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Portrait

Hélène Nahory, jeune diplômée de l'IJBA

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Hélène et Romain ont en commun d’avoir suivi un cursus en journalisme avec l’envie de travailler dans l’audiovisuel… et d’avoir fait leurs premières piges dans la presse quotidienne. Ils reviennent sur leur parcours depuis la sortie de l’école, en 2008.

Carte de presse n°112 358 ! Débutante dans le métier de journaliste, Hélène, 25 ans, en rêvait depuis le lycée. Diplômée en 2008 du master de journalisme de Bordeaux, la jeune femme, qui se destinait à la radio, a finalement signé ses premiers articles en presse quotidienne régionale.

L’exemple maternel a probablement joué dans l’orientation professionnelle de Hélène : sa mère a en effet longtemps exercé comme reporter en télé. "Je l’ai souvent accompagnée en tournage, pour ses interviews. Cela me plaisait beaucoup," se souvient la jeune femme qui, dès sa licence LEA anglais-espagnol à Paris 3 en poche, a préparé les concours d’entrée aux écoles de journalisme reconnues.

Une école reconnue par la profession


Hélène tente une première fois, "pour voir", le concours de l’IJBA (Institut de journalisme de Bordeaux-Aquitaine), puis s’inscrit dans une prépa spécialisée à l’université catholique de l’Ouest à Angers. Investissement "inutile" selon elle : "Le vrai bachotage s’est fait à la maison, avec ma colocataire. On s’était réparti les lectures de journaux." La jeune fille présente six concours d’écoles reconnues, car ce label constitue une référence pour la profession. Elle est reçue à Bordeaux, et prise sur liste d’attente à l’EJCM-Aix-Marseille 2 (École de journalisme et de communication de Marseille). "Le fait que Bordeaux soit une école publique et donc gratuite a beaucoup joué dans mon choix," reconnaît-elle. Etant Parisienne, je n’aurais pas eu les moyens de payer à la fois un loyer et une école privée."

Une préparation insuffisante à l’insertion


jeune diplômée en journalismeUn choix d’école qu’elle ne regrette pas. Elle estime avoir été bien formée aux différents genres journalistiques (reportages, enquêtes…), mais aussi bien préparée d’un point de vue technique, notamment sur la spécialisation radio suivie en seconde année. "On travaillait sur du matériel performant, identique à celui de Radio France, et sur un logiciel de montage professionnel, NETIA." En outre, être passée par une école reconnue a réduit à un an (au lieu de deux) son statut de stagiaire aux yeux de la CCIJP*. "Cela nous permet de gagner un an dans l’accès au salaire d’un journaliste professionnel."

En revanche, elle dénonce le manque de préparation à l’insertion professionnelle et à la recherche d’emploi. "L’école ne nous prépare pas du tout à l’entretien d’embauche ni à la recherche de piges. Aujourd’hui, par exemple, je ne sais pas comment faire pour démarcher les journaux et vendre un sujet. Si je propose des sujets d’articles à des journaux, est-ce que je ne risque pas de me les faire voler ?" Malgré ces critiques, Hélène estime que l’école assure un minimum de "service après-vente", essentiellement à travers ses enseignants qui peuvent fournir contacts et conseils.

Premières désillusions à la sortie de l’école


À la fin de ses études en juin 2008, Hélène connaît un épisode malheureux : sélectionnée par Radio-France pour un CDD d’un mois dans une station locale, elle ne peut effectuer son contrat, car elle n’a pas le permis de conduire, indispensable pour partir en reportage sur le terrain. Elle doit attendre septembre pour décrocher, grâce à une amie, un autre CDD : pendant 6 semaines, elle est en charge de la présentation des flashs quotidiens d’information à EuradioNantes.

