Le coeur n'y est plus...

Par Frédérique Letourneux, publié le 13 Février 2008
4 min

Officiellement les réunions du comité de suivi des stages doivent se poursuivre. Ce comité "Sta-pro" mis en place en septembre 2007 sous l'impulsion conjointe de Xavier Bertrand, ministre du Travail, et de Valérie Pércresse, ministre de l'Enseignement supérieur, a pour mission de mener une large réflexion sur la place des stages dans les études supérieures en associant des acteurs du monde universitaire et les partenaires sociaux (1). Mais autant dire que le cœur n'y est plus du tout du côté des organisations et syndicats étudiants... "On se demande même si on va continuer à participer aux discussions... On a bien l'impression que les six derniers mois de débats n'ont servi à rien", lâche Lionel, du collectif Génération précaire. Il faut dire que la publication au Journal Officiel du décret (2) voulu par Xavier Bertrand le 1er février 2008, a eu l'effet d'une douche froide sur beaucoup de militants de la cause étudiante. Il fixe une rémunération obligatoire pour tous les stages de plus de trois mois à 380 € (soit environ 30 % du SMIC, exonéré de charges sociales pour les entreprises). Et ce dès le premier jour du stage. Une décision a minima qui ne reprend même pas les propositions du comité "Sta-pro" qui préconisait une rémunération obligatoire pour les stages de plus de deux mois et la hausse du plancher de franchise des cotisations sociales de 30 à 50 % du SMIC.

Arrivée massive de stagiaires attendue


En coulisses, les négociations ont essentiellement porté sur la durée minimum du stage susceptible d'être gratifié. Le Medef est ainsi accusé par certains syndicats étudiants d'avoir plaidé directement sa cause auprès de Matignon pour réduire au maximum la portée du décret. Mais du côté du syndicat patronal, on se défend d'avoir joué un double jeu. "Nous avons toujours été très clairs sur nos positions, assure Laurence Danon, présidente de la commission Nouvelles générations au sein du Medef. Les stages courts de moins de trois mois sont intéressants pour les étudiants car ils constituent pour eux une possibilité de découvrir le monde du travail. Mais pour les chefs d'entreprise ces stages ne sont pas directement opérationnels. Il ne faut donc pas multiplier les contraintes, sinon les étudiants risquent d'avoir des difficultés à en trouver un". Sont ouvertement visés les quelque 150 000 stages supplémentaires qui devraient intervenir prochainement au cours de la licence conformément au plan licence présenté par Valérie Pécresse en décembre 2007. L'objectif affiché est en effet que tous les étudiants diplômés de licence disposent au moins d'un stage validé dans le cursus (dans l'administration, l'enseignement, ou l'entreprise...). "Cette arrivée massive de nouveaux stagiaires potentiels va créer une forte pression sur le marché, assure Olivier Vial, délégué national de l'UNI (la droite universitaire). La priorité est donc que tout le monde arrive à trouver un stage en créant notamment des bureaux d'insertion au sein des universités et surtout à ne pas rendre le système trop rigide."

Halte aux stages hors cursus


Pour l'heure, le décret Bertrand oblige l'entreprise à établir et à tenir à jour la liste des conventions de stage qu'elle a conclues. Là où l'UNEF (Union nationale des étudiants de France) et d'autres, comme Génération précaire, demandent que des dispositions contraignantes soient réellement mises en place pour empêcher les stages hors cursus et pour limiter de façon drastique le nombre de stagiaires par entreprise. "Le problème c'est qu'un même statut juridique recouvre des situations très différentes, des stages de trois semaines aux stages longs de jeunes diplômés bac + 5 qui constituent de la main-d'oeuvre qualifiée à très bon marché", explique Lionel, de Génération précaire.
En attendant, certains misent sur une session de rattrapage législative, Xavier Bertrand ayant lui-même annoncé, lors de ses voeux à la presse à la mi-janvier, sa volonté de changer la loi sur les stages. Peut-être même que les choses pourraient aller plus vite que prévu, certains élus UMP ayant déposé le 5 février six nouvelles propositions de loi portant sur le pouvoir d'achat, dont l'une concerne directement les stages. Ainsi, une gratification pour tous les stages de deux mois consécutifs et une interdiction des stages hors cursus a été proposée. Affaire à suivre.

(1) Composition du comité "Sta-pro", groupe informel de discussion : les syndicats des salariés, le Medef, des associations de jeunes entrepreneurs, la Conférence des présidents d'universités, la Conférence des grandes écoles, les syndicats étudiants, le représentant des chambres de commerce.
(2) Il s'agit d'un décret d'application de la loi sur l'égalité des chances du 31 mars 2006.

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