1. Cooptation : un travail de réseau
Enquête

Cooptation : un travail de réseau

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Vous venez d’être embauché grâce à un ancien camarade de formation qui a recommandé votre CV à son employeur ? Félicitations, vous avez été coopté ! Votre “copain d’avant” a même sûrement reçu une prime pour ce service rendu à l’entreprise. Enquête sur ce phénomène qui devient un mode de recrutement à part entière.

Avec 12.300 diplômés en activité, il ne fait aucun doute que HEC offre un vaste réseau à chaque promotion sortante. “Si l’on choisit d’intégrer une grande école, c’est notamment pour bénéficier de son réseau. On sait que la promo 88 fera tout pour la promo 2010”, résume Jean-Baptiste Vallet, directeur MBA chez PPA, une école de commerce en alternance.

Les réseaux d’anciens aux premières loges


Romain Werlen, directeur senior de la division comptabilité et finance chez Page Personnel, a trouvé son premier emploi en utilisant l’annuaire d’anciens de son école, Skema Business School. Diplômé en 2002, il a été coopté par un ancien de la promotion 1999, qu’il n’avait pourtant jamais croisé auparavant. “J’ai cherché les anciens qui travaillaient dans un cabinet de recrutement, et j’en ai contacté un qui était en poste chez Page Personnel, pour lui demander des conseils. On s’est rencontrés, le courant est bien passé, et il a recommandé ma candidature aux ressources humaines. Après un processus de recrutement classique, j’ai commencé ma carrière directement dans son équipe.”

L’histoire est presque la même pour Louis de Varax, sorti de Sup de co Reims en 2008. “Le marché était tendu à cause de la crise financière et il était difficile de trouver un poste. Dans l’annuaire des anciens, je suis tombé sur le profil d’un garçon qui avait fait mon école trois ans avant moi et que je connaissais de vue. Je l’ai contacté sur Viadeo, il m’a rappelé et on a décidé de prendre un verre ensemble. Il m’a expliqué son travail chez Wight Consulting, en essayant de sonder ma motivation. Ensuite, il m’a proposé de faire passer mon CV aux ressources humaines, qui m’ont rapidement contacté.” Louis et son coopteur travaillent ensemble depuis deux ans.

“La cooptation, c’est tout sauf du piston”


Isabelle Grevez, directrice du recrutement chez PwC, insiste sur ce point. “En 2010, nous avons effectué nos recrutements dans 52 établissements différents, ce n’est donc pas complètement consanguin, plaisante-t-elle. Nos collaborateurs cooptent aussi bien des personnes qui étaient avec eux en prépa, à l’école, en mission, que des voisins ou des personnes qu’ils ont rencontrées durant leurs loisirs. Nous ne sommes pas uniquement dans le schéma du HEC qui recrute un HEC.”

“Le coopté est en concurrence avec des personnes qui ont postulé par un canal classique et on prend le meilleur candidat”, ajoute Romain Werlen. Difficile pourtant d’éviter l’effet clone. “Je me suis parfois retrouvé avec des équipes où il y avait quatre diplômés de la même école de commerce. C’est un collaborateur qui avait coopté trois anciens de son établissement… mais ça ne veut pas dire qu’ils étaient interchangeables”, relativise le directeur de division de Page Personnel.

Et si on ne sort pas d’une grande école ?


Romain Werlen a même souvent rencontré ainsi des profils atypiques. “Sans la cooptation, je n’aurais jamais été en relation avec ces candidats ! Si un collaborateur me recommande une personne, je suis prêt à prendre des risques. Il sait ce qui est en jeu, donc il a déjà opéré une présélection. Évidemment, ça ne doit pas être un ami d’ami d’ami. Là, ça n’a plus valeur de recommandation, c’est juste du réseau.”

Bonne nouvelle : le recrutement par cooptation n’exclut pas les personnes extérieures aux réseaux des écoles. Mais comment avoir une chance d’être coopté ? “Il faut activer son réseau personnel, parler de ce qu’on recherche autour de soi, demander des infos, répond Romain Werlen. N’importe qui peut être susceptible de nous coopter, même un oncle croisé à un repas de famille. Dans nos équipes, nous avons autant de collaborateurs issus de l’université que de diplômés d’écoles de commerce.” Vous savez ce qu’il vous reste à faire !


Les effets pervers de la cooptation : copinage, piston, clonage…
Si l’objectif de la cooptation n’est pas de faire recruter des personnes qui se ressemblent, ce système peut parfois conduire au clonage. Les entreprises se retrouvent alors avec des équipes composées d’anciens de la même école, voire de la même promotion. “Les grandes entreprises ont beau promouvoir la diversité, les chargés de recrutement ne veulent pas prendre de risques. Pour faire plaisir aux n + 1 diplômés de HEC, de l’ESSEC ou de l’ESCP Europe, ils ont tendance à recruter des candidats issus de ces mêmes écoles. D’autant qu’elles offrent des garanties que n’assurent pas forcément les autres établissements”, constate Jean-Baptiste Vallet, directeur MBA chez PPA, lui-même diplômé de l’ESCP.

“Pour éviter le copinage, la politique de cooptation doit être transparente”, ajoute Clémence de Luppé, consultante en ressources humaines, fondatrice du cabinet Entre les lignes. “Il faut que les règles de cooptation soient claires, et le coopté ne doit pas avoir de passe-droit. Il convient, par exemple, de déterminer qui peut coopter : les ressources humaines et les comités de direction doivent être exclus.” 

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