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Jobs étudiants : pour ou contre ?

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Contrairement aux idées reçues, les jobs étudiants n’ont pas forcément un effet négatif sur la réussite scolaire des jeunes. Sous certaines conditions… Le point sur la question.

Vente, cours particuliers, encadrement de centres aérés, télémarketing, surveillance... Les étudiants sont de plus en plus nombreux à occuper un petit boulot pour financer leurs études, leurs loisirs, leur logement. Ainsi, selon les chiffres avancés par l’OVE (Observatoire de la vie étudiante), huit étudiants sur dix ont une expérience de "l’activité salariée" - ce qui comprend aussi bien un emploi régulier qu'un petit boulot exercé de façon déclarée ou non. Autre donnée de poids : plus de 40 % des étudiants travaillent pendant l'année universitaire. Un chiffre en constante augmentation ces dernières années. "Le pouvoir d'achat des étudiants plonge, à mesure que les loyers augmentent et que les aides sociales stagnent", assure Michaël Zemmour, responsable de l'aide sociale à l'UNEF (Union nationale des étudiants de France). Résultat, selon le syndicat étudiant, les petits boulots sont de plus en plus "contraints". "80 % des jobs étudiants sont sans aucun lien avec les études", poursuit Michaël Zemmour. Cette "déconnexion" est particulièrement courante chez les étudiants en lettres et sciences humaines qui peinent à trouver un boulot dans leur domaine.

Des jobs étudiants tantôt dévastateurs…


Les conséquences sur le parcours universitaire peuvent parfois être désastreuses. Différentes études, citées dans le récent rapport publié par le Conseil économique et social sur le "Travail étudiant", ont montré que le décrochage dans les études était davantage lié à une somme de travail hebdomadaire qu'à la nature même du job. Au-delà de 15 heures de travail par semaine, il a été prouvé qu'il existait de forts dommages collatéraux : diminution d'heures de sommeil, moins d'exercice physique et augmentation de la consommation de tabac et d'alcool. Autant d'éléments qui ont une très mauvaise influence sur le travail proprement scolaire. Toujours selon l'enquête de l'OVE, cette situation concerne tout de même 20 % des étudiants en emploi. Leur taux de réussite aux examens est inférieur de 40 % à celui des étudiants inactifs.

… tantôt formateurs


En revanche, les mêmes études montrent qu’en dessous d'une quinzaine d'heures travaillées par semaine, l'impact sur la réussite scolaire est faible. Dans les cas où le job étudiant n'empiète pas trop sur le temps des études, il peut même se révéler très formateur : "Je rencontre beaucoup d'étudiants en première année qui travaillent deux à trois heures par semaine et pour qui cette expérience fait pleinement partie de l'apprentissage de l'autonomie. Cela leur procure une forme de fierté d'arriver à se débrouiller par eux-mêmes", explique Julie Coudry, fondatrice et directrice de la Manu. Si pour la plupart des étudiants, le petit boulot a bien un "rôle alimentaire", "il permet aussi de développer des expériences du monde du travail, de faciliter l'entrée dans la vie active, d'acquérir des connaissances utiles pour la vie professionnelle", note Valérie Cohen-Scali, chercheuse en psychologie sociale, dans une étude du Credoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie).

Un savoir-faire à valoriser


Du reste, la plupart des étudiants mentionnent ces jobs dans leur CV comme de véritables expériences. Et ce, souvent fort à propos… "L'étudiant qui travaille chez nous ne le vit pas comme un "petit boulot", explique Hubert Mongon, vice-président des ressources humaines chez Mc Donald's France. Embauché en CDI (contrat à durée indéterminée), il a accès au même parcours de formation en interne que les autres salariés et nous avons vis-à-vis de lui la même attente de sérieux, de qualité et de responsabilité. Autant de savoir-faire qu'il pourra légitimement valoriser plus tard dans sa recherche d'emploi". En moyenne, les 15 à 20 000 étudiants qui sont employés chaque année dans les restaurants Mc Donald's y restent de deux à trois ans et 90 % d'entre eux postulent à la fin de leurs études dans des secteurs en lien avec celles-ci. Preuve du transfert possible des compétences, même si la valorisation académique reste encore quasi-inexistante. "L'université est très en retard en la matière, soutient Julie Coudry. Si une vraie réflexion a été menée autour de l'engagement associatif, avec par exemple la validation sous forme de crédits ECTS du soutien scolaire, rien n'est fait du côté de l'activité salariée. Un directeur de centre de loisirs, par exemple, qui mettra sept ans à décrocher son master aura beaucoup de mal à valoriser son expérience alors qu'il est évident qu'il aura appris beaucoup." Si dans certaines universités le rapport d'activités peut désormais remplacer le rapport de stage, il reste beaucoup à faire pour que les jobs étudiants puissent être reconnus comme un vrai bagage professionnel. 

Sommaire du dossier
Des jobs étudiants dans les universités La charte pour la réussite des étudiants salariés "J’essaie de rencontrer des gens et de tisser un réseau dans le cadre de mon travail"