1. Lifestyle
  2. Gayle Forman, auteur à succès
  3. "Si je reste" : les extraits exclusifs

"Si je reste" : les extraits exclusifs

Envoyer cet article à un ami

L'américaine Gayle Forman, auteur du best-seller "Si je reste" revient avec un nouvel opus : "Les coeurs fêlés", l'histoire d'une adolescente qui cherche sa place... Voici en exclusivité des extraits de ce roman, ainsi que la vidéo de la rencontre, dans les locaux de l'Etudiant, de l'auteur avec ses fans.

« Quelqu’un a recouvert mon père d’un drap »
9 h 23. Est-ce que je suis morte ?
Je suis obligée de me poser la question.
si je resteAu début, je me dis que oui, c’est évident. Que l’observation de mon propre corps était un épisode temporaire juste avant la fameuse lumière éblouissante qui allait me conduire là où je dois aller.
À ceci près que les urgences médicales sont là, avec la police et les pompiers. Quelqu’un a recouvert mon père d’un drap. Et un pompier est en train de refermer la Fermeture Éclair du sac plastique dans lequel on a glissé ma mère. Je l’entends discuter avec un collègue, un jeune qui ne doit pas avoir plus de 18 ans. Il lui explique que Maman a dû être percutée en premier et tuée sur le coup, ce qui explique l’absence de sang. « Arrêt cardiaque instantané, dit-il. Quand le sang ne circule plus, on saigne à peine. Ça suinte. »
Je refuse de penser à ma mère en train de suinter. Je me dis que c’est logique qu’elle ait été touchée la première et nous ait protégés du choc. Elle ne l’a pas choisi, mais elle a joué son rôle protecteur jusqu’au bout.

« Certains sont émus jusqu’aux larmes »
La personne qui est moi, allongée sur le bord de la route, une jambe dans la rigole, est entourée d’une équipe de sauveteurs qui s’affairent et injectent je ne sais quoi dans les tubes plantés dans ses veines. Ils ont déchiré le haut de mon chemisier et je suis à moitié nue. J’ai un sein à l’air. Gênée, je détourne le regard.
Les policiers ont créé un périmètre de sécurité autour de l’accident avec des signaux lumineux. Ils ont barré la route et font faire demi-tour aux voitures qui se présentent en proposant des itinéraires de déviation. Des gens descendent de leurs véhicules, les bras serrés autour d’eux pour lutter contre le froid. Ils regardent la scène, puis se détournent. Certains sont émus jusqu’aux larmes. Une femme vomit sur les fougères du bas-côté. Même s’ils ne savent rien de nous, ils prient à notre intention.

« Quelque chose d’impensable vient d’arriver à ma famille »
J’ai conscience de leurs prières et cela me porte à penser que je pourrais bien être morte. Sans compter que mon corps est complètement insensible, alors qu’à voir ma jambe ouverte jusqu’à l’os, je devrais avoir horriblement mal, et que je ne pleure pas, même si je sais que quelque chose d’impensable vient d’arriver à ma famille.
Je suis encore en train de m’interroger quand l’urgentiste rousse qui s’occupait de moi me fournit la réponse. « Son Glasgow est à 8. On ventile ! » s’écrie-t-elle.
Avec l’un de ses collègues, elle introduit un tube dans ma gorge, le relie à un ballon et à une petite poire, et exerce des pressions. « L’hélico sera là-bas dans combien de temps ? demande-t-elle.
— Dix minutes, répond son collègue. Il nous en faut vingt pour revenir en ville.
— On peut y être en un quart d’heure si on fonce. »
Je sais ce que l’homme pense. Que cela n’arrangera rien s’ils ont un accident, et je suis bien de cet avis. Mais il se tait, mâchoire serrée. Ils me chargent dans l’ambulance. La rouquine monte à l’arrière avec moi. D’une main, elle actionne le ballon, de l’autre elle ajuste ma perfusion et mes moniteurs. Puis elle repousse doucement une mèche qui retombe sur mon front.
« Accroche-toi », me dit-elle.

« La plupart des élèves préféraient pratiquer la guitare ou le saxophone »
Mes premières leçons de violoncelle, je les ai prises dans le cadre des cours de musique qu’on donnait à l’école. Une chance inouïe qu’ils aient eu un instrument aussi cher et aussi fragile. Un vieux professeur de l’université leur en avait fait don à sa mort. Pourtant, la plupart du temps, son violoncelle allemand restait dans un coin, car la plupart des élèves préféraient pratiquer la guitare ou le saxophone.
Quand j’ai annoncé à mes parents que je voulais apprendre le violoncelle, ils ont éclaté de rire. Par la suite, ils m’ont expliqué pourquoi : ce qui était comique, c’était l’image d’une petite gamine comme moi tenant cet énorme instrument entre ses jambes grêles. Quand ils ont compris que je ne plaisantais pas, ils sont redevenus sérieux et ils ont décidé de m’encourager.

