1. Recherche d’emploi : les dessous de la cooptation
Enquête

Recherche d’emploi : les dessous de la cooptation

Envoyer cet article à un ami

Vous venez d’être embauché grâce à un ancien camarade de formation qui a recommandé votre CV à son employeur ? Félicitations, vous avez été coopté ! Votre “copain d’avant” a même sûrement reçu une prime pour ce service rendu à l’entreprise. Enquête sur ce phénomène qui devient un mode de recrutement à part entière.

La cooptation est un système qui profite à tous ses protagonistes. Pour les candidats, qui trouvent plus vite un employeur, parfois en accédant à des offres “cachées” n’ayant pas fait l’objet d’une communication extérieure. Pour l’entreprise, qui accélère son processus de recrutement, avec des perles rares en bonus. Et pour les salariés, qui s’impliquent dans le développement de leur société, tout en étant récompensés.

Moins de turnover


Corolaire de la cooptation, si l’entreprise a déjà des renseignements sur le candidat coopté, celui-ci a également des informations – y compris négatives – sur l’entreprise et le poste. Il sait donc où il met les pieds quand il se rend à son premier entretien. Embaucher des candidats qui postulent avec une bonne connaissance de l’entreprise lui permet d’éviter les girouettes, ces recrues qui démissionnent avant la fin de leur période d’essai.

“La cooptation est encouragée pour pérenniser les recrutements”, confirme Ugo Valensi, consultant senior chez A.T. Kearney, un cabinet de conseil en stratégie et management. Ce diplômé d’un MBA (Master of Business Administration) à l’INSEAD a lui-même coopté un copain de promotion. “Il cherchait un poste dans le conseil et j’ai pu lui donner un point de vue intérieur de mon cabinet. Ça l’a aidé à choisir. Ensuite, je l’ai recommandé auprès de la DRH et sa cooptation s’est faite de manière très formelle. Il était précisé sur sa fiche qu’il avait été coopté et j’ai écrit un paragraphe de recommandation.”

Pas de doute, une relation de confiance unit coopteur et coopté. “Mon coopteur a joué un rôle de parrain, de manière officieuse”, raconte Louis de Varax, 27 ans, diplômé de Sup de co Reims et consultant en stratégie et management. C’est un ancien de son école qui lui a permis de décrocher un premier entretien chez Wight Consulting. “Tout au long du processus de recrutement, c’était un relais que je pouvais contacter en cas de doutes.” Une relation privilégiée qui perdure, puisque cela fait maintenant deux ans que Louis travaille dans la même société.

Des primes à la clé


Les entreprises encouragent la cooptation en versant une récompense (un reward) aux salariés qui leur recommandent des candidats, quand ces derniers sont embauchés. Primes, bons d’achat, iPad, weeks-ends en Relais & Châteaux… la nature et le montant de la récompense varient d’une société à l’autre, et selon le niveau d’expérience du coopté. Chez A.T. Kearney, le coopteur reçoit une prime allant de 1.000 à 3.000 €. “Cela coûte moins cher que de faire appel à un cabinet de chasseurs de têtes”, note Ugo Valensi.

Pas de limitation. Les personnes dotées d’un très bon réseau peuvent coopter autant de proches qu’elles le souhaitent. Certaines entreprises, comme Keyrus, organisent même chaque année un challenge du meilleur coopteur. “L’an dernier, le gagnant avait coopté trois personnes”, relate Rebecca Meimoun, la DRH de cette SSII (société de services en ingénierie informatique).

Les salariés risquent-ils de devenir des chasseurs de primes ? Pas pour Sofia Belhaddad, chargée de recrutement chez Sogeti. “Que la récompense soit un iPod ou une prime de 5.000 €, ce n’est pas ça qui incite un salarié à coopter quelqu’un, c’est plutôt le fait de se sentir bien dans l’entreprise, d’avoir envie de la recommander à un ami”, estime-t-elle.

Impliquer les salariés dans l’entreprise


“En ce moment, mon cabinet organise une grosse campagne sur la cooptation, sous la forme de réunions avec la direction, raconte Louis de Varax. Cela donne l’impression de faire partie prenante d’un projet commun, d’avoir un rôle d’ambassadeur, à notre niveau.” Et ça renforce la motivation !

Améliorer leur employabilité. Au-delà de la récompense, la cooptation pousse aussi les salariés à réfléchir sur leur propre position dans l’entreprise. “Ils sont dans une démarche de bilan professionnel, nécessaire pour convaincre la personne cooptée, commente Isabelle Grevez, directrice du recrutement chez PwC. En parlant de leur entreprise à leurs proches, ils l’aident à gagner en notoriété, ce qui améliore leur propre employabilité.” Chez PwC, la prime grimpe jusqu’à 4.500 € pour la cooptation de profils expérimentés (5 ans d’expérience et plus). Du gagnant-gagnant, donc.
Sommaire du dossier
Cooptation : un travail de réseau Audit et conseil : une tradition de cooptation