Travailler dans les jeux vidéo à l’international : où partir ?

Par Jean-Michel Oullion, publié le 04 Septembre 2013
7 min

Selon votre métier : programmeur, infographiste 3D ou encore producer de jeux vidéo, les pays où postuler ne seront pas les mêmes. Voici quelques conseils prodigués par Jean-Michel Oullion, auteur du guide Les métiers des jeux vidéo et de l’animation, publié aux éditions L’Etudiant (extraits).

Les métiers des jeux vidéos et de l'animationSi votre profil est très technique, oubliez les pays de l'Est car les sociétés disposent déjà sur place d'un abondant vivier de programmeurs et de graphistes.

C'est la même chose en Asie (Chine, Corée, Japon) où les postes proposés seront plutôt ceux de gestionnaires, de chefs de projet ou alors de techniciens expérimentés (lead programmer, lead artist).

En Europe, vous pouvez viser la Scandinavie (Suède, Norvège, Danemark), l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Espagne, et sur le continent américain, essentiellement le Canada et les États-Unis. Nous évoquons ici plus en détail des témoignages en Angleterre, au Québec et en Norvège.


Le Royaume-Uni : une meilleure reconnaissance

 

Le Royaume-Uni continue de séduire quantité de pros du jeu français. La vie en entreprise est une source de surprises : par exemple, on risque de ne vous serrer la main que le premier jour pour vous féliciter de votre embauche ! Les horaires de travail légaux sont plus longs et les vacances plus courtes qu'en France. Mais la rémunération peut être deux fois supérieure à celle accordée chez nous, à poste équivalent.


L'expérience d'Hugues

En Angleterre, il est également possible d'adopter une démarche plus spontanée en proposant directement ses services. C'est l'aventure qu'a menée Hugues Giboire.

Lassé de travailler en France, "où des responsables de sociétés considèrent qu'on devrait s'estimer heureux, déjà, d'avoir un emploi", Hugues envoie son CV d'infographiste, accompagné d'un portfolio, dans une agence de recrutement spécialisée dans les métiers du jeu vidéo. Parmi les offres qu'il reçoit, il accepte celle du studio Ninja Theory, à Cambridge, qui le nomme lead artist au bout de deux mois.

Il estime trouver en Angleterre la juste reconnaissance de ses compétences : "C'est une des raisons majeures pour laquelle j'avais décidé de venir travailler en Angleterre. La profession y était mieux reconnue, beaucoup de compagnies implantées en Angleterre font partie de l'histoire même du jeu vidéo. La considération étant meilleure, les salaires ont suivi, au bas mot le double ou le triple de ceux que l'on offre en France – le coût de la vie est cependant supérieur."

Après cinq ans passés outre-Manche, consacrés notamment au jeu Heavenly Sword sur PS3, Hugues, devenu directeur artistique, a rejoint en tant que senior artist les effectifs de Digital Extremes (jeux Bioshock) au Canada. Un pays qui fait miroiter de belles promesses aux yeux des jeunes talents français.


L'eldorado québécois

 

Le Québec s'affirme de plus en plus dans sa position de plaque tournante du jeu vidéo en Amérique du Nord et connaît une croissance soutenue en termes d'emploi depuis plus de dix ans.


Des avantages fiscaux qui attirent les plus grandes sociétés

Incitées par les avantages fiscaux, de nombreuses sociétés de stature mondiale se sont implantées à Montréal comme Electronic Arts, Activision, THQ, Eidos et les Français d'Ubisoft. En 2012, l'industrie du jeu vidéo au Québec (plus de 60 sociétés) représente environ 9.000 emplois. Selon l’enquête de TechnoCompétences, la croissance de l’emploi dans l’industrie du jeu au Québec se situe entre 5 % et 10 % en 2013.


Des postes à pourvoir

Pour certains postes, les studios canadiens éprouvent des difficultés à recruter. Les plus difficiles à combler sont ceux en lien avec la production artistique (animateurs 2D et 3D, concepteurs d'interface, modeleurs, etc.) et la programmation. Cette dernière pose le plus de défis car les studios convoitent des candidats possédant une combinaison de compétences dans des langages spécialisés de programmation ainsi qu'une expérience validée dans le domaine du jeu électronique (de 2 à 7 ans).