Un bon plan "PQR" d’une ancienne de promo


Son second contrat, elle le décroche encore une fois grâce à une copine de promo : celle-ci avait informé par mail les anciens de l’école que le Dauphiné libéré recherchait un rédacteur pour un CDD (remplacement d’un congé maternité), à Avignon. "Je me suis précipitée sur mon téléphone pour appeler ma copine qui m’a donné le numéro du directeur de la rédaction. L’entretien s’est fait par téléphone car j’étais encore en poste à Nantes. Entre temps, le directeur s’était renseigné sur moi auprès de ma copine, qui a beaucoup défendue ma candidature. Comme elle m’a ensuite débriefé leur entretien, je pouvais imaginer ses questions. Le fait d’avoir déjà effectué plusieurs stages en presse quotidienne régionale à Angers, Nantes et Strasbourg a dû aussi jouer en ma faveur !"

Pendant huit mois, Hélène est en charge de la rubrique culturelle et des pages Sud-Vaucluse ce qui l’amène aussi à animer une équipe d’une vingtaine de correspondants. Elle gagne 1500 € net. Puis son contrat est prolongé de deux mois pour travailler comme secrétaire de rédaction.

Bilan positif mais retour à la recherche d’emploi


Le bilan de sa première longue expérience professionnelle ? La jeune femme estime avoir pris confiance en elle, et notamment sur sa capacité à s’intégrer dans une rédaction, à gérer une équipe, un budget, des conflits entre correspondants…. "Je ne pensais pas être capable d’occuper de telles responsabilités. Au plan humain, j’ai aussi appris à mettre de l’eau dans mon vin. De nature plutôt impulsive, j’ai compris qu’il valait mieux parfois la mettre en veilleuse !" Enfin, ce contrat lui a redonné le goût de la presse écrite, elle qui se voyait plutôt exercer en radio.

Cette bonne expérience n’a pourtant pas pu déboucher sur une embauche. Hélène se retrouve de nouveau en recherche d’emploi. De retour à Paris, elle pense prendre contact avec certaines relations de sa mère qui travaillent dans la presse. Autre piste : utiliser l’annuaire des anciens de son école. "C’est un peu flippant de se retrouver sur le marché de la pige en ce moment ! Et vous à l’Etudiant, vous ne prenez pas de pigistes ?"


L’avis de Didier Pourquery, rédacteur en chef du Monde magazine
Les débuts d’Hélène sont très classiques. Avec la presse spécialisée et Internet, la PQR (presse quotidienne régionale) constitue aujourd’hui la principale porte d’entrée dans le métier. Les sites Web des grands médias ont également besoin de rédacteurs pour assurer une production régulière. Et débuter dans la presse professionnelle n’est pas du temps perdu. On peut, en quelques années, devenir spécialiste d’un secteur et réintégrer plus tard la presse généraliste avec cette compétence.
Hélène déplore le manque de préparation à la pige, mais aucune école ne forme vraiment à cette activité. Cela s’apprend sur le tas. Pour proposer un sujet à un journal, il faut rédiger un synopsis d’une dizaine de lignes qui expliquera l’intérêt et l’angle du sujet. Il faut aussi savoir anticiper les sujets : c’est très important de laisser du temps au rédacteur en chef, à la fois pour qu’il puisse répondre à cette proposition et aussi pour la programmer. Par exemple, autour d’un événement comme les 20 ans de la chute du mur de Berlin en novembre, on a commencé, pour le Monde magazine, à réfléchir à un traitement dès le mois d’avril. Je commande des articles aux pigistes deux à trois mois à l’avance.
Enfin, ne pas avoir son permis est rédhibitoire, que ce soit dans le secteur audiovisuel comme dans la presse écrite. Cela ne se discute même pas !



* La Commission de la carte d'identité des journalistes professionnels est l'instance qui délivre la carte de presse. Les élèves issus d'une formation reconnue par la profession se voient réduire d'une année la période de "stage", en principe de deux ans.


Pour aller plus loin : Ce jeune journaliste a remporté le prix de l’information sociale 2015 / Reportage : 3 futurs journalistes en stage à l’AFP / Journalisme : comment bien démarrer dans le métier

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