Les réseaux, la force de la génération Y

Par Emmanuel Vaillant, publié le 03 Février 2010
5 min

Vous êtes nés entre la fin des années 70 et le milieu des années 90 ? Alors vous faites partie de la génération Y. Moins riches mais plus diplômés, vous êtes aussi moins indépendants mais plus autonomes, moins collectifs mais plus interconnectés, moins intéressés par les partis politiques mais plus mus par le désir d’être utiles socialement… Portrait de votre génération qui ne manque pas d’atouts pour affronter la crise.

Que ce soit pour vos relations sociales, pour vous donner rendez-vous dans une soirée avant de la commenter le lendemain, ou encore pour décrocher un emploi et ne pas perdre une belle opportunité d’en changer, votre génération dite des "Why" s'est pleinement emparée des réseaux sociaux.


96 % des 18-24 ans sont membres d'un réseau social en ligne


Selon la dernière enquête de l’Observatoire IFOP des réseaux sociaux, 96 % des jeunes âgés de 18 à 24 ans déclarent être membres d’au moins un réseau social en ligne. Avec Internet comme avec le téléphone portable, "le rapport au temps a changé, analyse le sociologue Francis Jauréguiberry. Cela rend possible l’ubiquité – être ici et ailleurs –, la permanence – ne jamais être séparé des êtres aimés –, l’immédiateté – ne plus attendre. Pour ces jeunes, davantage de choses peuvent être vécues dans le même laps de temps."

Pour Camille, 23 ans, étudiante en troisième année de médecine à Paris et 567 "amis" sur Facebook, c’est une évidence : "Contrairement à ce qu’on entend souvent dire, je ne suis pas dans un monde virtuel. Simplement, les liens sont plus faciles, plus immédiats. Récemment, j’ai pu discuter sur Skype avec un copain parti 6 mois pour un travail de recherche en géographie au fin fond de l’Ouzbékistan. Ma seule crainte, c’est qu’on n’ait plus rien à se raconter quand il reviendra !"


Un danger, la transparence ? Vous gérez !

Qui dit réseaux sociaux dit identité numérique, c’est-à-dire un profil, avec des photos, des informations personnelles et professionnels et des liens qui permettent d’exister sur le Web et de se faire une "réputation". Au risque d’inquiéter les parents. "Il y a une vision caricaturale sur la dangerosité du Net, note Jean-Marc Manach, journaliste pour internetactu.net, site consacré aux enjeux d’Internet et à ses usages. Contrairement à une idée reçue, Internet est un espace public et social dans lequel les jeunes savent très bien gérer la transparence, d’autant plus que les différents outils utilisés sont d’un usage très facile."
Si Yoann, 24 ans (356 "amis" sur Facebook, inscrit sur Copains d’avant, son profil sur Viadeo et récemment converti à Twitter), a bien conscience des risques, il estime maîtriser la situation : "Comme tout le monde, j’ai entendu parler des histoires à faire peur sur tel patron qui repère l’un de ses salariés sur le Net via des photos compromettantes. Or c’est exceptionnel, et à partir du moment où l’on ne fait pas n’importe quoi, il n’y a aucun risque. Que des avantages côté pro. Dans l'informatique, les nouvelles technos – mais pas que ! –, à compétences égales, un recruteur va embaucher quelqu’un qui est sur Viadeo et LinkedIn."


Votre credo : faire tourner l’info

L’usage du Net n’est pas sans conséquence pour cette génération Y, qui a tendance à se défier des médias traditionnels, qui a la réputation d’être insensible aux techniques de marketing classiques et de préférer se référer à ses propres réseaux. "Je ne suis pas sûr que l’on soit plus critique et plus distancié que les autres générations, relativise Raphaël, 24 ans, 163 "amis" sur Facebook. On a juste intégré le fait que ce n’est pas celui qui a l’information qui détient le pouvoir."
Pour Jean-Marc Le Gall, consultant en stratégies sociales, cet élément est décisif : "Les entreprises sous-estiment le choc que va représenter l’intégration de cette génération “always on” qui maîtrise bien mieux les nouvelles technologies et les systèmes d’information que leur hiérarchie. Il va falloir que les managers comprennent que l’accès à l’information, ce n’est ni l’intranet, ni ce que dit le chef. Avec l’arrivée de ces jeunes diplômés, le management va devoir se poser de vraies questions sur le partage de l’information."


Votre vie privée bientôt au bureau ?


Espaces privés, espaces professionnels, les frontières s’estompent. "On dit souvent que les nouvelles technologies de l’information font entrer le travail dans la sphère privée. En retour, les entreprises vont devoir s’habituer à ce que les jeunes salariés ramènent aussi de la vie privée au boulot", pronostique Jean-Marc Manach. Dialoguer avec ses amis sur Facebook, voire faire ses courses en ligne depuis son bureau n’a rien de scandaleux pour des jeunes diplômés adeptes du donnant-donnant.

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