S'intégrer, une difficulté

Le Canada est peut-être la terre promise des studios de jeux vidéo, mais pour les salariés, la réalité est plus prosaïque. Certes, les postes sont bien rémunérés, mais les conditions de travail sont parfois décevantes. Au sein d'équipes de développement plus grandes, les tâches s'apparentent à du travail à la chaîne et les lois sociales sont moins favorables qu'en France.

Estelle Jacquemard est une Française, directrice des studios Longtail, spécialisés dans les jeux vidéo pour console portable. Elle décrypte la réalité du travail dans les jeux vidéo au Québec : "Contrairement à une image largement répandue, le Québec – et pour être exact la ville de Québec plus que Montréal – a du mal à intégrer ses immigrants. C'est vrai que la province tend à favoriser l'intégration de programmeurs étrangers. Mais pour les autres domaines, c'est beaucoup plus difficile, d'autant plus que le Québec ne reconnaît pas tous les diplômes étrangers."


Une évolution "à l'américaine"

Cela dit, si l'intégration peut être difficile, une fois qu'on a trouvé un emploi décent correspondant à ses compétences, l'évolution est typiquement américaine : "un bon employé peut évoluer très vite en termes de salaire comme de responsabilités", reconnaît Estelle.


Conseils utiles

Aux jeunes talents prêts à partir, Estelle conseille, en premier lieu, de demander une équivalence de diplômes auprès de la province du Québec : "Les employeurs ont besoin de comprendre sur le CV les études effectuées par le candidat, et c'est plus facile si ce sont les termes québécois qui sont utilisés. Ensuite, vous devez faire attention au type de visa demandé : certains s'obtiennent très facilement et très vite (permis vacances-travail par exemple) mais ne se renouvellent pas. L'idéal est de faire depuis la France la demande de résidence permanente et d'arriver au Québec avec ce visa déjà obtenu. Cependant, les démarches sont longues et coûteuses et il vaut mieux être sûr d'avoir envie de rester."


Le jeu vidéo à la sauce scandinave

 

Mickaël Pointier, lead programmer, a décidé de poursuivre sa carrière dans le nord de l'Europe. Après une expérience dans le studio lyonnais Eden, il postule comme programmeur senior outils auprès de la société norvégienne Funcom : "En fait, l'été précédent, j'avais rendu visite à des amis dans le nord de la Norvège et j'avais constaté que c'était vraiment un pays sympa. J'ai donc remis à jour mon CV, préparé une lettre de motivation et envoyé le tout à la société Funcom, en réponse à une offre diffusée sur leur site."

Funcom le contacte d'abord pour un entretien par téléphone, puis lui paie un billet d'avion pour un entretien d'embauche à Oslo. "Sur place, j'ai eu droit à un test de C++ de vingt minutes, suivi d'un entretien avec, dans la foulée, la présentation de la société et de ses activités. Le lendemain, je recevais un e-mail avec une proposition chiffrée et un contrat en pièce jointe."


De meilleurs salaires pour une vie plus chère

"Côté salaire, tout est relatif. Il faut toujours prendre en compte le coût de la vie sur place (transports, loyers, nourriture, Internet, électricité, chauffage, etc.). Par exemple, si l'on convertit mon salaire norvégien en euros et qu'on le compare à mon salaire à Lyon, c'est super ! Jusqu'à ce que l'on s'aperçoive qu'en Norvège, la vie est beaucoup plus chère !"


On s'expatrie si on aime la neige !

"Je recommande définitivement l'expatriation, si on en a les capacités. Comme il faut réussir à s'intégrer un minimum, il faut bien se renseigner sur le pays, y trouver des contacts et y passer au moins une semaine avant de s'engager. Se retrouver coincé dans un pays ou une culture que l'on n'aime pas, loin de sa famille et de ses amis, peut être mal vécu. Typiquement, les gens qui vont en Norvège ou au Canada doivent s'attendre à avoir des hivers longs, froids et neigeux. Vous n'aimez pas la neige ? Vous serez malheureux. Vous êtes fan de snowboard ? Vous serez heureux !"

"C'est la même chose en Angleterre ou aux États-Unis. Si vous tenez absolument à vos 35 heures, vos RTT et vos cinq semaines de vacances, laissez tomber !"

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