Stages à la fac : y a-t-il toujours des inscriptions fictives pour obtenir des conventions ?

Par Camille Stromboni et Emmanuel Vaillant, publié le 24 Novembre 2011
3 min

S’inscrire à l’université uniquement pour obtenir une convention de stage, c’était possible jusqu’en 2010, année charnière de mise en place du décret interdisant les stages hors cursus. Et aujourd’hui ? Le phénomène des "étudiants fantômes" est en perte de vitesse, sans pour autant disparaitre. Témoignages.

La loi est claire : depuis un décret de 2010 les stages hors cursus sont interdits. Et sur le terrain ? La vigilance des universités a été renforcée : le stage doit être en adéquation avec la formation, et l’accord d’un enseignant est devenu le plus souvent obligatoire. Pourtant, certains étudiants passent encore entre les mailles du filet.


Les universités contrôlent-elles ?

"Le décret n’a pas suffi, dénonce Ophélie, porte-parole du collectif Génération précaire. Certains étudiants ont peut-être eu plus de mal à obtenir leur convention de stage, mais ils l’ont quand même eue !" Cela serait particulièrement vrai dans les facs de langues ou de lettres, dans les diplômes qui n’ont pas assez d’étudiants.

"J’ai l’exemple d’un étudiant, titulaire d’un bac+5 en droit, qui a pu s’inscrire à la rentrée 2011 à Paris 4, en licence LEA. Il n’a même pas eu besoin de cacher sa motivation, assure la jeune femme. La secrétaire du bureau des stages a appelé le directeur de département pour avoir son accord, lui a donné une demande de convention à remplir, que l’étudiant est venu récupérer quelques jours plus tard, avec le tampon de l’université."

Démenti catégorique de l’université. "Ces conventions en libre distribution sont une légende. Les "étudiants fantômes" n’existent plus", affirme Michel-Henri Gensbittel, chargé de mission sur l’insertion professionnelle auprès du président de la Sorbonne, établissement qui délivre chaque année quelque 2.500 conventions de stages.

"Ce qui est en libre-service, ce sont les demandes de convention ! Il faut ensuite obtenir l’accord d’un enseignant, futur tuteur pédagogique. Et nous sommes très attentifs, surtout au début du cycle licence, où nous accordons très peu de conventions", indique l'universitaire.


Fermer le bureau des stages d’octobre à janvier?

Plusieurs universités reconnaissent toutefois qu’elles n’ont pas les moyens de tout contrôler. "Ces étudiants déjà diplômés ne s’inscrivent pas sur Admission-Postbac, contrairement aux élèves de terminale. Les dossiers passent devant des commissions pédagogiques, mais le contrôle n’est pas infaillible", reconnait Patrick Fargès, responsable du BAIP (bureau d’aide à l’insertion professionnelle) de l’université Paris 3.

Des stratégies d’inscriptions fictives qui ne sont pas toujours facile à détecter : difficile par exemple de refuser à un diplômé en communication de compléter son cursus par une licence en langues… D’autant que certains enseignants font preuve d’indulgence face à des jeunes diplômés qui peinent à trouver un premier emploi à la sortie de leur formation... et délivrent alors plus facilement des conventions.
Il resterait une solution pour limiter cette pratique, selon Génération précaire : fermer les bureaux des stages d’octobre à janvier, avant les premiers examens. "Ce délai de carence, mis en place par exemple à l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales), les décourage de fait". Une proposition qui pourrait clore le débat.

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