« Je ne ressemblais à personne de la famille »
Mais leur réaction a laissé des traces. Je ne leur en ai pas parlé et d’ailleurs je ne suis pas sûre qu’ils auraient compris ce qui me perturbait. De temps à autre, mon père disait en riant qu’à l’hôpital où j’étais née, il y avait dû avoir un échange accidentel de bébés, parce que je ne ressemblais à personne de la famille. Ils sont tous blonds à la peau claire et je suis en quelque sorte leur négatif, brune aux yeux noirs. Mais au fur et à mesure que je grandissais, ce qui n’était à l’origine qu’une plaisanterie paternelle me paraissait de plus en plus pertinent. Parfois, en effet, j’avais vraiment l’impression d’appartenir à une autre tribu. Je n’avais ni le caractère ouvert et ironique de mon père, ni le côté « battante » de ma mère, et pour couronner le tout, j’avais décidé d’apprendre le violoncelle, pas la guitare électrique.
Heureusement, à la maison, l’essentiel, c’était de faire de la musique, n’importe quelle musique. Aussi, lorsqu’au bout de quelques mois, mes parents ont compris que mon intérêt pour le violoncelle n’avait rien d’une tocade, ils en ont loué un pour me permettre de jouer à la maison. Après les premières gammes et quelques « Ah, vous dirai-je, Maman », suivis d’études basiques, j’ai été capable de jouer des suites de Bach. Les cours donnés par l’école ne suffisant pas, ma mère m’a fait donner des leçons particulières par un étudiant qui venait une fois par semaine. Au fil des ans, il y a eu ainsi une succession de jeunes professeurs, devenus des partenaires lorsqu’il a été évident que je les surpassais.

« Ce soir-là, j’ignorais qu’elle était en bas »
Le système a fonctionné jusqu’à mon entrée au lycée. Papa a alors demandé à Christie, qu’il avait connue à l’époque où il travaillait chez le disquaire, si elle voulait bien me donner des leçons particulières. Sans guère d’illusions, et surtout pour lui faire plaisir, comme elle devait me le confier plus tard, elle a accepté de m’écouter jouer. Ce soir-là, j’ignorais qu’elle était en bas, dans le salon, pendant que je travaillais dans ma chambre une sonate de Vivaldi. Quand je suis descendue dîner, elle m’a proposé de prendre en charge ma formation.
Mon premier récital avait eu lieu plusieurs années auparavant, dans une salle des fêtes où se produisaient habituellement des groupes locaux avec leur sono, et l’acoustique était épouvantable. J’avais 10 ans et j’apprenais le violoncelle depuis deux ans. Je devais exécuter la Danse de la Fée Dragée, un solo de violoncelle du Casse-Noisette de Tchaïkovski.
Dans les coulisses, où j’écoutais les autres enfants faire grincer leur violon et taper sur le piano, j’avais failli tout laisser tomber. Je m’étais précipitée vers l’entrée des artistes, et j’étais restée pelotonnée sous le porche, le souffle court, la tête dans les mains. Ne me voyant plus, l’étudiant qui me donnait des leçons de musique à l’époque était allé chercher mes parents.

« J’ai un super-cadeau pour toi, après le récital »
C’est mon père qui m’a retrouvée. Il était en train de sortir de sa période hippie et il portait un costume rétro avec une ceinture de cuir cloutée et des boots noires.
« Que se passe-t-il, ma Mia à moi ? m’a-t-il demandé en s’asseyant sur les marches à mes côtés.
— Je n’y arriverai pas.
— Ce serait vraiment dommage. J’ai un super-cadeau pour toi, après le récital. Mieux que des fleurs.
— Donne-le à quelqu’un d’autre. Je ne peux pas. Je ne suis pas comme toi ou Maman, ni même comme Teddy. » Teddy avait tout juste 6 mois à l’époque, mais on devinait déjà une personnalité plus forte que la mienne.

« J’ai souri à travers mes larmes »
« Ça, c’est vrai que lorsque Teddy nous a donné son premier récital d’instrument à vent, il était très décontracté ! »
J’ai souri à travers mes larmes, tandis que Papa m’entourait les épaules de son bras. « Tu sais, Mia, moi aussi j’avais le trac. »
Je l’ai regardé, incrédule. Mon père avait toujours eu l’air si sûr de lui ! « Tu dis ça pour me faire plaisir.
— Mais non. C’était épouvantable.
— Alors, comment tu faisais ?
— Il descendait quelques demis de bière avant le concert, Mia, » Maman venait de nous rejoindre. Vêtue d’une minijupe en vinyle noir et d’un petit haut rouge, elle portait Teddy qui bavait d’un air béat dans son porte-bébé. « Je ne te conseille pas de l’imiter.
— C’est plus sage à ton âge, en effet, a déclaré mon père en riant. En plus, moi, quand je vomissais sur la scène, c’était punk. Imagine la réaction du public si tu faisais pareil en concert classique ! »
Il avait réussi à me faire rire. J’étais toujours morte de peur, mais en un sens, c’était réconfortant de penser que j’avais hérité le trac paternel.
« Sérieusement, Papa, comment lutter contre le trac ?
— Il n’y a pas de solution. Il faut y aller, Mia. »
J’y suis donc allée et tout s’est bien passé. Je n’ai pas reçu une ovation debout, mais cela n’a pas été non plus la catastrophe. Et après le récital, j’ai reçu mon cadeau. Le violoncelle était posé sur le siège passager de la voiture, l’air aussi humain que l’instrument qui m’avait attiré deux ans plus tôt. Et celui-ci n’était pas en location. Il m’appartenait.

© Oh ! Éditions

Jeu-concours
À l’occasion de la sortie de « Si je reste », l’Etudiant et Oh ! Éditions organisaient un concours qui a permis à cinq d’entre vous de rencontrer l’auteur.

Il fallait répondre à la question : "
De quel instrument joue Mia ?", et adresser votre réponse avant le 30 avril 2009 par mail à concours@letudiant.fr, sans omettre d’indiquer vos coordonnées. Les 20 gagnants ont reçu un exemplaire du livre. Et les cinq premiers étaient invités à la rédaction de l’Etudiant pour rencontrer, le 18 mai 2009, Gayle Forman, l’auteur du livre.

Découvrez cette rencontre en vidéo.

Sommaire du dossier
Retour au dossier Rencontre avec Gayle Forman, à l'Etudiant "Si je reste" : l'intrigue "Si je reste" : l'auteur "Si je reste" : les extraits exclusifs