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Enquête

Les recruteurs peu critiques vis-à-vis des stagiaires à rallonge

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Ils ont fait une (très) bonne école de commerce et pourtant… ils prolongent leur stage de fin d’études. Une démarche souvent pragmatique sur un marché de l’emploi qui ne répond pas à leurs attentes et une tendance qu’accompagnent, faute de mieux, les établissements.

Avec la crise, les écoles semblent avoir peu de prise sur cette nouvelle obligation faite à leurs futurs jeunes diplômés. Les entreprises en profitent-elles ? Directeur de la division "Banque & Assurance" chez Page Personnel (cabinet de recrutement Michael Page), Louis Guastavino remarque également ces nouveaux comportements mais, selon lui, les entreprises n’ont parfois pas le choix.

"Même si les missions du stagiaire pourraient correspondre à un premier poste junior, elles n’ont pas le budget pour créer un CDD ou un CDI et elles vont prolonger le stage. Beaucoup le font aussi en vue d’embaucher après. Dans le secteur bancaire, près d’un tiers des stagiaires sont recrutés à la fin de leur stage, souvent à durée indéterminée pour les activités commerciales", explique-t-il.

Un moyen d’éviter les trous sur le CV


Comme certains responsables d’écoles de management, cet expert a tendance à penser qu’un stage prolongé vaut mieux qu’une longue période d’inactivité à la sortie des études. Mais pas à n’importe quelle condition : ces jeunes doivent avoir exploité toutes les démarches vers l’emploi. Et avec une exception : lorsqu’il s’agit de fonctions où il reste de l’emploi, comme les commerciaux.

"Dans le secteur des banques et assurances, les trous dans le CV n’ont jamais été très bénéfiques, quelle que soit l’école d’origine. Dès que le marché repartira, ces jeunes stagiaires seront bien positionnés pour être embauchés. Le marché du recrutement des banques est très conjoncturel. Entre décembre 2008 et mars 2009, le nombre d’offres d’emploi a chuté de 45 %", explique Louis Guastavino, qui estime d’ailleurs que les étudiants d’école de management acceptent mieux cette nouvelle donne. "Dans les écoles de commerce, les étudiants sont préparés à faire des stages de plus en plus longue durée. Ils sont prêts à faire cette concession car ils savent que ça va payer", estime le responsable.

Accumuler les stages, un point négatif pour les recruteurs ?


Cette prolongation des stages ne risque-t-elle pas, à l’inverse, d’être mal vue sur un CV ? Responsable du recrutement chez Areva, Jérôme Eymery refuse de culpabiliser les jeunes. "Nous connaissons l’état du marché du travail, affirme-t-il. Même si chez Areva, nous refusons ce type de pratiques, nous ne serons pas critiques vis-à-vis d’un jeune avec un tel parcours. Cela peut lui donner une expérience supplémentaire et montrer qu’il s’est pris en main. Je lui déconseille seulement, et surtout, d’accepter n’importe quoi", explique le responsable recrutement du groupe d’énergie. Un conseil parfois difficile à suivre en temps de crise.
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