plus en plus une phase de la vie que l’on peut définir comme une phase d’expérimentation. On est dans un contexte très différent de la période où l’on sortait du système éducatif avec un diplôme qui correspondait à un emploi que l’on occupait immédiatement. L’adéquation entre les aspirations générées par le diplôme et le statut auquel on va accéder est un travail d’ajustement qui est long, compliqué, qui se fait par itération, par essais, erreurs… On peut regretter que les jeunes ne soient pas assez accompagnés dans cette période instable. Mais, pour la plupart de ceux qui ont accumulé des diplômes et de l’expérience, cette période se termine bien et ils trouvent un emploi stable.

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